«J’ai vu ce signe comme la démonstration d’une immense joie»

MondialDes Albanais et des Serbes de Genève réagissent à la polémique qui a éclaté après le match entre la Suisse et la Serbie.

Le symbole qui a nourri la polémique était aussi déployé sur la fan zone de Plainpalais comme en atteste ce drapeau de l’Armée de libération du Kosovo (UCK), une organisation paramilitaire.

Le symbole qui a nourri la polémique était aussi déployé sur la fan zone de Plainpalais comme en atteste ce drapeau de l’Armée de libération du Kosovo (UCK), une organisation paramilitaire. Image: Laurent Guiraud

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«Je suis assez révoltée par tout ce qui se passe; pour ma part, je voulais simplement savourer ce match, commente Albana Krasniqi Malaj, la coordinatrice de l’Université populaire albanaise (UPA) de Genève. Et au lieu de cela, tout le monde tente de savoir quel sens donner au geste de ces trois joueurs. Alors je vais répondre. Pour moi, ce n’est pas du nationalisme. Ce signe, c’est celui de la réussite et de la liberté. Je l’ai vu comme la démonstration d’une immense joie à l’occasion des deux buts qui ont donné la victoire à la Suisse.»

Un point de vue bien entendu influencé par l’origine albanaise de la coordinatrice. Mais le sens de son propos n’est pas de poursuivre la confrontation. Au contraire: «Pour tous ceux qui ont souffert durant la guerre, quelle que soit leur origine, il est important que les Balkans sortent enfin de ce conflit et des traumatismes qu’il a causés. Il faut dépasser cela si l’on veut donner une chance au vivre-ensemble.»

Des blessures encore vives

Pourtant, vingt ans après les guerres en ex-Yougoslavie, dix ans après la déclaration d’indépendance du Kosovo, il serait absurde de croire que toutes les blessures sont refermées. Ces événements sont trop récents pour qu’une rencontre de football entre la Serbie et la Suisse des Shaqiri, Xhaka et autres Behrami ne soit pas vécue avec une passion extrême par une partie au moins des communautés serbe et kosovare à Genève et en Suisse.

Alors oui, on trouvera toujours des Serbes et des Kosovars prêts à s’enflammer, ici comme ailleurs. Et d’autres, comme Dejan, capables de relativiser. «Personnellement, j’ai surtout vu une super victoire de la Suisse ce soir-là, explique ce trentenaire d’origine serbe. La vérité, c’est que, durant le match, je n’avais pas remarqué les joueurs faisant le signe de l’aigle bicéphale.»

«Pas de quoi en faire une raclette»

Et ensuite? «Quand la polémique a été lancée, j’ai été plus partagé, répond-il. Le signe en lui-même ne me choque pas, mais je trouve dommage qu’ils ne le fassent que quand ils jouent contre la Serbie. Là, cela n’a plus le même sens. Au fond, ce soir-là, on était devant nos écrans pour voir quelle équipe jouait le mieux au foot. Et on a vu: la Suisse méritait de gagner.»

Dejan estime du reste que c’est son collègue albanais qui a trouvé la meilleure formule pour résumer la polémique. Il lui a dit: «Le geste était nul, mais il n’y a pas non plus de quoi en faire une raclette.» Une sentence AOC garantie.

Des racines indispensables

Quant à la seconde polémique sur la «suissitude» des joueurs de l’équipe nationale, elle énerve tout autant Albana Krasniqi Malaj que Dejan. «Fondamentalement, je m’en fiche, explique ce dernier. Ils sont tous nés ici ou sont arrivés très jeunes et ont choisi de devenir Suisses. C’est cela qui importe.»

«On peut être Suisse et garder ses racines, ajoute la coordinatrice de l’UPA. En réalité, c’est même indispensable car les hommes comme les arbres ont besoin de leurs racines pour aller puiser ce qui les fera grandir.»

Le taux de naturalisation des ressortissants du Kosovo est particulièrement élevé à Genève. Entre 2010 et 2014, 20% de ceux qui remplissaient les conditions l’ont fait, contre 5 à 7% pour les Espagnols et les Portugais. Sans les binationaux, le canton comptait 5214 résidents originaires du Kosovo en 2014 et 1233 Serbes. (TDG)

Créé: 26.06.2018, 08h57

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