Incendie des Tattes: le procès devrait avoir lieu en 2020

AsileÀ l’occasion des cinq ans du sinistre, le collectif Solidarité Tattes dénonce la lenteur de la justice.

Image: Laurent Guiraud

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Dans la nuit du 16 au 17 novembre 2014, un grave incendie s’est déclaré dans le foyer pour requérants d’asile des Tattes à Vernier. Le sinistre a fait un mort et une quarantaine de blessés, dont 18 ont dû être hospitalisés. Cinq ans plus tard, aucune responsabilité n’a encore été établie formellement.

Le collectif Solidarité Tattes, constitué dans les jours qui ont suivi le drame, dénonce la lenteur de la justice. Le Ministère public informe de son côté que son enquête «est à bout touchant. Un avis de prochaine clôture de l’instruction sera rendu avant la fin de l’année.» Un procès devrait donc s’ouvrir en 2020.

Les souvenirs du sinistre sont encore bien présents dans les esprits. À l’époque, le foyer, prévu pour 535 résidents, hébergeait environ 700 personnes. Essentiellement des hommes déboutés vivant de l’aide d’urgence. Lorsque le feu s’est déclaré dans le centre, certains occupants, pris de panique, ont sauté par la fenêtre pour échapper aux flammes. Les Genevois se souviennent notamment d’Ayop, ce jeune tchadien blessé à la tête et devenu le symbole des victimes.

En 2017, une expertise technique a relevé une foule de manquements sur le plan de la protection du site en cas d’incendie. Les spécialistes ont notamment constaté la présence de réchauds électriques qui auraient dû être confisqués. En outre, au moment du sinistre, les portes coupe-feu dans les couloirs n’ont pas fonctionné.

«Il y a plusieurs niveaux de responsabilité dans ce drame, estime Pierre Bayenet, avocat d’une dizaine de victimes. L’État en tant que propriétaire du bâtiment, l’Hospice général en tant que gestionnaire des lieux, les agents de sécurité présents le soir de l’incendie et éventuellement les auteurs de ce dernier mais l’enquête n’a pas pu les identifier.»

Une procédure pénale a été ouverte à l’encontre des agents de sécurité. Rien n’a été en revanche engagé au niveau civil. «Le juge pénal a davantage de moyens d’enquête que le juge civil», indique Pierre Bayenet. Si l’avocat juge «inadmissible» la durée de l’enquête, il n’y voit pas «une mauvaise volonté particulière du Ministère public» mais l’explique par «la lenteur usuelle de cette institution».

À l’occasion des cinq ans du sinistre, Solidarité Tattes rappelle ses revendications: des autorisations de séjour pour toutes les personnes touchées et des indemnisations. «Les victimes doivent être considérées avant tout comme des victimes et non comme des demandeurs d’asile», insiste le collectif.

En octobre, le Grand Conseil a voté à une large majorité une motion demandant aux autorités qu’aucun sinistré ne soit expulsé tant que la procédure judiciaire est en cours et que l’indemnisation n’a pas été précisée.

Ayop, qui a aujourd’hui 24 ans, a déjà pu bénéficier de cette décision. «Sa procédure de renvoi a été stoppée», confirme Helena de Freitas, qui l’a hébergé à plusieurs reprises chez elle et constitue un de ses principaux soutiens. Si le jeune homme va globalement mieux, il souffre encore de fortes douleurs au dos et à la tête. «C’est toujours très dur pour lui, confie Helena de Freitas. On essaie de l’aider en lui apportant un peu de sérénité, de lui trouver un endroit où il peut poser ses valises et réfléchir à ce qu’il veut faire de sa vie.»

Parmi les 18 victimes hospitalisées, six sont toujours suivies par l’Hospice général. Samedi, cinq ans jour pour jour après le drame, un moment de recueillement et le dépôt d’une plaque commémorative aura lieu à 10 h au foyer des Tattes. Un grand rassemblement est ensuite prévu pour dénoncer «le mépris des autorités envers les violences des politiques migratoires». Le départ est fixé à 15 h à la place de la Navigation.

Créé: 14.11.2019, 22h06

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