L'indignée des quartiers populaires

Une candidate au saut du lit (10/16)Maria Pérez est de tous les combats au Conseil municipal, où elle siège depuis treize ans.

La conseillère municipale Maria Pérez devant l’école primaire de l’Europe, aux Charmilles.

La conseillère municipale Maria Pérez devant l’école primaire de l’Europe, aux Charmilles. Image: Laurent Guiraud

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Elle a tenu à se faire prendre en photo dehors, dans «son» quartier. Il pleut pourtant ce mercredi matin. «C’est pas grave, c’est la vie», dit Maria Pérez. Pas de mise en scène, elle prend la pose sur le bitume, avec l’école primaire de l’Europe en arrière-plan. À deux pas, le centre commercial Planète Charmilles et l’espace Le 99, où se retrouvent les jeunes du coin. «On est dans une poche de précarité», relève la conseillère municipale du Parti du Travail (PdT).

Une demi-heure plus tôt, on a croisé sa fille de 9 ans, en partance pour l’école, dans le hall d’entrée de son appartement, un quatre-pièces dans une coopérative. «Je te regarde depuis la fenêtre comme d’habitude à 7h52», lui a-t-elle lancé. Avant de s’installer aux Charmilles, Maria Pérez, 50 ans, a longtemps vécu avec son mari et sa fille dans un trois-pièces à la Jonction, autre quartier populaire. «Quand j’étais petite, explique-t-elle, je n’ai pas eu ma chambre. Je dormais sur un lit pliable au salon. Je tenais à ce que ma fille ait sa propre chambre. Le logement, ça conditionne.»

Tempérament volcanique

Depuis 2007 et son élection au Conseil municipal, l’élue se bat pour réviser le règlement de la Gérance immobilière municipale. Elle a déposé quatre textes visant à rendre la pratique moins «brutale». Le Municipal devrait les voter ce printemps. De son balcon, au-delà du parc Gustave et Leonard Hentsch (où se dressait le stade des Charmilles du Servette), on distingue les lofts d’un immeuble voisin. Un phénomène de gentrification est à l’œuvre. Mais le relèvement du niveau socio-économique du quartier n’a pas que du bon, pointe Maria Pérez. L’école de l’Europe est ainsi sortie du Réseau d’enseignement prioritaire, qui lui permettait de bénéficier de moyens supplémentaires. «Or, la plupart des parents qui vivent dans ces lofts scolarisent leurs enfants dans des écoles privées», fustige-t-elle.

«J’ai cette prétention d’avoir la vie de la majorité des gens et de comprendre leurs besoins»

Maria Pérez, conseillère municipale du Parti du Travail

L’indignation constitue l’un des moteurs de cette fille d’immigrés espagnols. Au Municipal, Maria Pérez est de tous les combats. Elle s’est opposée à l’expulsion des locataires de la Villa Ambrosetti, à la vente de Naxoo et aux coupes budgétaires de 2016 et 2017, finalement refusées par le peuple. Elle «prend de la place» et son tempérament volcanique ne lui vaut pas que des amis, comme lorsqu’elle revêt un foulard pour montrer sa solidarité envers les femmes voilées en plein débat sur la laïcité. Maria Pérez se défend d’avoir une personnalité clivante. «Je ne suis pas lisse, c’est tout.» Est-elle compatible avec la collégialité requise dans un Exécutif? «Je sais franchir les lignes pour aller trouver des majorités», répond-elle, citant la campagne sur l’extension du Musée d’art et d’histoire où elle est allée chercher des soutiens à droite.

On prend la route de l’Université ouvrière de Genève (UOG). Formée au Conservatoire de Lausanne, comédienne intermittente, Maria Pérez y donne des cours de français langue étrangère. Face à elle, essentiellement des femmes «au parcours cabossé». «J’ai cette prétention d’avoir la vie de la majorité des gens et d’être en mesure de comprendre leurs besoins.» Ceux qui ne trouvent pas de logement, peinent à payer leurs primes, connaissent le chômage…

Sans crainte de paraître vindicative

En 2018, elle est licenciée de SolidaritéS, où elle travaille comme secrétaire administrative. La justice reconnaîtra une atteinte à la personnalité. Maria Pérez rejoint le PdT. Trois élus la suivent, initiant la dissolution d’Ensemble à Gauche. Mais de ce conflit interne, Maria Pérez ne dira mot ce matin. Quand elle a vu Pierre Bayenet se présenter en Ville alors qu’il vivait à La Croix-de-Rozon, elle n’a pas pu s’empêcher d’écrire à la Chancellerie. Quitte à paraître vindicative. C’est plus fort qu’elle.

Les élèves prennent place dans la salle de l’UOG. Le cours dure une heure trente. Ce qui devrait permettre à Maria Pérez d’être rentrée à la maison pour le retour de sa fille avant midi. Le reste de la journée du mercredi lui est consacré.

Créé: 30.01.2020, 07h12

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