J’ai testé l’Uber du ménage

Uberisation: épisode 3/6Batmaid et Book a Tiger débarquaient il y a un an sur un marché gangrené par le travail au noir. Permettent-ils d’en sortir?

Les femmes de ménage en ligne ne coûtent pas forcément moins cher que par les biais classiques. Les syndicats genevois ne se sont pas encore emparés de la question de leurs conditions de travail.

Les femmes de ménage en ligne ne coûtent pas forcément moins cher que par les biais classiques. Les syndicats genevois ne se sont pas encore emparés de la question de leurs conditions de travail. Image: Hype Photography

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Nous avons fait une infidélité à notre femme de ménage, Geannine. On n’a même pas osé lui parler de cette passade, de peur qu’elle le prenne mal...

Deux acteurs se partagent le marché de l’uberisation du nettoyage en Suisse romande, avec des tarifs similaires mais des modèles différents.

A l’instar d’Uber, Batmaid, une start-up lausannoise lancée en avril 2015, n’agit qu’à titre d’intermédiaire. Le client devient l’employeur en signant un contrat de gestion.

Tout l’inverse de son concurrent principal, Book a Tiger, qui endosse lui-même le rôle d’employeur. Cette entreprise fondée à Berlin s’est étendue en Suisse depuis juin 2015. Tamedia (ndlr: le groupe qui édite la «Tribune de Genève») est l’un des principaux investisseurs. Ces deux sociétés se targuent de lutter contre le travail au noir, en permettant au personnel de ménage d’être déclaré, et affirment vérifier permis de travail et casiers judiciaires. De quoi bousculer les agences spécialisées comme Serado ou Chèque Service. Nous testons Book a Tiger.

Le prix

Sur une base ponctuelle (une seule fois) nous devons payer 35,50 fr./h; dès que le service devient régulier (dès 1 fois par mois) le tarif baisse à 32,90 fr./h. A Zurich, Berne et Bâle, il faut débourser un peu plus. Sur cette somme, l’aide-ménager recevra entre 23 et 24 francs bruts de l’heure, soit 19 francs nets. Passer par cette plate-forme nous revient donc légèrement plus cher que de déclarer une femme de ménage en passant par Serado (33,30 fr.) ou Chèque Service (sur une base de 25 francs nets, compter environ 30 fr./h charges comprises).

L’inscription

On doit réserver un minimum de 2,5 heures de ménage. On peut choisir un homme ou une femme, des «extras» (repassage, nettoyage du frigo, des vitres ou du four), et indiquer le jour et l’horaire de préférence. Intrigué par ce service 7 jours sur 7, on teste en réservant le lundi de Pentecôte. Le lendemain, on reçoit un appel pour nous demander de changer de date. Un nouveau rendez-vous est fixé. Notre femme de ménage est ce jour-là un homme de ménage. On nous communique le nom de notre «Tiger», mais pas son numéro de téléphone. Pour le joindre, il faut passer par la centrale.

Le jour J

Le «Tiger» arrive un peu en avance. Pourtant, il n’avait pas le code de l’immeuble et a dû attendre qu’un voisin lui ouvre car l’agence ne lui a pas fourni notre numéro. Il nous explique sa méthode de travail (il préfère nettoyer les vitres avec le liquide vaisselle plutôt qu'avec le produit pour vitres…), change de tenue dans notre salle de bains et se met à l’ouvrage. Le travail est fait, apparemment bien. Pour l’exercice, nous lui faisons comprendre que nous aimerions à nouveau travailler avec lui, sans passer par l’agence, pour éviter des frais. «Oui, aucun problème, répond-il. Je vais vous laisser mon numéro, je fais ça avec plusieurs clients. Vous n’aurez même pas besoin de me déclarer si vous voulez.»

Nous recevons par la suite notre facture par e-mail avec une proposition de notation du service de une à cinq étoiles.

L’envers du décor

Ulrich Lewerenz, directeur de Book a Tiger Suisse, n’a pas peur d’une collusion entre clients et employés pour éviter la commission (ce qui a concouru à couler la boîte américaine Homejoy). «Nous n’avons pas rencontré ce problème jusqu’à maintenant. Je suis convaincu que nos client préféreront Book a Tiger au marché noir.» Il a choisi de salarier ses employés car «en tant qu’intermédiaire, vous ne pouvez pas former les gens. Nous souhaitons avoir des employés formés, assurés et déclarés.»

Son concurrent Andreas Schollin-Borg, cofondateur de Batmaid, revendique quelque 400 utilisateurs mensuels à Genève pour environ 60 «batmaid» et prend une marge de 15%. Pourquoi choisir d’être intermédiaire? «Dans le cas contraire, on tombe dans le travail sur appel, qui a plein de défauts. Les heures de disponibilité non travaillées doivent être payées 5 francs de l’heure.» Selon lui, sa clientèle se compose surtout d’expatriés. «C’est dû à la mentalité suisse, ici on a du mal à avoir confiance, on met plus de temps à s’adapter. Un client suisse sera physiquement présent lors du premier ménage, et peut-être partiellement lors des suivants. Alors que certains expatriés n’ont jamais vu leur femme de ménage en plusieurs mois!»

L’Office cantonal de l’inspection et des relations du travail (Ocirt) surveille ce marché. «L’économie domestique est régie par un contrat type, avance Christina Stoll, directrice de l’Ocirt. Nous sommes chargés de veiller à sa bonne application.» Est-ce bien le cas? «Secret de fonction.» Les syndicats genevois ne semblent pas très au fait sur la question, n’ayant eu aucun cas à défendre jusqu’à présent.

Anne Babel, responsable de Chèque Service, estime que Batmaid et Book a Tiger «ne sont pas des concurrents directs, car ces deux sociétés fournissent en plus un travail d’agence de placement que nous ne faisons pas». L’arrivée de ces compétiteurs ne l’effraie pas: « Je trouve ça sain, ça nous motive à nous remettre en question, notamment concernant notre site Internet, qui est un peu vieillot.»

A lire aussi: une enquête de la Fédération romande des consommateurs sur ce sujet, et son interview de Batmaid sur la protection des employés de maison.

Créé: 29.06.2016, 20h10

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