Une «intervention humaine» à l'origine de l'incendie de la Servette

EnquêteL’expertise sur le sinistre de mars 2018 ne détermine pas s’il s’agit d’un acte délibéré. La justice a classé l’affaire, mais un recours a été déposé.

Le feu a ravagé une bonne partie du toit des immeubles situés au 69-75 de la rue de la Servette.

Le feu a ravagé une bonne partie du toit des immeubles situés au 69-75 de la rue de la Servette. Image: Laurent Guiraud

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Le quartier n’est pas près de l’oublier. Dimanche 11 mars 2018, un impressionnant incendie ravage le toit d’une barre d’immeubles le long de la rue de la Servette. De nombreux appartements sont dévastés. Une solution de relogement doit être trouvée dans la hâte pour plus d’une centaine de locataires. Selon un rapport d’expertise, que la «Tribune de Genève» s’est procuré, une «intervention humaine» est bien à l’origine du sinistre.

Sollicités par la justice genevoise, les experts du groupe incendie de l’École des sciences criminelles de l’Université de Lausanne écartent donc un problème d’ordre technique (dysfonctionnement électrique, ventilation entravée…). En revanche, ils ne sont pas parvenus à déterminer s’il s’agissait d’une action délibérée ou non.

«Pas de piste sérieuse»

Deux plaintes pénales contre inconnu avaient été déposées après le sinistre. L’une émane de la régie qui s’occupe de la gestion des bâtiments sinistrés, Livit. L’autre, de la société Locatel, qui vend depuis une trentaine d’années des appareils électroménagers au rez-de-chaussée du 69, rue de la Servette.

Fin juin, le Ministère public a décidé de classer l’affaire, faute de «piste sérieuse». «À l’aune des nombreux actes d’enquête effectués, aucun élément n’a permis de diriger les soupçons sur un ou des auteurs», écrit le premier procureur Stéphane Grodecki dans son ordonnance de classement. Davantage ne pouvait-il pas être fait pour en retrouver la trace? Renvoyant à son ordonnance, le Ministère public ne fait «pas de commentaire».

Amas de détritus retrouvé

Mais l’affaire pourrait rebondir. Un recours a été déposé auprès de la Chambre pénale par la société Locatel. Selon elle, des actes d’enquête complémentaires «utiles» ont été écartés «à tort et prématurément» par le Ministère public. «Pourquoi ne pas auditionner des personnes blessées, des responsables de la régie Livit ainsi que le concierge de l’immeuble?» s’interroge Me Marc Lironi, l’avocat du commerçant.

Avant l’expertise lausannoise, la police genevoise a rapidement pu établir que l’incendie s’était déclaré dans les combles du numéro 73. Il s’est alors propagé vers les galetas des allées voisines. Une image tirée d’un film réalisé quelques semaines avant le sinistre par le concierge montre qu’un amas de détritus (sacs, meubles, vêtements…) y avait pris forme. Le feu est parti de là.

La régie responsable?

Parmi les gravats, les experts lausannois ont ensuite retrouvé des bouteilles de bière et un paquet de cigarettes, mais aussi un bidon métallique rempli d’un liquide dégageant une odeur de «solvant», un autre en plastique, dont l’étiquette portait le pictogramme des produits inflammables, ainsi que du matériel de peinture. «Le dépôt d’un mégot de cigarette incandescent dans un milieu confiné contenant des matériaux facilement inflammables, tels que ceux entassés dans cette zone, peut y initier une combustion lente qui peut par la suite se développer en un feu avec flammes», notent les experts.

Pour Locatel, la régie Livit – à laquelle le vendeur d’appareils électroménagers s’oppose dans une procédure civile – pourrait porter une part de responsabilité dans ce départ de feu. «La régie a créé une situation dangereuse en ne débarrassant pas un amas de matériaux facilement inflammables, alors qu’elle était au courant par l’intermédiaire du concierge», fait valoir Me Marc Lironi. À l’entendre, la régie pourrait s’être rendue coupable de dommages à la propriété par dol éventuel et d’incendie par négligence.

Sécurisation défaillante

Habitant au numéro 75 de la rue de la Servette, Dolorès Francey rappelle que des réclamations pour des problèmes de sécurité dans l’immeuble avaient été régulièrement adressées à la régie bien avant le sinistre. «On entrait ici comme dans un moulin, raconte-t-elle. Les portes restaient tout le temps ouvertes et, une fois à l’intérieur, on passait facilement d’une allée à l’autre. C’était un lieu de passage. Des personnes squattaient à la cave ou dans les combles.»

Une situation problématique, à laquelle Livit dit avoir remédié. «Effectivement, des portes ont été forcées par le passé. Mais elles ont à chaque fois été réparées dans un délai raisonnable», indique Sébastien Gloor, responsable de la succursale genevoise de Livit. Cet été encore, des habitants lui ont fait parvenir une pétition faisant état d’une «sécurisation défaillante». «Un code d’accès très simple avait été mis pour les ouvriers. Malgré nos demandes, il n’a jamais été changé depuis la fin des travaux», rapporte Dolorès Francey. La régie explique en avoir demandé la modification après Pâques. «En raison d’une panne de communication, l’ordre n’a finalement été donné que cette semaine», répond Sébastien Gloor.

Interrogée sur son éventuelle responsabilité pénale, Livit renvoie à l’ordonnance de classement. Le Ministère public a estimé qu’«aucun élément concret ne permet d’établir que [la régie] n’aurait pas respecté les règles de sécurité qui lui incombaient». La justice dira dans les prochains mois si elle décide de rouvrir l’enquête.

Créé: 21.09.2019, 09h40

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