«J’ai une double vie. Ça vous heurte?»

Grand GenèveAu congrès annuel du groupement transfrontalier européen, des frontaliers disent leur ras-le-bol d’être pris pour cible.

Le président du Groupement transfrontalier, Michel Charrat, a dévoilé vendredi une campagne d’affichage.

Le président du Groupement transfrontalier, Michel Charrat, a dévoilé vendredi une campagne d’affichage. Image: DR

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Le ton est volontairement provocateur. «Oui j’ai une double vie. Ça vous heurte?» lance un pendulaire sur la première affiche. «Si je vous dis que je suis trans’, ça vous choque?» renchérit une jeune femme sur la seconde, jouant sur le terme de «transfrontalier». C’est sur cette note d’humour que s’est terminé le congrès annuel du groupement transfrontalier européen (GTE), vendredi soir.

Devant les 500 personnes réunies à Archamps, Michel Charrat, président de cette association, qui compte près de 32 000 adhérents, a dévoilé cette campagne d’affichage. Celle-ci résonne comme une réponse au «Frontaliers stop!» du MCG et autres slogans des partis populistes qui fleurissent à la veille des cantonales. «Nous sommes devenus un enjeu électoral en Suisse comme en France, c’est pourquoi nous devons veiller à conserver notre sérénité et notre indépendance», lance-t-il, à l’attention des 85 000 frontaliers titulaires de permis G mais aussi des quelques 30 000 Suisses résidant en France et actifs à Genève.

Invité à débattre, Alessandro Pelizzari, responsable du syndicat Unia à Genève, enchaîne dans la même veine: «Je m’excuse pour ces affiches nauséabondes du MCG qui rappellent les années 30 et 40. On oublie souvent que vous êtes des travailleurs et que vous faites tourner l’économie genevoise.»

Après ces propos liminaires, place aux sujets de fond. Tels que les transports. Tous s’accordent à dire que les efforts doivent se poursuivre. Sans toutefois résoudre le problème du financement des futures infrastructures. Question d’autant plus cruciale après la baisse annoncée de la subvention de la Confédération au projet d’agglomération 3. Regrettant «cette provocation de la Berne fédérale», le conseiller d’État genevois chargé de la Mobilité, Luc Barthassat, annonce que «selon des bruits de couloirs, le nouveau ou la nouvelle venue, qui remplacera Doris Leuthard, pourrait relancer une concertation».

Le débat se poursuit sur la préférence indigène light. Visant à concrétiser l’initiative UDC contre l’immigration de masse, ce paquet législatif doit entrer en vigueur le 1er juillet. Le professeur René Schwok précise: «Ce qui a été adopté, c’est une information privilégiée pour ceux qui sont inscrits à l’Office cantonal de l’emploi. C’est miraculeux par rapport à ce qui avait été voté le 9 février 2014!» Alessandro Pelizzari demeure sceptique: «Du moment qu’on n’aime pas le soda, on n’aime pas sa version light.»

Le syndicaliste reproche aussi au gouvernement d’avoir «pollué le débat en participant à la normalisation du terme de préférence cantonale, nationale ou indigène». Et ce, indique-t-il alors que «les études démontrent que les frontaliers ne piquent pas l’emploi des Genevois».

Reste que, selon Anne, 54 ans, frontalière, «la pression est forte. Dans mon entreprise, lorsqu’il y a eu la parité du taux de change, il a été question de dresser la liste des frontaliers pour les payer en euros. De plus, je sais qu’en cas de licenciements, je serai la première visée». Isabelle, frontalière depuis 32 ans, renchérit: «Les propos antifrontaliers sont encouragés par les campagnes actuelles.» Ne sont-elles pas pourtant moins violentes qu’en mars 2015, lorsque le MCG prônait le label «0 frontalier», ou qu’en 2009, quand l’UDC stigmatisait la «racaille d’Annemasse»? «Ne croyez pas que cela s’atténue. Ça empire au contraire, estime Isabelle. Les gens se disent: je ne risque rien, c’est toléré.»

Michel Charrat déplore «un climat de travail délétère, au détriment de la cohésion sociale». Ce dont témoigne Sylvia, 47 ans: «Tous les jours, j’ai droit à des propos virulents. On me traite de frouze, on m’invective. Je ne démissionne pas car je ne toucherais pas le chômage et qu’à mon âge, il est difficile de retrouver du travail.»

En sortant de la salle, on découvre un panneau blanc qui, au fil de la soirée, s’est couvert de mots-clés, répondant à l’inscription originelle: «Pour vous, en un ou deux mots, être frontalier c’est…» Au feutre rouge ou bleu, les uns et les autres ont noté: «La galère et être mal vu des deux côtés de la frontière» ou «Embouteillage». Mais surtout, des dizaines de messages positifs tels que «Faire partie d’un territoire», «Réciprocité», «Un honneur», «Une chance incroyable» et enfin: «Merci la Suisse!!!»

(TDG)

Créé: 11.03.2018, 21h25

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