Le Jardin botanique est 100% biologique

GenèveC'est la première collectivité publique suisse à respecter formellement les normes de Bio Suisse

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C’est une première en Suisse romande. Depuis le 1er janvier, les Conservatoire et Jardin botaniques de Genève sont 100% biologiques. Concrètement, cela veut dire que la totalité de ses cultures répond aux exigences de Bio Suisse, la fédération des entreprises agricoles biologiques suisses, rédigées dans un document de près 300 pages.

Si tout va bien, le site obtiendra le label «Bourgeon» dans deux ans, après une période dite de reconversion. Il deviendra ainsi la première collectivité publique de Suisse à être certifiée biologique; le jardin de Bâle, premier parc à avoir entrepris cette démarche, appartenant à une fondation de droit privé.

Les jardiniers au cœur du projet

Cette reconnaissance, les Genevois la doivent à Nicolas Freyre, le jardinier chef des lieux. «Il y a un peu plus d’un an, j’ai réalisé que notre jardin était presque entièrement biologique, confie-t-il. Comme je trouvais dommage de ne pas l’être à 100%, j’ai décidé de me renseigner sur ce qu’il nous manquait pour obtenir le label.»

Mais la tâche est ardue. Il s’agit de lister toutes les pratiques non conformes aux exigences fixées par Bio Suisse et de proposer des solutions concrètes. Nicolas Freyre soumet alors la recherche à l’Hepia – la Haute Ecole du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève – comme idée de travail de bachelor. Un étudiant mord à l’hameçon. Après plusieurs mois de travail, il conclut que le projet est réalisable.

Si la Ville et le directeur des Conservatoire et Jardin botaniques, Pierre-André Loizeau, sont ravis du projet, ils fixent leurs conditions: il n’y aura pas de moyens financiers ni d’effectifs supplémentaires pour le réaliser.

Tout repose donc sur le travail des jardiniers. «Il fallait les convaincre, relève leur chef. Ça paraît un détail, mais cela a été un long travail. Le fait de passer en cultures biologiques les obligeait à changer leurs habitudes, à remettre en question leurs méthodes. Je ne voulais pas qu’ils se sentent bloqués dans leur travail avec l’impression de ne plus rien pouvoir faire. Mais aujourd’hui, nous sommes plusieurs à dire que cela nous a permis de redécouvrir notre métier.»

Parmi les nombreuses contraintes fixées par Bio Suisse: la liste des produits édictée par l’Institut de recherche de l’agriculture biologique. «Tout ce qu’on commande doivent figurer sur cette liste», précise Nicolas Freyre. Les horticulteurs ont ainsi troqué leur engrais chimique contre un engrais biologique composé de matière organique recyclée. «Le temps de réaction de la plante est beaucoup plus long, nous devons nous adapter», relève le chef. Et si le Jardin botanique n’est pas soumis aux exigences du marché, au contraire des producteurs de denrées alimentaires, il doit faire face à une autre pression: assurer la pérennité des plantes. «Certaines sont de collections ou protégées, on ne peut pas prendre le risque de les laisser mourir», confie Nicolas Freyre.

Peu d’effets sur la biodiversité

Pas de produits chimiques ni d’hydrocultures, pas d’engrais azotés, pas de rayons ionisants, pas de semences non biologiques… La liste des contraintes pour espérer obtenir le label est longue. Et celle des bénéfices? Nicolas Freyre ne le cache pas: ils ne seront pas perceptibles par les badauds. «Il n’y aura plus de produits chimiques dans les sols, ce qui est une bonne chose avec le lac à proximité, mais cela ne sera pas visible à l’œil nu. Et nous ne sommes pas brusquement passés de traitements chimiques intensifs à des pratiques 100% biologiques. Les choses ont évolué petit à petit, l’impact sur la biodiversité sera donc faible.»

Le directeur des Conservatoire et Jardin botaniques de la Ville le dit lui-même, l’obtention de ce label s’inscrit dans la suite logique des démarches entreprises depuis une dizaine d’années par le musée. «La première étape avait été l’introduction de la lutte biologique dans les serres», se rappelle Pierre-André Loizeau. Et la prochaine? «Je ne vois pas ce qu’on peut faire de plus, répond-il amusé. Tous nos bâtiments fonctionnent déjà à l’énergie renouvelable et notre eau d’arrosage est pompée dans le lac.»

Sami Kanaan, maire de Genève, compte, de son côté, «utiliser le levier» du Jardin botanique pour sensibiliser les habitants à l’agriculture biologique dans l’ensemble des espaces verts en ville.

(TDG)

Créé: 18.03.2015, 15h00

14 000 plantes vivantes et six millions séchées

Les Conservatoire et Jardin botaniques de Genève s’étendent sur 28 hectares et abritent environ 14 000 espèces vivantes de 249 familles différentes. Les végétaux sont présentés en massifs thématiques: les serres hébergent les plantes tropicales et méditerranéennes, les terrasses réunissent les plantes officinales, les rocailles accueillent les plantes alpines et, enfin, l’arboretum présente des spécimens tricentenaires. Parmi cette collection vivante, une centaine d’espèces sont sévèrement menacées au niveau mondial ou national. Les Conservatoire et Jardin botaniques de Genève possèdent d’autre part quelque six millions d’échantillons de plantes séchées dans leur herbier. Cela en fait l’un des plus importants au monde. Il n’est malheureusement pas ouvert au public.
Au-delà des végétaux, les visiteurs peuvent découvrir dans le parc animalier d’anciennes races indigènes d’animaux domestiques, elles aussi souvent menacées. C.G.

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