«J’ai vu un chauffeur prier dans son bus»

Transports publics genevoisTroublée, une passagère des TPG s’interroge sur les pratiques religieuses dans une régie publique.

C’est à Saconnex-d’Arve, au terminus de la ligne 43, soit à l’arrêt Bellins, qu’a eu lieu cette scène.

C’est à Saconnex-d’Arve, au terminus de la ligne 43, soit à l’arrêt Bellins, qu’a eu lieu cette scène. Image: Lucien Fortunati

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Une cliente des Transports publics genevois (TPG) s’est retrouvée face à une scène plutôt troublante, une fin d’après-midi à Saconnex-d’Arve: alors qu’elle voulait entrer dans un bus, au terminus de la ligne 43, soit à l’arrêt Bellins, elle a aperçu le chauffeur se relever de sa prière, avant d’enrouler son tapis.

«Ça s’est passé il y a quelques mois en hiver et il faisait déjà nuit. J’admets avoir été assez effrayée, raconte Sophie. Le véhicule était fermé et tous feux éteints; j’ai d’abord pensé que le chauffeur avait fait une pause pipi…» Si tel avait été le cas, le bus serait resté ouvert, informe François Mutter, porte-parole des TPG: «De manière générale, la fermeture des portes et l’extinction des feux d’un véhicule durant un temps de battement – et non une pause – ne sont pas souhaitables.»

«Aucune base légale»

Du temps a passé, mais Sophie n’a pas oublié. «Cet homme de type oriental de 35-40 ans a ensuite mis son tapis dans une mallette avant d’ouvrir les portes du bus», nous rapportait ainsi récemment ce témoin connu de la rédaction. Si le port du voile suscite régulièrement la polémique, c’est nettement moins le cas en matière de prière. Guère surprenant que cette quinquagénaire ait ainsi eu un choc à cette occasion.

Interpellé, François Mutter note qu’«après plusieurs vérifications faites au sein de nos équipes, nous ne sommes pas en mesure de confirmer ou d’infirmer ces faits». Sophie n’a, il est vrai, pas émis de plainte auprès des TPG, mais elle dit «avoir adressé un message à un cadre pour s’enquérir de ces pratiques religieuses pour le moins déconcertantes».

«Notre entreprise est attentive aux interrogations posées par un sujet qui touche la société au sens large, réagit son porte-parole. Il y a une prise de conscience comme dans l’ensemble des établissements de droit public. A ce titre, nous suivons avec attention les discussions engagées dans le secteur public. Aucune base légale ne précise cependant pour l’instant ce qui est autorisé ou interdit.»

Une lacune que ne manque pas de soulever, lui aussi, Luc Barthassat, patron du Département des transports et donc autorité de tutelle des TPG. «Il n’existe actuellement pas de cadre clair pour intervenir dans pareille situation», nous fait-il savoir par la voix de son secrétaire général adjoint, Thomas Putallaz. Avant de nous renvoyer vers le conseiller d’Etat Pierre Maudet, chargé du Département de la sécurité et de l’économie (DSE), quant à lui très clair sur la question: «Si cette situation s’est produite telle que rapportée, je la qualifie d’anormale et d’inacceptable. Dans tous les cas, elle pose à nouveau la question de l’expression du phénomène religieux dans les administrations publiques et dans l’espace public.»

Une situation «qui place les autorités cantonales et communales devant leurs responsabilités face à l’exigence constitutionnelle relative à la neutralité religieuse de l’Etat et de ses agents (article 3 de la Constitution genevoise)».

«En quoi cela dérange?»

Pour sa part, le Conseil d’Etat a rempli sa mission, estime Pierre Maudet, «en proposant au Grand Conseil, par le biais d’un projet de loi sur la laïcité de l’Etat déposé en novembre 2015 déjà, le cadre légal indispensable à la mise en œuvre de la disposition constitutionnelle. Elle est le reflet de la volonté populaire de limiter la liberté religieuse de ses collaboratrices et collaborateurs dans l’exercice de leurs fonctions.» C’est donc «avec une certaine impatience, selon le magistrat, que les établissements autonomes de droit public, parmi lesquels les TPG, ainsi que les administrations attendent ce cadre légal clair sans lequel il leur est impossible d’intervenir». La loi est actuellement discutée en commission.

Directeur de la Fondation de l’entre-connaissance, Hafid Ouardiri ne comprend pas «en quoi cela dérange de faire sa prière, attitude de paix et de recueillement, dans le bus. Il m’arrive d’ailleurs de le faire de façon discrète, assis sur mon siège, même si des gens m’entourent.» Et d’ajouter: «Si ce chauffeur avait du temps pour prier et que son contrat ne l’interdit pas, je ne vois pas le problème.» Vahid Khoshideh, président de l’association islamique et culturelle d’Ahl-El-Bayt, est du même avis. (TDG)

Créé: 09.10.2017, 20h20

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