Jean de Toledo est décédé dans sa 101e année

Figure genevoiseLe créateur du groupe de la Pharmacie principale est décédé mardi 10 avril.

Image: Sabine Papilloud (Archives)

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Créateur d’un petit empire pharmaceutique, infatigable défenseur de la voiture et des parkings, Jean de Toledo, qui avait fêté ses 100 ans en novembre 2011 et avait montré à cette occasion une étonnante forme, est décédé mardi 10 avril dans sa 101e année.

Jean de Tolédo a longtemps bataillé pour les parkings - il fut à l'origine du parking du Mont-Blanc - et la traversée de la rade. Il cultivait une passion particulière pour les roses et ne manquait pas un concours de la rose de Genève. Né le 8 octobre 1911, Jean de Tolédo était l'illustre descendant d'une famille juive espagnol qui avait émigré en Turquie puis en France. Sa mère catholique l'avait élevée dans cette tradition.

Laurence Bézaguet l'avait rencontré l'an dernier à son domicile à l'occasion de son 100e anniversaire:

Vandœuvres, un bel après-midi automnal. Droit comme un i, les yeux clairs et malicieux, Jean de Toledo nous accueille dans son immense propriété entourée d’arbres; vue plongeante sur le Mont-Blanc en prime. «C’est un paradis, concède notre hôte, mais je ne l’ai pas volé. Il a été fait de toutes pièces. Quand j’ai acheté ce domaine à la fin des années 40, c’était un champ de céréales. Il n’y avait pas un arbre, juste une porcherie.» Difficile d’imaginer en le voyant que ce petit bonhomme plein d’énergie fêtera samedi son 100e?anniversaire. «Je n’arrive pas à réaliser mon âge; les jours passent et je ne vois pas encore la maladie qui va m’enterrer.» Il compte du reste bien ne pas en rester là: «J’espère devenir le plus jeune des skieurs centenaires! Quand je suis sur mes skis, je me sens si bien.» Skieur centenaire, cela devrait se concrétiser cet hiver. Centenaire toujours jeune, c’est déjà une certitude.

Il aurait aimé être physicien

Car cet éternel homme d’affaires préside encore les huit Pharmacies Principales genevoises. C’est sa maman, originaire des Pouilles – raison sans doute pour laquelle il parle si bien avec les mains – qui lui a transmis son virus pour les fleurs. «Elle m’en parlait toute la journée», relève celui qui continue à tailler ses rosiers avec amour.

La pharmacie reste, elle, une tradition familiale. En provenance de Tolède, son père a d’abord créé la Pharmacie du Parc, en 1907, avant d’ouvrir la première Pharmacie Principale au 5-7, rue du Marché, en 1912: «Personne ne s’imaginait ainsi dans mon entourage que je puisse faire autre chose. Mon fils a lui-même suivi cette voie et ma petite-fille est aujourd’hui en deuxième année de pharmacie.» Si son chemin n’avait pas été tout tracé, Jean de Toledo aurait aimé être physicien: «Je me souviens d’un professeur d’Université qui estimait que si on n’avait pas de connaissance en physique nucléaire, c’était le Moyen Age!»

La connaissance reste d’ailleurs la plus belle réussite selon lui: «Einstein disait que son laboratoire tenait dans son chapeau.» Aujourd’hui, Jean de Toledo se réjouit d’avoir 6 hectares de gazon à tondre: «Sur mon diesel de 45?chevaux, ça me prend quatre?heures, ce qui me laisse beaucoup de temps pour la réflexion…»

Cinq Ferrari

Dire que celui qui a traversé tout un siècle à 100 à l’heure a lui-même vécu au rythme du cheval! «On nous livrait de la glace, du charbon», relève Jean de Toledo. Même si ce pimpant centenaire a vite connu l’arrivée de l’automobile. «Ah, la macchina! La Pharmacie Principale a eu les premiers véhicules de livraison. J’avais à peine 7?ans quand j’ai appuyé sur les pédales.» Ses yeux pétillent: «J’ai moi-même eu la chance d’avoir cinq Ferrari.»

Pas surprenant dans ces conditions que Jean de Toledo reste un inconditionnel de la voiture, «symbole d’indépendance». Il fut le fer de lance du parking du Mont-Blanc, dès la fin des années 50: «Nos meilleurs clients nous disaient qu’ils ne savaient pas comment venir au centre-ville. Il fallait impérativement construire un parking. Objectif atteint au début des années 70.»

