Dans l’intimité du général Dufour

Exposition inéditeLa Bibliothèque de Genève raconte les mille et une vies du Genevois Guillaume-Henri Dufour.

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Officier, ingénieur, membre fondateur de la Croix-Rouge, passionné par les ponts et Napoléon: le général Guillaume-Henri Dufour (1787-1875) a porté mille et une casquettes. La Bibliothèque de Genève (BGE) propose au public de découvrir la vie et l’œuvre de cet illustre Genevois, à travers quelques-uns de ses biens réunis dans une exposition et une conférence dès mardi (lire encadré). La Fondation Archives Dufour vient en effet de lui confier une collection unique d’objets. «C’est une manière de faire connaître et de faire vivre un homme, une histoire, un pays», confie Jacques Reverdin, président de la Fondation Archives Dufour et descendant direct du général. «On ne pouvait pas imaginer plus beau cadeau que ce patrimoine! s’enthousiasme Alexandre Vanautgaerden, directeur de la BGE. Il fait réfléchir au rôle des grands hommes qui ont fait évoluer l’Histoire.» L’occasion de faire un brin de connaissance avec le général.

1. L’exilé passionné de sciences

Guillaume-Henri Dufour a marqué l’histoire de la Suisse. Pourtant, il n’y est pas né! Il voit le jour en Allemagne, en 1787, car son père, descendant d’une vieille famille genevoise, a quitté la Cité de Calvin lors des troubles de la fin du XVIIIe siècle. Trois ans plus tard, la famille revient sur ses terres et une fois adolescent, Guillaume-Henri Dufour fréquente le Collège de Genève. Il intègre ensuite l’Ecole polytechnique à Paris, qui forme les futurs officiers. Le jeune passionné de dessin technique donne des cours pour financer ses études. «A 18 ans déjà, il était intéressé par les sciences et les arts appliqués, raconte Jacques Reverdin. Il avait tenté de faire voler une montgolfière à Plainpalais, sans succès, avant de réitérer, avec succès cette fois!»

2. L’admirateur de Napoléon

Ses études terminées, le jeune Genevois est envoyé à Corfou, alors sous l’emprise de l’Empire napoléonien, où il dirige certains travaux de fortification et sert dans l’armée française. En 1816, après la défaite de Waterloo, il rentre à Genève. Dufour voue une véritable admiration à Bonaparte, au point de collectionner des objets ayant appartenu au général et à son neveu, le futur Napoléon III! «Par exemple, en 1837, Napoléon III s’est rendu aux Etats-Unis et a ramené d’authentiques mocassins iroquois. Dufour les a conservés! indique Nicolas Schätti, conservateur au Centre d’iconographie genevoise. Il s’est aussi procuré un fragment du tombeau de Bonaparte.»

3. L’officier qui a pacifié la Suisse

Dufour sera même le professeur de Napoléon III – qui deviendra ensuite un ami – dans l’école qu’il a fondée en 1819 à Thoune dans le but de créer une armée fédérale homogène et d’uniformiser la formation des militaires. Huit ans plus tard, Guillaume-Henri est nommé colonel de l’armée fédérale; c’est le premier Genevois à accéder à cette fonction.

Sa carrière militaire atteint son apogée en 1847, lors du Sonderbund – qui oppose les cantons radicaux-démocrates aux cantons catholiques et conservateurs. Dufour est alors désigné commandant en chef de l’armée. «Au début, il ne voulait pas de cette fonction, il n’était plus tout jeune et c’était une lourde responsabilité, rapporte Jacques Reverdin. Il a finalement accepté, et en vingt-cinq jours il a réussi à pacifier la Suisse! Il a fait d’une guerre civile une guerre de réconciliation.» Parmi ses objets personnels légués à la BGE, on trouve d’ailleurs un plan d’attaque de Fribourg. «Il y a aussi une lettre adressée à ses troupes où il pose les principes de la future Croix-Rouge car il leur demande de ne pas tirer sur les blessés», ajoute Alexandre Vanautgaerden. Son engagement militaire sera récompensé par de nombreuses distinctions, dont la Légion d’honneur.

4. L’ingénieur bâtisseur de ponts

L’officier occupe, en parallèle, une autre fonction: chef du Bureau topographique fédéral. Celui qui a fait ses armes avec des plans de positions militaires se voit confier la tâche d’établir la première carte topographique de la Suisse. Ce travail minutieux va lui prendre des années… de 1838 à 1865! Comble pour le cartographe: il devient lui-même une référence géographique puisqu’en 1863, le Conseil fédéral baptise le plus haut sommet des Alpes suisses la Pointe-Dufour!

En tant qu’ingénieur cantonal, il élabore le cadastre de la Ville, qui sert encore de référence de nos jours. On lui doit le quai des Bergues, l’île Rousseau, la Corraterie, un jardin botanique aux Bastions, entre autres. Enfin, ce passionné de ponts aménage un ouvrage suspendu vers les Tranchées pour enjamber les remparts. «Ce pont est l’un des premiers du genre en Europe! rapporte Nicolas Schätti. Dufour a développé une véritable expertise dans ce domaine; il fait des projets novateurs pour un pont à Fribourg et pour le pont de la Caille, en Haute-Savoie, mais ils ne seront pas retenus.»

5. L’humanitaire persuasif

Dernière facette du général: l’humanitaire. En 1864, il élabore, avec les Genevois Henri Dunant, Théodore Maunoir, Louis Appia et Gustave Moynier, le projet d’une aide aux blessés sur les champs de bataille. La première convention de la Croix-Rouge est alors signée. «Pour convaincre les autres pays, Dufour s’est servi de ses nombreuses relations, notamment Napoléon III, et de la notoriété acquise grâce à son parcours militaire», raconte Nicolas Schätti. «On peut aussi relever sa force de persuasion, il a réussi à imposer le drapeau suisse qu’il a fait adapter», souligne Jacques Reverdin.

6. Le héros éternel

Guillaume-Henri Dufour s’éteint en 1875 et a droit à des funérailles nationales. «A Genève, toute la ville était close, les gens défilaient sur la marche funèbre de Beethoven, raconte Alexandre Vanautgaerden. Il y avait une vraie ferveur populaire.» Dix ans plus tard, on érige une statue en sa mémoire, à la place Neuve, et là encore, la foule se déplace en masse. Entre 1954 et 1976, le général sera même l’effigie d’un billet de banque de 20 fr. «C’est un personnage vraiment étonnant», résume Jacques Reverdin. Nicolas Schätti renchérit: «Un homme époustouflant!» «Un De Vinci genevois avec une dimension humanitaire», conclut Alexandre Vanautgaerden. (TDG)

Créé: 23.03.2015, 19h29

Conférence mardi

Parmi les objets confiés à la Bibliothèque de Genève (BGE), on trouve notamment des lettres de Dufour à sa fille, des manuscrits, des livres, dont certains sont annotés, les mocassins rapportés des Etats-Unis par Napoléon III, le sabre offert par la Diète fédérale après le Sonderbund. Ces objets sont à découvrir dès aujourd’hui et jusqu’au 1er avril au rez de la Bibliothèque de Genève, à la promenade des Bastions, du lundi au samedi. Une conférence a lieu ce soir à 18 h, à l’aula Reverdin, salle B106, au 1er étage de l’Uni des Bastions. Elle sera suivie d’une réception où des responsables de fonctions occupées jadis par Dufour prendront la parole. Parmi eux, Laurent Niggeler, géomètre cantonal, François Bugnion, membre de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, ou encore Dominique Andrey, commandant de corps.

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