Ils mettent au boulot des gosses de 13 ans

Coup de pouceLe CO de la Golette, à Meyrin, expérimente le programme LIFT depuis 2011. Les Coudriers et Budé s'y mettent.

Jean-Claude Manghardt, Raphaël Rampini et Alexandre Stotzer (de g. à dr.) aident des jeunes à se confronter aux réalités professionnelles.

Jean-Claude Manghardt, Raphaël Rampini et Alexandre Stotzer (de g. à dr.) aident des jeunes à se confronter aux réalités professionnelles. Image: Laurent Guiraud

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Travailler trois heures par semaine, durant trois mois d’affilée, dès l’âge de 13 ans: cette activité précoce en surprendra sans doute plus d’un! C’est pourtant ce que propose, en toute légalité*, le programme d’insertion professionnelle LIFT à des élèves du Cycle d’orientation (CO). Une première occasion pour ces jeunes, souvent peu motivés par les études, de se familiariser avec les attentes du monde professionnel.

Lancé en 2006 par une association indépendante, dans quatre écoles de Zurich et Berne, LIFT a depuis lors séduit 92 sites en Suisse, dont le CO de la Golette, à Meyrin, qui l’expérimente depuis 2011. «Nous souhaitons donner du sens à l’orientation au Cycle d’orientation, offrir un regard adulte extérieur à l’école, mais aussi valoriser les compétences extrascolaires de l’élève et renforcer son autonomie», explique Alexandre Stotzer, doyen et référent LIFT dans cet établissement, qui prend très à cœur ce projet.

Manque de places

Encore en balbutiements à Genève, cette passerelle originale entre l’école et le monde du travail commence toutefois à se développer: les Cycles des Coudriers et de Budé ont ainsi emboîté le pas à la Golette l’an dernier.

«La démarche doit être volontaire, avec un contrat signé par les parents et l’élève, ainsi qu’un engagement de trois mois minimum de la part de celui-ci», précise Alexandre Stotzer. En travaillant régulièrement, avec un coach spécifique, les jeunes se frottent aux réalités professionnelles; ils sont, en plus, soutenus dans la recherche d’une place d’apprentissage.

Cette activité est récompensée par une rémunération entre 5 et 8 francs de l’heure. Normal, considère le doyen de la Golette: «Les élèves qui viennent en entreprise le font en dehors de leurs heures d’école (ndlr: les mercredis après-midi en général). Ils s’investissent sur leur temps libre.»

«Cela les initie aux codes du monde professionnel, les motive et instaure une valeur d’échange entre eux et l’entreprise», renchérit Jean-Claude Manghardt, vice-président de la Société genevoise d’utilité publique (SGUP), qui s’engage en mettant l’accent sur le soutien aux jeunes; son prix Un job pour les jeunes et les Ateliers Rallye du CO de la Gradelle en attestent. «Notre organisation faîtière, la Société d’utilité publique, aide financièrement LIFT au niveau national, ajoute-t-il. A Genève, nous faisons le lien avec les entreprises, car il n’est pas aisé de trouver des places de stage.»

Dommage, car cette initiative permet de remobiliser ces élèves dans leur apprentissage scolaire. «On constate une amélioration de l’estime de soi, du comportement et des performances à l’école, affirme Alexandre Stotzer. L’expérience les fait sortir de la zone de confort maison-école; elle les rend plus mûrs, plus responsables. Ils doivent arriver à l’heure et respecter des règles de travail. Et puis, par le biais de cette immersion dans l’univers professionnel, des jeunes peu inspirés par les études se rendent mieux compte de l’utilité de l’école!»

LIFT fait aussi le bonheur des patrons engagés dans ce programme. Parmi eux, Raphaël Rampini, à la tête d’une entreprise de construction, se félicite de «cette opportunité qui permet de recruter de futurs apprentis. Ce d’autant plus que ces jeunes, qui ont eux-mêmes choisi d’être là, font preuve d’enthousiasme.»

Garantir la relève

Alexandre Stotzer précise immédiatement que les élèves ne sont pas mis dans des cases pour autant: «On n’est pas là pour les formater. On peut se tromper d’orientation; en cas d’erreur de casting, on fait les changements qui s’imposent. Mais on n’a pratiquement jamais dû interrompre un stage. Le filtre de sélection des enseignants et les différentes conventions qui scellent le partenariat élève-parents-enseignants-patron sont un vrai gage de sérieux pour ces derniers.»

De promotion aussi dans des domaines d’activité en panne de candidats. Raphaël Rampini, dont l’entreprise a accompagné avec succès un garçon et une fille en 2014, en est convaincu: «Nos chantiers ne sont pas suffisamment ouverts au grand public. Résultat: nos métiers ne sont pas sexy. Nombre de personnes n’y voient que des bottes dans la boue! En accueillant de très jeunes gens, on leur donne une autre image du secteur de la construction. Et puis une telle fraîcheur dynamise l’entreprise.»

Il n’empêche! Impossible pour l’heure d’assurer un nombre suffisant de places de stage, constate Alexandre Stotzer: «En moyenne, six jeunes de la Golette effectuent, chaque année, deux expériences de trois mois en entreprise. Nous aimerions pouvoir garantir une telle offre à une douzaine d’élèves.»

*Dès l’âge de 13 ans, les jeunes peuvent accomplir des travaux légers. Durant les périodes scolaires, la durée d’une activité ne peut dépasser trois heures par jour et neuf heures par semaine.

Créé: 23.06.2015, 08h54

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Mort de Moubarak
Plus...