Ouverts le dimanche? Un évangélique face au patron de Payot

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Lancée en 2013, cette initiative cantonale passe en votation le 27 novembre prochain. Ses auteurs sont le Parti socialiste, les Verts et Ensemble à Gauche. Elle est soutenue aussi par le PEV-Genève, qui s’exprime ici face à un représentant des commerçants, le PDG de Payot SA: Quelques ouvertures par an!

Le dimanche doit rester un acquis

Florian Baier, avocat, président Parti évangélique (PEV) Genève

Le premier combat du Parti évangélique en 1919 a été de militer pour que les citoyens de tout rang puissent avoir un jour de congé par semaine. Cette lutte commune avec les syndicats a été menée pour protéger la santé des travailleurs et leur vie de famille.

Les syndicalistes de l’époque avaient-ils conscience de se battre pour la réactualisation de l’un des Dix Commandements? «Tu travailleras six jours et tu feras tout ton ouvrage. Mais le septième jour est le sabbat de l’Eternel, ton Dieu: tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante (…).»

«Le repos dominical est l’une des marques de notre libération»

Le poids des siècles et l’autorité du Commandement rayonnent de ce texte, qui n’a pas pris une ride. Car à l’époque de Moïse autant qu’aujourd’hui, le fort n’a jamais su résister à la tentation d’écraser le faible, de le «presser comme un citron». Voilà pourquoi le repos hebdomadaire n’est pas seulement un cadeau, mais aussi une règle qui nous protège. (…) Reconnaître que l’Homme n’est pas une machine et qu’il a droit au repos au moins un jour par semaine, c’est respecter sa dignité humaine. Certains rétorquent qu’il est possible de prendre son repos un autre jour, de sorte que l’activité humaine se déploie non-stop. Triste perspective. Dans un monde occidental quasi ruiné par l’individualisme, on nous propose de ne même plus prendre nos temps de détente ensemble. Plus de repas en famille. Plus de partie de sport avec son fils, de randonnée avec sa fille… Croire que l’économie va tirer bénéfice d’un labeur sans fin est un mirage. Et un piège dangereux. L’expérience a en effet démontré dans de nombreux pays que la suppression du jour de repos hebdomadaire ne générait pas plus de richesses, mais contribuait au contraire à la destruction du tissu économique et social. En Slovaquie par exemple, les petites boutiques ferment à tour de bras; s’il était déjà difficile de tenir face aux chaînes de supermarché titanesques, qui cassent les prix, comment se mesurer à cette concurrence lorsque les supermarchés peuvent ouvrir nuit et jour, sept jours sur sept? Les petits commerçants ne le peuvent pas: faute de protection effective, le tissu économique de nombreux pays se désagrège et c’est ce qui nous menace également. Last but not least, faire croire au peuple qu’il sera plus heureux parce que l’économie tirerait un prétendu bénéfice d’une course folle et ininterrompue, c’est faire l’éloge du «je consomme donc je suis». Le projet vise là à faire de nous (encore un peu plus) des esclaves du travail et de la consommation.

Encore trop peu de gens réalisent à quel point des acquis tels que la liberté individuelle, la protection de la sphère privée ou le respect de la dignité humaine sont des acquis qui ont coûté du sang et des larmes, de l’intelligence et de la détermination aux générations qui nous ont précédées. Haut de la page

Quelques ouvertures par an!

Pascal Vandenberghe, PDG de Payot SA et Président du Trade Club de Genève

Le 27 novembre, le peuple genevois devra se prononcer sur un seul objet cantonal que l’on peut résumer ainsi: pour ou contre l’ouverture des commerces quelques dimanches par an?

Depuis le 1er juillet 2008, la loi fédérale autorise l’ouverture des magasins quatre dimanches par an, chaque canton ayant latitude pour instaurer ces quatre ouvertures exceptionnelles. Ou pas. Jusqu’ici, à Genève, comme dans tous les cantons romands, c’est le «ou pas» qui est la règle. Contrairement aux cantons alémaniques, qui pour la plupart autorisent ces quatre ouvertures par an depuis des années.

Certes, lors des précédentes votations sur ce sujet, le peuple a toujours voté majoritairement contre les ouvertures du dimanche. Mais les temps ont changé, et nous espérons que cette fois le vote des Genevois changera aussi! Ce qui a changé? Principalement deux choses: d’une part, avec l’abolition du taux plancher en janvier 2015, le tourisme transfrontalier s’est développé et le commerce genevois souffre. Ce sont aussi les emplois qui sont menacés. D’autre part, avec la loi Macron, les commerces français pourront bientôt ouvrir, non plus seulement trois ou quatre dimanches en décembre, mais douze dimanches par an, accentuant ainsi encore la concurrence.

«Avec le contre-projet, tout le monde y trouve son compte»

Le contre-projet prévoit l’ouverture trois dimanches par an (deux avant Noël et un «modulable») auxquels s’ajoute le 31 décembre, jour férié considéré comme un dimanche à Genève. Rien de plus.

Alors pourquoi voter quatre fois oui au contre-projet? Premièrement pour que Genève soit vivante, animée, dynamique et que les Genevois puissent profiter d’une offre commerciale locale pour leurs achats de Noël. Deuxièmement, pour le Canton et les communes: une activité commerciale en bonne santé, c’est plus d’emplois, plus d’impôts et de taxe perçus. Troisièmement, et c’est un point important, pour les employé(e)s des commerces: le travail du dimanche se fera sur la base du volontariat, avec une récupération du dimanche travaillé ou un doublement du salaire: dans un secteur réputé pour son faible niveau de salaire, ce sera une opportunité pour nombre de salarié(e)s d’améliorer leurs revenus. Et bien sûr quatrièmement, pour les commerces, pour qui cette «bouffée d’air» sera la bienvenue.

Avec le contre-projet, tout le monde y trouve son compte. C’est pourquoi les associations de commerçants genevois, FCG (Fédération du commerce genevois), NODE (Nouvelle organisation des entrepreneurs) et Trade Club (association des grandes enseignes), ainsi que la Chambre de Commerce et la Fédération des entreprises romandes, appellent unanimement à voter en faveur du contre-projet. Haut de la page

(TDG)

Créé: 10.11.2016, 22h10

La question

Acceptez-vous l'initiative populaire 155 «Touche pas à mes dimanches !»? Explications dans la brochure officielle des votations.

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Florian Baier, avocat, président Parti évangélique (PEV) Genève (Image: DR)

Pascal Vandenberghe, PDG de Payot SA et Président du Trade Club de Genève (Image: DR)

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