Jean de Toledo rêve à présent de voir naître un «petit frère» aux Eaux-Vives «pour empêcher l’agonie du centre-ville»… et bien sûr la traversée de la rade, dont il reste l’un des plus fidèles supporters. Mais un supporter inquiet: «On s’est déjà fait sèchement battre en 1996 et l’histoire va malheureusement se répéter. Les Genevois ne veulent pas d’une traversée à un milliard de francs avec des raccordements démesurés qui, en plus, chamboulent la nature. On peut bien sûr envisager un contournement autoroutier payé par la Confédération, mais c’est une autre affaire! La traversée de la rade doit rester urbaine; elle peut aisément se faire sous forme de tunnel entre Baby-Plage et l’avenue de France pour 400 millions de francs.» Et le patriarche de mettre aussi en garde contre un pont: «Pas touche à la rade, elle est beaucoup trop sacrée pour les Genevois pour tenter un tel pari.»

On le voit bien, la politique reste vivace dans les veines de cet ancien député radical. «C’est quelque chose d’absolument prodigieux, ma passion. Je suis très fier d’avoir pu œuvrer pour Genève», répète à l’envi celui qui a passé dix-huit ans sur les bancs du Grand Conseil et qui continue à recevoir des personnalités pour débattre.

La musique classique, la nuit

Le sport a aussi été un moteur dans sa longue vie. Ex-pilote d’avion et d’automobile, Jean de Toledo s’est surtout illustré au tennis, dont il fut vice-champion suisse juniors, mais aussi en natation (champion suisse en relais 5?x?50?mètres) et en boxe (champion universitaire, catégorie poids légers). Aujourd’hui, il pratique toujours le golf et marche chaque matin une demi-heure dans son parc… avec un 100?mètres final en courant.

Cela fait sans doute partie des secrets de son incroyable et encourageante longévité: «Je n’ai pas de potion magique. La seule médication que je puisse conseiller de façon suivie, ce sont les vitamines. On en trouve certes dans les aliments, mais avec un petit complément, on est sûr de ne pas en manquer.»

Pour le reste, nourriture saine, exercices et équilibre de l’esprit sont préconisés: «Avec les années, on dort moins. J’en profite pour écouter de la musique classique, ça détend et ça favorise le retour du sommeil.» Une méditation qui permet à l’ancien jeune violoniste (eh oui, encore une corde à son arc) de cultiver son intériorité et de braver les limites de la vie. (TDG)

Créé: 11.04.2012, 17h12

«Son départ laisse un grand vide»

Dans l'avis mortuaire, sa famille écrit: «Nous avons célébré ses cent ans en octobre. Cet hiver il était sur ses skis comme il le souhaitait et ses projets en cours étaient nombreux! Il nous a quittés paisiblement entouré de toute sa famille le mardi 10 avril 2010 par une belle journée de printemps. Personnalité hors du commun, son départ nous laisse un grand vide.» La cérémonie d'au-revoir aura lieu à l'église Saint-Paul lundi 16 avril à 15 heures.

Témoignages

Robert Cramer, conseiller aux Etats, ancien président du Conseil d'Etat: «J'avais beaucoup d'affection pour Jean de Toledo - le fait d'en parler au passé m'émeut. Sa disparition me surprend. J'ai déjeuné avec lui il y a 15 jours encore. Nous nous étions connus au Grand Conseil à la fin des années 80. Sans lier à cette époque des relations autres que celles entre collègues. Nous ne siégions pas dans les mêmes commissions. Quand je suis devenu conseiller d'Etat, Jean de Toledo a sollicité un entretien. Nous avons parlé de tout, du nucléaire, des parkings, de la traversée de la rade. Je me souviens. Il m'a exposé sa théorie sur la pollution de l'ozone. Je dois dire qu'elle n'était pas tout à fait infondée. Nous nous sommes découverts une passion commune, celle de la cuisine. Nos rencontres sont devenus régulières, malgré nos points de vue politiques. Nous n'en parlions plus beaucoup d'ailleurs. J'avais pour lui une grande affection, il avait pour moi une grande sympathie.»

Robert Ducret, ancien président du Conseil d'Etat: «Charrette! Quelle triste nouvelle! On devait se revoir la semaine dernière dans le cadre des rencontres que les anciens députés radicaux organisent deux ou trois fois par an. Victime d'une chute, Jean s'était fait excuser. J'ai siégé avec lui au Grand Conseil du temps de la construction du parking sous-lacustre. Il promouvait d'ailleurs toujours un second parking le long du jardin anglais. Une excellente idée. Il était très gentil... Mais c' était un patron.»

Pierre Kunz, ancien directeur de Balexert, chef du groupe radical à la Constituante: «Jean de Toledo, c'est l'homme qui m'a introduit au Parti radical, à l'époque où François Longchamp en était le secrétaire général. Un homme formidable, d'un enthousiasme débordant qui vivait de la volonté de concrétiser ses idées et ses idéaux. Et pas seulement en politique. Le combat le vivifiait. Il fut dès les années 60 à l'origine du centre de Balexert. Petit bémol, il n'a pas vu l'évolution de la ville et su embrasser l'importance de la grande traversée du lac.» (Image: Christian Bonzon (Archives))

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