Jeune et migrant, ce profil qui prédestine à la noyade

Drame Tout comme les hommes peu âgés, les étrangers sont surreprésentés dans les statistiques d’accidents aquatiques.

Dimanche, la police, les sapeurs-pompiers, des ambulances, et l'hélicoptère REGA HUG ont participé à l'important dispositif de recherche pour tenter de sauver un jeune Nigérian emporté par le Rhône.

Dimanche, la police, les sapeurs-pompiers, des ambulances, et l'hélicoptère REGA HUG ont participé à l'important dispositif de recherche pour tenter de sauver un jeune Nigérian emporté par le Rhône. Image: Laurent Guiraud

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Vingt-trois ans, de sexe masculin et étranger. Le jeune Nigérian qui a péri dimanche à la mi-journée d’une noyade dans le Rhône sous les falaises de Saint-Jean avait tout pour mourir d’un accident aquatique si l’on se réfère froidement aux statistiques. A l’échelle nationale, le Bureau de prévention des accidents (BPA) tirait encore mercredi la sonnette d’alarme dans un communiqué: «Les victimes sont avant tout des jeunes hommes et des ressortissants étrangers.»

Que les hommes représentent en général quatre cinquièmes des trépas par immersion est un fait notoire, apparemment lié à une tendance à se surestimer. L’origine des victimes a été mise en lumière plus récemment. En 2016, 32 des 57 personnes noyées qu’on a déplorées dans le pays, soit 56%, n’étaient pas des Suisses.

Le fait n’est pas passé inaperçu auprès de la Société suisse de sauvetage. Elle a décidé d’intensifier sa prévention auprès de ce public, en éditant du matériel adapté qui a été traduit dans plusieurs langues extra-européennes. Il s’agit, écrit-elle, de réagir au «nombre effrayant d’accidents aquatiques dont les personnes de nationalité étrangère sont victimes».

Méconnaissance du lieu

«Ces victimes étrangères savent souvent nager, mais cela ne constitue pas une assurance tous risques, et elles ne connaissent pas forcément les caractéristiques de nos cours d’eau, leur débit, leur température ou la localisation des sites propices ou non à la baignade, résume Nicolas Kessler, porte-parole du BPA. Au bord de l’Aar à Berne, les panneaux qui invitent à la prudence sont traduits dans plusieurs langues.»

«Nous constatons depuis deux ou trois ans que les cas de noyade sont majoritairement le fait de touristes ou d’étrangers au statut précaire qui ne sont pas familiarisés avec les dangers en présence et adoptent des comportements imprudents», confirme pour sa part Silvain Guillaume-Gentil, porte-parole de la police genevoise.

Le jeune Africain qui a tragiquement confirmé les statistiques dimanche, en dépit des efforts déployés pour le sauver, s’amusait avec un proche dans une eau superficielle sur la Rive droite, 400 mètres en aval du pont Sous-Terre. Il a perdu pied. Son compagnon a tenté de lui porter secours, en vain. «Aucun d’eux ne savait nager, explique le policier. Le malheureux a semble-t-il sombré immédiatement par le fond.»

Victime de la première noyade accidentelle avérée cette année à Genève, le défunt n’avait pas jusque-là d’existence officielle en Suisse. Né en 1994, ce Nigérian était officiellement basé à Rome.

Trois jours à Genève

Lundi, au bord du Rhône, dans le parc de Saint-Jean, de nombreux jeunes Africains de l’Ouest — Nigérians, Ghanéens, Camerounais — sont réunis par petits groupes. Il n’est pas rare d’en voir certains faire leur toilette dans le fleuve. Des habits sèchent sur des buissons. Communiquer avec eux n’est pas aisé.

Un homme a toutefois pu nous livrer quelques renseignements, en nous remerciant de l’intérêt porté à leur situation. Selon ce jeune baraqué, l’infortuné noyé était arrivé d’Italie à Genève seulement trois jours avant son trépas. Ayant autrefois survécu à une traversée de la Méditerranée a priori autrement plus périlleuse, ce garçon a donc succombé à de simples jeux sur la rive du Rhône. «C’est triste, il a pris son billet, il a vu la Suisse quelques jours et s’est noyé, commente sobrement son compatriote. Moi, je sais nager, mais j’évite la rivière car mon corps ne supporte pas une eau si froide.» Et que font-ils donc tous sur ces berges? Y résident-ils? «Nous essayons simplement de survivre…»

Cette population visible, mais sans statut légal ou de passage, échappe facilement au radar officiel ou aux actions de prévention entreprises sur les berges. Interpellés à ce sujet, les services municipaux tendent à se renvoyer la balle. Quant au projet de prévention «Lâche pas ta bouée!» s’il aborde un public cosmopolite, il se concentre sur la Rive gauche et a surtout été conçu pour prévenir les risques découlant d’une utilisation trop festive du Rhône.

Requérants sensibilisés

Ces clandestins ne relèvent pas davantage du domaine de l’asile, dont s’occupe l’Hospice général. L’institution a toutefois pleinement conscience des écueils sécuritaires qui guettent les migrants, notamment ceux en rapport avec l’eau. «En Afrique, la plupart des gens ne savent pas nager, même lorsqu’ils vivent sur les côtes, simplement parce qu’ils ne peuvent pas l’apprendre dans les écoles, qui ne sont pas équipées, les seules piscines se trouvant dans les grands hôtels», indique Bernard Manguin, porte-parole.

Les résidents des centres pour requérants d’asile sont ainsi régulièrement sensibilisés au sujet des périls aquatiques par le personnel d’encadrement. Pour ce qui est des mineurs non accompagnés, poursuit le porte-parole, «la prévention des risques de la baignade se fait également sur le terrain par le biais des éducateurs qui les encadrent lors des camps d’été ou des sorties à la piscine ou au lac, par exemple».

Créé: 17.07.2017, 18h23

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