L’incendie de la Praille affole les compteurs de particules fines

PollutionDes taux douze fois supérieurs au seuil légal ont été mesurés hier. Le sinistre ponctue une semaine difficile pour l’air genevois.

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La concentration de particules fines a eu soudain une odeur de viande brûlée. Une odeur qui s’est propagée sur la ville jusqu’à la mi-journée. Derrière des parois métalliques du dépôt de déchets de Sogetri SA, des tonnes de matériaux se sont embrasées à partir de 2 h du matin, dans la nuit de mercredi à jeudi, faisant littéralement exploser les compteurs de microparticules, ces poussières invisibles qui s’accrochent à nos poumons.

Semaine chargée pour le ciel genevois. Entre lundi et mardi, plusieurs stations disséminées dans le canton indiquent des taux supérieurs à 50 microgrammes par mètre cube, déclenchant un plan de réduction de vitesse sur l’autoroute (notre édition de mercredi). Hier au petit matin, les émanations provenant de l’incendie de la Praille affolent carrément les compteurs. A la rue Necker, non loin de Cornavin, l’appareil de mesure grimpe jusqu’à 600 microgrammes par mètre cube, soit un chiffre douze fois supérieur aux niveaux qui déclenchent un plan d’intervention de l’Etat. «Ces valeurs sont équivalentes à celles d’une éruption volcanique», note dans la matinée le médecin cantonal Jacques-André Romand. Premières mesures de précaution: laisser les fenêtres fermées, ne pas aller faire un jogging à l’extérieur. Et prudence pour les plus faibles.

Dans le centre commercial voisin, l’odeur du feu envahit la marchandise et les discussions. «En arrivant ce matin, j’ai dû mettre ma main devant mon nez pour respirer, explique la responsable d’une boutique. Les vêtements ont une légère odeur, mais rien de bien alarmant ou de dommageable.»

Risques sur les cours d’eau

A l’approche de la mi-journée, la situation dans le ciel genevois se stabilise, à savoir que les niveaux de particules fines correspondent à ceux de la veille. Le pic du matin, tout proche des 100 microgrammes par mètre cube au centre-ville, fait toutefois bondir la moyenne des dernières 24 heures. Les trois autres stations en revanche – Meyrin, Passeiry (Avully) et Foron (Thônex) – ne bronchent pas ou peu durant la journée, signe d’un vent faible.

Sur les lieux de l’incendie, le feu est maîtrisé après douze heures de combat. Pour les tractopelles, il s’agit désormais de malaxer les tonnes de matériaux afin de les humidifier et de s’assurer que le feu ne reprend pas. Les hommes et les engins baignent dans un marécage de suie et de déchets.

L’œil inquiet, Emmanuel Farinoli s’affaire depuis l’aube. Inspecteur de la Protection des eaux, il a calculé les quantités aspergées sur le brasier: entre 8000 et 10 000 m3. Lors d’un incendie de telle ampleur, le risque est de voir se déverser des quantités d’eau souillée dans le réseau des eaux pluviales qui aboutissent dans nos cours d’eau. En l’occurrence, c’est l’Arve qui pourrait subir la contamination. Mais à proximité des sites industriels, les bouches d’égout mènent directement aux canalisations d’eaux usées. «Seule une quantité infime s’est déversée dans l’Arve. C’est en ordre», fait savoir l’inspecteur alors qu’un torrent charbonneux et fétide prend la direction de la station d’épuration d’Aïre, par le biais des égouts.

Urgent, mais pas trop

Assez vite, les professionnels sur le terrain ont pu rassurer: l’incendie n’a pas causé d’émanations de gaz toxiques. Le Dr Marc Niquille, responsable de la Brigade sanitaire cantonale, a accouru sur les lieux durant la nuit. Il fait remarquer que les systèmes d’aération de certains bâtiments ont pu concentrer les odeurs tout en filtrant les particules dans les immeubles. C’est le cas à l’Hôpital.

En fin de journée, l’odeur sur Genève se dissipe, sauf dans le périmètre du sinistre. Le taux de particules fines peut alors poursuivre sa lente descente. «L’incendie reste un événement ponctuel et localisé», observe Philippe Royer, directeur du Service de la qualité de l’air. Aujourd’hui, la limitation de vitesse sur l’autoroute pourrait même être levée.

En pleine session parlementaire, les députés genevois s’emparent à leur tour de l’actualité brûlante. Dans une résolution urgente adressée au Conseil d’Etat, les Verts, le PDC et la gauche demandent d’agir dans les plus brefs délais, de rendre les transports publics gratuits lors de pics de pollution et d’informer la population de manière précise. Pour la majorité PLR, MCG et UDC, c’est non. La question n’est pas urgente. (TDG)

Créé: 20.03.2015, 08h34

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