«J’ai sans doute commis des erreurs d’appréciation»

Crise à l’ÉtatAnne Emery-Torracinta admet avoir commis une erreur d’appréciation dans l’affaire Ramadan et dans celle du mandat octroyé au compagnon de sa secrétaire générale. La magistrate s’explique.

À moins d’un mois du premier tour de l’élection cantonale, la magistrate fait face à une crise sans précédent dans son département.

À moins d’un mois du premier tour de l’élection cantonale, la magistrate fait face à une crise sans précédent dans son département. Image: Lucien Fortunati

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Plongée dans une grave crise institutionnelle depuis plus d’une semaine, la conseillère d’État chargée de l’Instruction publique (DIP), Anne Emery-Torracinta, s’explique.

Pourquoi avez-vous attendu aussi longtemps pour lancer une enquête générale sur les dysfonctionnements au sein du DIP liés à l’affaire Tariq Ramadan?
Suite aux témoignages de quatre de ses anciennes élèves parus dans la presse en novembre, j’ai décidé en décembre d’un plan d’action en trois phases. Pour que des victimes d’abus puissent être entendues dans un lieu indépendant, nous avons mis en place une ligne téléphonique. Nous avons rappelé les droits et les devoirs de chacun, élèves et professeurs, et sommes en train de revoir toutes les procédures. Enfin, nous allons mettre en place un groupe de veille pour mieux anticiper les questions sociétales qui bouleversent les rapports profs-élèves. J’ajoute que dès qu’une affaire m’est remontée, elle est toujours traitée. Au moment où le plan a été présenté, personne ne s’est offusqué. Nous avions l’impression d’avoir répondu aux attentes. Quand j’ai reçu, le 11 mars, la lettre de personnalités genevoises me demandant d’ouvrir une enquête générale, j’ai compris que j’avais peut-être commis une erreur d’appréciation concernant l’émotion populaire que cela a suscité.

Mais lorsque cette lettre a surgi, vous avez évoqué des propos diffamatoires. Face à une demande sur le fond, vous avez réagi sur la forme. Pourquoi?
La lettre évoquait une «omerta institutionnelle» et une «complicité», ce qui voulait dire que la tête du DIP était en train de cacher des choses. J’ai trouvé cela choquant: les mots ont un sens, surtout quand ils sont écrits. Mais je n’entends naturellement pas déposer une plainte.

La colère des signataires n’est-elle pas liée au fait que votre secrétaire générale est concernée par deux affaires, celle de Tariq Ramadan et une autre plus récente?
Si quelqu’un avait voulu étouffer cette récente affaire, le DIP n’aurait pas ouvert une procédure. La direction juridique a transmis une liste de personnes impliquées directement. Il n’y a pas eu d’écrémage. Le dossier est maintenant en main d’une magistrate qui mène une enquête administrative. Mais avec les fuites qu’il y a sur cette enquête, si nous n’avions pas déposé de dénonciation pour violation du secret de fonction, on courrait le risque d’un vice de procédure qui aurait pu stopper l’enquête, ce qui aurait été inacceptable.

Quelle forme prendra l’enquête indépendante autour de l’affaire Ramadan?
Elle sera confiée à deux experts indépendants, un homme et une femme, dont l’un des deux aura un profil de magistrat. J’ai demandé au Conseil d’État d’aller de l’avant. Il y a plusieurs objectifs: examiner la période d’enseignement de Tariq Ramadan au Cycle des Coudriers et au Collège de Saussure, où il a enseigné. Examiner les cas remontés ces dernières années au Collège de Saussure. Si d’autres affaires émergent, elles seront également étudiées. Il y aura une levée générale du secret de fonction des collaborateurs et un appel à témoigner.

Le Conseil d’État reprend la main sur ce dossier. C’est un désaveu?
C’est à ma demande que le Conseil d’État reprend le dossier, car si le DIP avait choisi les enquêteurs, on nous aurait accusés d’être juge et partie.

