Les insectes comestibles peinent à faire leur place

Assiettes genevoisesLa Coop est le seul grand distributeur à s’être lancé dans la commercialisation. Les particuliers se heurtent à une ambiguïté légale.

Les Genevois Sylvia Schibli et Alain Choiral ont créé la start-up VerSo Good, qui vend une viande particulière, celle des vers de farine, avant d’en faire élevage.

Les Genevois Sylvia Schibli et Alain Choiral ont créé la start-up VerSo Good, qui vend une viande particulière, celle des vers de farine, avant d’en faire élevage. Image: S. IUNCKER-GOMEZ

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C’était le grand emballement de la fin de l’été: des insectes comestibles vont débarquer dans les assiettes! La vente de vers de farine, de criquets pèlerins et de grillons domestiques était autorisée depuis le mois de mai, mais elle avait pris un peu de retard à cause de directives fédérales édictées tardivement. Fin août, le feu passe au vert. La Coop se lance, suivie par un couple de Genevois et son propre élevage.

Quelques mois plus tard, après l’euphorie des débuts, force est de constater que les assiettes genevoises ne débordent ni de vers ni de grillons. Car du côté des grandes enseignes, l’heure est encore à la réflexion. Migros «observe» mais n’a pas de projets d’assortiment prévus. Manor prévoit d’élargir son assortiment alimentaire dans le futur en y intégrant des insectes comestibles «mais nous ne pouvons cependant pas encore donner plus d’informations quant à la date d’introduction», précise un porte-parole. Calme plat aussi chez Globus.

La barre aux grillons secs

Seule la Coop a sauté le pas. Elle a commencé par commercialiser des burgers et des boulettes de vers de farine, produits par la start-up zurichoise Essento, dans sept points de vente en Suisse. Depuis ce week-end, elle a élargi le nombre de magasins qui en proposent. À Genève, on passe de un à quatre supermarchés: on trouvera désormais des insectes dans les rayons aux Eaux-Vives, à la Fusterie, à la Praille et à Champel. «Les produits se sont très bien vendus depuis le lancement, indique Ramón Gander, porte-parole. De plus, un troisième produit a intégré notre assortiment il y a deux mois: une barre aux grillons séchés.»

Cette hausse des points de vente répond-elle à un vrai engouement de la clientèle ou est-ce un moyen pour la Coop d’écouler un stock qui ne trouve pas preneur? Que représente ce «très bien vendus» en chiffres? «Pour des raisons de concurrence, nous ne communiquons jamais des chiffres absolus de gammes de produits spécifiques, répond Ramón Gander. Nous pouvons vous informer que nous avons vendu tous les produits jusqu’à présent.»

Du côté des particuliers, la vente d’insectes n’a pas encore pris son envol. Le Service de la consommation et des affaires vétérinaires de Genève indique n’avoir reçu qu’une seule demande de création d’élevage d’insectes comestibles sur le canton. C’est celle de VerSo Good, une start-up créée par les Genevois Sylvia Schibli et Alain Choiral. Ils attendent cet aval et celui de l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires pour pouvoir vendre leurs vers de farine.

Le casse-tête du terrain

Un écueil vient toutefois encore ralentir leur démarrage: il leur faut un terrain pour installer leur exploitation agricole. Le duo mène actuellement des tractations pour acquérir des mètres carrés en campagne. «En tant qu’éleveurs d’animaux, nous avons le droit de prétendre à ces terrains», relève Sylvia Schibli.

Mais il y a un os: «La législation fédérale interdit que la mise à mort des animaux de rente se fasse sur des zones agricoles, elle doit se faire à l’abattoir. Or, le nouveau droit sur les denrées alimentaires exige, lui, que la mise à mort des insectes soit effectuée précisément sur le lieu d’exploitation!» Pourquoi ne pas plutôt envisager de s’établir en zone industrielle? «Les prix sont bien plus élevés et se répercuteraient sur nos prix de vente.»

Alors en attendant, le duo vend des vers de farine importés de Lucerne, «que nous apprêtons et transformons nous-mêmes. Nous avons commencé la vente en décembre et ça a bien marché pour les apéros de Noël et de Nouvel-An.»

Créé: 14.01.2018, 18h32

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