Trop d’investissements? Le cri d’alarme de Serge Dal Busco

Finances publiquesLe ministre démocrate-chrétien des Finances prépare l’opinion à des «choix douloureux».

Le PDC Serge Dal Busco, ministre des Finances.

Le PDC Serge Dal Busco, ministre des Finances. Image: Georges Cabrera

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La nuit porte-t-elle conseil ou la perspective du budget 2016 génère-t-elle des cauchemars? Samedi soir, le PDC Serge Dal Busco, ministre des Finances, poste un texte sur Facebook. Il dresse la liste des investissements prévisibles ces prochaines années. Les députés réagissent diversement.

Que trouve-t-on sur cette liste? «Une gare souterraine à 1,65 milliard (…). Une traversée du lac (…) entre 3 et 4 milliards. Une nouvelle prison à 300 millions. Un nouveau Palais de justice pour à peine moins. Des lignes de tram pour presque autant. Des bâtiments à rénover et à construire, dont des écoles, des bâtiments universitaires et des hôpitaux, pour plusieurs centaines de millions», écrit le magistrat, avant d’asséner: «Le niveau d’endettement du Canton ne nous laisse qu’une marge de manœuvre réduite, tant pour les investissements que pour le fonctionnement de l’Etat.» Que faire alors? «Revenir sur terre. Arrêter de rêver et admettre qu’on ne pourra pas faire tout ce qu’on imagine. Et de loin. Il faudra donc faire des choix. Compte tenu des circonstances, ils seront forcément douloureux.»

Sur le fond, ce message n’est pas nouveau. Serge Dal Busco l’a déjà exprimé lors de la présentation du budget 2015 et des comptes 2014. Mais c’est la première fois qu’il se fait aussi pressant et surtout précis, et qu’il cite de gros investissements. Paradoxe, le gouvernement, qui doit réviser la liste des investissements décennaux (2014-2023), n’a pas encore commencé ses discussions. Vu ce message, elles seront certainement animées.

Du côté des députés, les réactions au cri d’alarme du magistrat PDC sont variées: «Enfin!» se félicite le PLR Edouard Cuendet, qui «salue cette lucidité. Nous devons moduler nos investissements en fonction de notre capacité à les autofinancer, car nous ne pouvons pas nous endetter davantage.» Pour retrouver une marge de manœuvre, il appelle du coup à «réduire le train de vie de l’Etat et à bloquer la hausse du personnel». Il estime que certains investissements devront être reportés, comme la participation du Canton à la Nouvelle Comédie ou la rénovation de l’Hôtel de Ville.

L’écho à l’UDC est un peu différent. Eric Leyvraz met moins l’accent sur la baisse des investissements que sur la baisse des coûts de fonctionnement: «Aujourd’hui, l’Etat n’en fait pas assez pour l’entretien de ses bâtiments. Il prévoit 40 millions par an alors qu’il en faudrait 140 et laisse se dégrader son Hôtel de Ville, qui est dans un triste état.» Le MCG veut faire le ménage dans les investissements, mais pas en baisser le volume. Pour Eric Stauffer, c’est dans le budget de fonctionnement qu’il faut tailler: «Genève a 53 fonctionnaires pour 1000 employés, contre 42 à Zurich. Pourquoi?»

En finir avec la traversée

A gauche, on ne crache pas sur une mise à jour des investissements si elle implique l’abandon de la traversée du lac. Roger Deneys (PS) et Sophie Forster Carbonnier (Verts) suggèrent en outre un report du programme d’expansion des prisons mais refusent une réduction du volume des investissements: «On rattrape les coupes des années 90. Il ne faut pas reprendre du retard», explique le socialiste, qui suggère de faire voter par le peuple les projets d’investissement assortis des centimes additionnels nécessaires.

A Ensemble à Gauche, la députée Magali Orsini a une solution: «Au lieu de faire des cadeaux aux riches et de pleurer après, Genève devrait les taxer plus!» (TDG)

Créé: 29.06.2015, 18h55

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Dix milliards de travaux déjà votés

Quoi qu’on en pense sur le fond, la sélection des investissements n’est pas vraiment un choix, mais une obligation légale qui ne va pas tarder à s’imposer pour les nouveaux investissements.

En 2013 en effet, le Grand Conseil a adopté un durcissement du frein à l’endettement qui précise à l’article 15 de la loi: «Si l’endettement annuel moyen dépasse 13,3 milliards de francs, le Grand Conseil ne peut adopter que des crédits d’ouvrage qu’à la majorité absolue de ses membres (51 voix)». La loi ajoute: «Si l’endettement annuel moyen dépasse 14,8 milliards de francs, (...) la majorité des deux tiers de ses membres est requise (67 voix).»

Or l’endettement devrait atteindre le premier seuil d’alerte d’ici à la fin de l’année. A qui la faute? Aux excédents aux comptes annuels, trop maigres pour financer les investissements, totalisant entre 600 et 700 millions par an, sans recourir à l’emprunt et donc à la dette. La loi ne règle toutefois pas le sort des investissements déjà votés. La liste établie par le Conseil d’Etat en recense pour 10 milliards. En 2013, le gouvernement en a sélectionné 150 jugés prioritaires totalisant 7,3 milliards. Cette liste devrait être actualisée d’ici à la fin de l’année et les divergences entre les uns et les autres risquent d’être grandes:

«Il est en effet plus glorieux pour un magistrat de couper le ruban d’une nouvelle installation que de rénover une ancienne», relève la députée Verte Sophie Forster Carbonnier.

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