«Je ne mangeais plus pour vivre, je vivais pour manger»

AddictionÀ 28 ans, Alexandra* est ce qu’il est commun d’appeler une belle fille. Pourtant, ce qualificatif qu’elle a si souvent entendu dans sa jeunesse ne l’aura pas aidée à surmonter son addiction à la nourriture, bien au contraire.

«Je m’étais coupée du monde.»

«Je m’étais coupée du monde.» Image: MAGALI GIRARDIN

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

«Dans ma famille, mon frère était la tête, promis aux hautes études. Moi, la jolie nana.» La volonté de prouver qu’elle a «aussi un cerveau» lui fait reprendre des études pour passer sa maturité commerciale. La Genevoise canalise son stress dans le contrôle qu’elle exerce sur la nourriture: «Au début, j’essayais de manger sainement. Peu à peu, j’ai diminué mes portions. Moins je mangeais, plus les pensées alimentaires m’obsédaient. Qu’est-ce que je vais manger ce soir? Et demain? J’avais acheté une balance qui pesait tous les aliments.»


Lire aussi: Sortie de l’alcool, Janet aide d’autres dépendants


À 36 kilos (pour plus de 170 cm), Alexandra a des pertes de conscience régulières. Prise d’une pulsion de vie, elle accepte de bon gré de se faire hospitaliser dans une clinique traitant l’anorexie, à Lausanne. En six mois, elle reprend un poids suffisant pour sortir. «Je suis ensuite tombée dans un autre type de contrôle: il fallait que je mange à des heures précises, comme à l’hôpital. Si je ne prenais pas mon petit-déjeuner à 8 h, je pouvais faire une crise de nerfs.»

Lorsqu’elle lâchera enfin du lest, elle tombera dans une autre obsession alimentaire, la boulimie. «Au début, je me disais que pour une ancienne anorexique, manger à n’importe quelle heure et pourquoi pas n’importe quoi, c’était un signe de santé. Il n’a pas fallu longtemps pour que je me fasse vomir.» Alexandra passera à nouveau plusieurs semaines dans un centre de traitement. «Je m’étais coupée du monde. Je ne voyais plus mes amis, je préférais être seule avec la nourriture, ça me faisait plus de bien. Je ne mangeais plus pour vivre, je vivais pour manger. Et j’étais tellement triste de m’en rendre compte.»

Au centre Belmont à Genève, Alexandra entre en contact avec divers groupes de parole et d’entraide, notamment sur la gestion des émotions. «J’ai appris à les identifier avant d’en être submergée et d’entrer dans la compulsion.» Depuis deux ans, la jeune femme est sereine. «Je vois mes amis, je prends des cours de yoga, de piano, j’ai un copain.» Quant à la nourriture, elle a trouvé une recette qui marche pour elle: «Je mange trois fois par jour, ni plus, ni moins. Et en dehors de ces moments, je ne me pose plus la question.»

* Prénoms d’emprunt

Créé: 11.07.2019, 07h38

Articles en relation

Sortie de l’alcool, Janet, 77 ans, aide d’autres dépendants

Addiction Après trente-sept ans d’abstinence, la conseillère en addictions est une figure respectée des personnes dépendantes en rémission à Genève. Elle reçoit en groupe ou en privé. Plus...

«Je m'accrochais à une lune de miel avec l'alcool, pourtant passée depuis longtemps»

Podcast L'alcoolisme et la dépendance au drogues dures, douces et aux médicaments, un nouveau témoignage à écouter dans notre série «Sortie d'addiction». Plus...

Paid Post

CallDoc, assuré malin et flexible
Bénéficiez de consultations médicales 24h/24, 7j/7 et faites des économies! Profitez du rabais de prime sur l’assurance-maladie de base. Demandez une offre maintenant.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Les grands partis désemparés
Plus...