Ne jamais se priver d’un livre énervant

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Mais pourquoi personne n’y avait-il pensé? C’est la première réaction en ouvrant «Bienvenue au Paradis, l’enquête sur la vie des Français en Suisse», écrite par Marie Maurisse, correspondante du Monde en Suisse. S’il a suscité des réactions féroces, c’est que ce livre se penche sur notre «miracle économique» et en pointe un effet secondaire: le développement d’une xénophobie à basse intensité touchant les Français travaillant dans ce pays. Inutile de dire que cette problématique intéresse particulièrement Genève.

L’ouvrage est aussi séduisant, qu’énervant. Séduisant, parce que sa thèse interpelle et brasse une foule d’éléments. Il irrite cependant parce qu’il est parfois bavard et simplificateur. De quels Français parle-t-on? Peut-on vraiment comparer le vécu des frontaliers à celui d’expatriés, nouveaux «émigrés de Koblenz» pantouflant à Conches ou à Cologny? Qu’ont à voir les nouveaux immigrés et les binationaux historiques? Et puis le concept de Suisse a-t-il vraiment un sens, tant les rapports de ses composantes romandes, italiennes ou alémaniques avec la France sont en réalité divers. Reste que la thèse centrale, celle du développement d’une intolérance antifrançaise, ne fait guère de doute. Même si les mauvaises expériences touchant des Français migrant à Chamoson ou à Zoug auraient aussi pu être celles de Genevois suivant le même chemin, l’accumulation d’anecdotes, parfois dérisoires, parfois choquantes, ne laisse guère de doute.

La situation genevoise aurait mérité d’être creusée. Or le canton est vu au travers de rencontres avec le conseiller national MCG Roger Golay, le secrétaire de SolidaritéS Pablo Cruchon, Laurent Tettamanti, ou encore avec Alessandro Pelizzari, responsable du syndicat Unia. Leurs points de vue comptent, mais il manque ceux de la majorité de l’échiquier politique ou du président du Conseil d’Etat, qui a proposé et appliqué l’embauche prioritaire des chômeurs dans l’administration en 2009, une forme de préférence cantonale. Autre regret, si l’auteur met bien en scène cette économie suisse qui embauche des employés étrangers, dont elle a besoin, mais que la société n’aime guère, elle renonce à exposer le malaise de ceux qui s’estiment victimes d’une concurrence grandissant au rythme du nombre de frontaliers. Oserait-on enfin en guise de plaidoyer suggérer que la prospérité de la Suisse, pays adapté comme peu d’autres au capitalisme mondial, a un coût social et psychologique pour elle-même et ses hôtes qu’elle ne perçoit pas forcément? Cet argument expliquerait la colère des «Suisses d’en bas» envers l’ouvrage de Marie Maurisse, comme celle des défenseurs du système.

Le livre se termine à Genève sur le meurtre en 2011, lors d’un conflit professionnel, d’un employé des TPG, frontalier, par un collègue établi en Suisse. Un meurtre raciste? Non, mais on sait aussi que les têtes faibles basculent lorsque les temps sont mauvais et des coupables désignés. On ne sort pas du livre de Marie Maurisse sans malaise. Bien que les détails de sa thèse se discutent, et que la situation des employés français ne soit pas celle des ouvriers de Zola, le panorama qu’elle dessine ne peut être écarté d’un revers de main. (TDG)

Créé: 09.06.2016, 17h41

Marc Bretton,
Rubrique Locale

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