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Incendie aux Tattes: une expertise met en cause l’Etat

Un expert judiciaire vaudois a même évoqué la fermeture immédiate du bâtiment.

De nombreux résidents, apeurés par le feu, ont sauté par les fenêtres.
De nombreux résidents, apeurés par le feu, ont sauté par les fenêtres.
Laurent Guiraud

Des flammes, de la fumée, un mort et 40 blessés. L’incendie du foyer de demandeurs d’asile des Tattes, en novembre 2014, pose aujourd’hui la question de la responsabilité de l’Etat. Une récente expertise judiciaire dénonce une foule de manquements sur le plan de la protection du site en cas de sinistre. Les deux experts auteurs de ce rapport seront entendus en mai par le Ministère public. Selon nos renseignements, le procureur général, Olivier Jornot, a écrit une lettre au Conseil d’Etat en lui transmettant une copie de l’expertise, «les mesures susceptibles d’être prises relevant de la compétence de l’administration».

Y a-t-il péril en la demeure à Vernier? S’appuyant sur l’avis d’un des spécialistes, inspecteur à la police du feu dans le canton de Vaud, le patron de la justice relève dans ce pli «que la situation actuelle n’est pas bonne» et que si l’expert vaudois «avait constaté une telle situation dans son activité, il aurait demandé la fermeture immédiate du bâtiment».

D’emblée, les spécialistes considèrent que l’immeuble ne doit pas être assimilé à une habitation mais à une structure d’hébergement (type B). Une classification qui nécessite, à l’instar d’un hôtel et ses va-et-vient de clients, un degré de sécurisation majeure. Ce bâtiment de 44 chambres et quatre étages, accueillant plus d’une centaine de personnes, doit être, selon l’expertise, protégé totalement «par une installation de détection et non par une couverture partielle».

Portes verrouillées

Les spécialistes, lors de leur visite, ont constaté la présence de réchauds électriques qui auraient dû être confisqués. Ils ont examiné les portes des chambres, qui ne fonctionnent pas comme coupe-feu, ce qui risque de favoriser la propagation de la fumée. Les experts ont aussi remarqué que la fumée pouvait passer par le cadre des portes et des percements dans les murs non obstrués, «un point essentiel dans la survenance du drame», selon Me Gabriel Raggenbass, avocat d’un agent de sécurité mis en cause.

Dans les couloirs, la libération des fermetures des portes coupe-feu ne s’est pas faite, notent les experts, ajoutant que l’ouverture des gâches (pièce de serrurerie), qui n’est «pas possible sous alarme», peut se faire uniquement avec une clé.

Quant aux voies d’évacuation et de sauvetage, elles posent problème selon eux: «Les pompiers n’ont pas pu accéder normalement et, faute de clé, l’accessibilité des lieux a été impossible. Des personnes fuyant le danger sont retournées en arrière car elles ne pouvaient ouvrir la porte verrouillée.»

Le document soutient que l’installation de détection, placée dans une armoire non compartimentée, aurait dû s’enclencher automatiquement. Ce ne fut manifestement pas le cas, selon le rapport, ajoutant qu’elle n’est pas raccordée à la centrale d’alarme.

Quant à certaines portes, elles sont dotées de «poignées boule» ne permettant pas l’ouverture pour les intervenants en cas de feu. L’éclairage de secours et l’accessibilité à l’immeuble ne tiennent pas la route, générant désorientation, peur et panique, selon les experts. Pour eux, une installation de détection dans chaque local s’impose.

L’installation de «désenfumage» de la cage d’escalier n’a pas non plus fonctionné correctement car «elle n’était pas asservie à l’alarme feu». De plus, l’interrupteur des exutoires de fumée n’est pas accessible, mentionnent les experts. Il se trouverait dans un boîtier fermé à clé. L’alarme sonore, «pas assez forte et mal répartie» dans les couloirs, n’échappe pas non plus à la critique. Pour le duo d’experts, il manque un concept d’intervention, ce qui expliquerait le retard de l’opération d’urgence et le manque de moyens des pompiers.

Autre absence soulignée, celle d’un chargé de sécurité sur le site: «Les agents de sécurité (ndlr: trois sont prévenus dans cette affaire) ont une formation différente, basée sur la sûreté.» Enfin, la formation du personnel d’exploitation est jugée partielle et les résidents n’ont pas été correctement informés pour faire face à une alarme.

Des conclusions contestées

Ces conclusions transmises à l’Etat ont aussitôt fait l’objet d’un rapport interne les contestant et remettant en cause la méthode ainsi que les conclusions de l’expertise judiciaire. Christophe Girod, directeur général de l’Hospice général, se défend ainsi: «L’Hospice, en tant qu’exploitant du centre des Tattes, se conforme aux exigences de sécurité incendie relatives aux «immeubles d’habitation», classification donnée au centre par l’autorité compétente genevoise (ndlr: police du feu). L’Hospice considère que les conclusions des experts ne sont pas pertinentes puisqu’ils évaluent le dispositif de sécurité incendie des Tattes sur la base d’une classification «hébergement de type B».

Mauro Poggia, conseiller d’Etat chargé du Social, renchérit: «Cette expertise arrive cette année pour des faits survenus en 2014. J’ai bien reçu la lettre d’Olivier Jornot, mais on n’allait pas pouvoir, comme semblait le dire ce message subliminal, évacuer les Tattes du jour au lendemain pour mettre ces résidents dans des abris PC moins dotés en matière de sécurité. Nous allons mettre les bouchées doubles pour répondre au Ministère public avant l’audition des experts à la mi-mai afin de contester leur mise en cause. La situation que nous vivons et la classification sont conformes à la loi, même si tous les hébergements collectifs impliquent un risque. Surtout dans un tel contexte propice aux conflits interpersonnels.»

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