«Informer est devenu un métier très dangereux»

Reporters de guerreLa journaliste italienne Giuliana Sgrena déplore l’augmentation des violences commises à l’encontre des reporters.

A Paris, Reporter sans frontières a tagué le mur de l'ambassade de Syrie.

A Paris, Reporter sans frontières a tagué le mur de l'ambassade de Syrie.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Depuis plusieurs mois, les associations de défense de journalistes multiplient les actions auprès de responsables politiques à travers le monde pour que ceux-ci garantissent une meilleure protection aux reporters présents dans les zones de conflit. La situation ne cesse de se détériorer, au point que les violences exercées contre les journalistes risquent de porter un coup sérieux à la liberté d’information.

Protéger les journalistes

En France, à RFI, on sait ce qu’il en coûte d’aller recueillir des témoignages sur le terrain loin des capitales et de leurs communiqués de presse froids et sans âme. Le 2 novembre dernier, Ghislaine Dupont et Claude Verlon ont été kidnappés puis tués alors qu’ils effectuaient un reportage au Mali. Un drame qui a particulièrement touché Giuliana Sgrena, la journaliste italienne et envoyée spéciale de Il Manifesto , enlevée en Irak en 2005. Elle était de passage à Genève à l’occasion de la Journée internationale contre l’impunité pour présenter le film Voix de reportages , consacré à la reporter, écrivaine et photographe genevoise Laurence Deonna.

Giuliana Sgrena a frôlé la mort. Lors de sa libération, le 4 mars 2005, la voiture diplomatique italienne qui l’amenait à l’aéroport a été attaquée par erreur par l’armée américaine. L’un des officiels a été tué à ses côtés et elle-même a été blessée à l’épaule.

A Genève, elle s’est entretenue avec les responsables de la Presse Emblème Campagne (PEC), une ONG très active au sein de l’ONU et qui s’emploie à faire adopter des textes plus protecteurs envers les journalistes.

Utiliser les technologies

«Notre métier est devenu très dangereux», constate Giuliana Sgrena. Malgré les risques, cette dernière refuse de renoncer à son travail et s’en explique. «De nos jours, ce qui prévaut dans les zones de conflit, ce sont les reporters «embedded», embarqués avec les militaires. Je pense que ce n’est pas la vraie façon de faire du journalisme. Il faut aller chercher les informations, les vérifier et les écrire ou les transmettre», a-t-elle confié à sa consœur Luisa Ballin, de la PEC.

Comment résoudre les problèmes de sécurité? Pour la journaliste italienne, les nouvelles technologies de l’information offrent de nombreuses possibilités de suivre les mouvements des reporters en zone de conflit. Et d’expliquer: «Nous sommes d’ailleurs sans cesse espionnés! Tout le monde sait où nous allons et ce que nous faisons. Pourquoi ne pas utiliser ces technologies de façon positive pour vérifier si tout va bien pour un journaliste qui se trouve dans une zone difficile? Nous pourrions être épaulés par des personnes fiables qui s’engageraient à suivent notre parcours et qui seraient capables d’intervenir en cas de difficulté.»

Des précautions qui ne seraient pas inutiles. «Aujourd’hui, l’enlèvement de journalistes est devenu une arme de guerre», constate Giuliana Sgrena. Elle-même en a fait la cruelle expérience. «Mes ravisseurs m’ont dit: nous utilisons toutes les armes dont nous disposons, y compris toi! De fait, je me suis sentie utilisée comme une arme. Sans oublier l’aspect business. Les ravisseurs ne sont pas partout pareils, ils peuvent avoir des objectifs différents», raconte-t-elle.

Malgré son enlèvement et une libération qui s’est soldée par une fusillade, Giuliana Sgrena n’a jamais renoncé aux reportages en zone de conflit. Après sa capture en 2005, elle est partie en Afghanistan pour suivre les élections. Huit ans après, la journaliste est sûre que la perspective d’un procès et d’une justice qui passe peut avoir un effet dissuasif sur les auteurs de violences contre les reporters de guerre.

(TDG)

Créé: 25.11.2013, 08h57

Impunité

Il y a un mois, la Fédération internationale des journalistes (FIJ) a écrit aux dirigeants d’Irak, de Russie et du Pakistan pour leur demander de traiter de la question de l’impunité des actes de violence perpétrés contre des journalistes dans leurs pays. Ces lettres ont été adressées à l’occasion du lancement d’une nouvelle campagne en vue de «mettre un terme à l’impunité des actes de violence dont sont victimes les journalistes ». Ces trois pays affichent les taux les plus élevés d’assassinats de journalistes. A. J.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.