Quelles leçons tirez-vous de tout cela?
Dans les procédures administratives de l’État, qui ne concernent que les rapports employeurs-employés, les victimes ne sont pas considérées comme partie civile. Elles ne sont donc entendues que comme témoins et ne sont pas informées de la suite donnée. D’où le sentiment d’un certain silence de l’État. Je vais donc proposer de changer nos procédures. Par ailleurs, je ne veux pas jeter l’opprobre sur les enseignants, qui dans leur immense majorité exercent fort bien leur métier.

Il y a encore une troisième affaire, celle du mandat donné au conjoint de votre secrétaire générale. Quels éléments vous ont conduit à la suspendre?
La procédure est en cours et je ne peux pas m’exprimer dans les détails. Vendredi, j’ai été alertée par le président du Conseil d’État qu’un mandat que j’avais signé posait un certain nombre de questions. J’ai immédiatement essayé d’en savoir plus. Je signe un nombre important de documents chaque jour. Rien n’indiquait que la procédure n’avait pas été suivie. J’ai aussitôt résilié ce contrat, signé en février.

Saviez-vous que le mandataire était le compagnon de votre proche collaboratrice?
Oui, mais le mandat était formulé au nom d’un laboratoire rattaché à l’Université.

Connaissant ces liens, n’avez-vous pas fait preuve de naïveté en signant le contrat?
J’ai certainement commis une erreur d’appréciation. Ma responsabilité n’est toutefois pas de préparer les mandats. Trois directions doivent donner leur préavis. L’une d’elles a relevé un souci, mais je n’ai pas été alertée.

Vous sentez-vous trahie par votre secrétaire générale?
Je n’ai pas reçu tous les éléments d’appréciation de sa part. À titre personnel, je n’aurais jamais confié un mandat à mon mari, qui a d’ailleurs renoncé à son poste de directeur d’établissement après mon élection. Le dossier est désormais en main du Conseil d’État.

Créé: 19.03.2018, 22h05

«Évidemment, il n’est pas question que je renonce»

Compte tenu de l’accumulation des difficultés à moins d’un mois des élections, êtes-vous en mesure de maintenir votre candidature au Conseil d’État?
Bien évidemment! Il n’est pas question que je renonce à me présenter. Je crois que les électeurs jugeront mon mandat, qui a duré quatre ans et demi, sur sa durée totale et non pas sur une semaine.

Paru avant cette semaine de crise, un sondage vous plaçait en sixième position des magistrats sortants. À combien évaluez-vous vos chances?
Les citoyens sont des adultes. Ils sauront séparer les faits avec d’un côté l’affaire Tariq Ramadan, dont je ne suis aucunement responsable, et de l’autre un cas touchant un enseignant dans un collège et enfin un dossier administratif mal ficelé. Ces éléments ne doivent pas faire oublier que le département tourne, que ses budgets sont tenus, qu’il a des projets qui avancent. Je me réjouis de poursuivre à la tête de l’Instruction publique. Il y a de beaux enjeux à venir, notamment la formation obligatoire jusqu’à 18 ans, l’évolution du Cycle d’orientation ou l’école numérique, que je me réjouis de traiter. M.BN/S.R./P.R.

Trois affaires au cœur de la crise

L’affaire Ramadan
En novembre, quatre anciennes élèves du professeur Tariq Ramadan, en poste entre 1984 et 2004 au Cycle des Coudriers puis au Collège de Saussure, ont révélé dans nos colonnes des pratiques abusives de sa part.

Un enseignant du Collège
La prise de parole des anciennes élèves de Tariq Ramadan a encouragé des Genevoises à dénoncer un autre professeur du Collège de Saussure, suspendu depuis.

Un mandat suspect
Un mandat a été accordé au compagnon de la secrétaire générale du DIP et pose la question d’un conflit d’intérêts. Signé de la main de la conseillère d’État Anne Emery-Torracinta, le contrat a été résilié vendredi et la secrétaire générale a été suspendue samedi. S.R

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