«Par son imprévoyance, il a tué son bébé»

Deux ans avec sursisLe père jugé pour avoir secoué à mort son nourrisson de 2 mois est reconnu coupable d’homicide par négligence

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Photo d'illustration. Image: STEEVE IUNCKER-GOMEZ/ARCHIVES

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Deux ans de prison avec sursis. C’est la sanction infligée, vendredi, par le Tribunal correctionnel à un père ayant secoué son bébé à mort le 5 mars 2015. Ce père a également été reconnu coupable d’exposition et de lésions corporelles graves par négligence. Les légistes ayant constaté, en cours d’autopsie, de précédentes blessures chez le petit Eddy, âgé de 2 mois et demi.

Le prévenu de 49 ans a été en revanche acquitté des lésions corporelles simples relevées sur Benjamin, le frère jumeau du petit défunt. La procureure reprochait à l’accusé d’avoir également manipulé brusquement ce nourrisson, de lui avoir comprimé le thorax et de lui avoir ainsi brisé plusieurs côtes.

Côtes cassées, un doute

Qui a causé ces fractures? Le tribunal note qu’aucun témoin n’a constaté de gestes brusques du prévenu à l’encontre de Benjamin. Il suggère que les côtes du bébé ont pu être cassées à un autre moment, durant ses premiers jours à l’hôpital peut-être. Bref, dans le doute, les juges préfèrent acquitter l’accusé sur ce point.

Aucun doute en revanche sur les causes de la mort du petit Eddy. Les lésions constatées sont sans conteste la cause du décès. Et ces lésions s’apparentent au syndrome du bébé secoué. Il s’agit, selon les légistes, d’une forme de maltraitance durant la période où l’enfant n’est pas encore capable de garder la tête droite. Les secousses ont été rapides et violentes, elles ont causé une hémorragie cérébrale. Le prévenu a d’ailleurs admis avoir secoué Eddy ce 5 mars 2015. Il a aussi dit que ce jour-là, il se sentait inquiet et angoissé à l’idée de garder les jumeaux.

«Il ne pouvait ignorer les conséquences de son acte», soulignent les juges. Il avait suivi des cours de préparation à la naissance pour sa fille aînée. Dans ces cours, le syndrome du bébé secoué est explicitement évoqué. De plus, son épouse avait souvent attiré son attention sur le fait qu’il devait manipuler les bébés avec précaution. À cause de son comportement totalement «inadéquat» et «par son imprévoyance coupable, il a tué son enfant».

Selon son épouse et sa fille aînée, ce n’était pas la première fois qu’il secouait Eddy. Ce père a lui-même admis à demi-mot qu’il ne «mesurait pas» sa force.

Pour les juges, la liberté de décision de l’accusé était entière. Il connaissait ses troubles psychiatriques et son problème de gestion de la colère. À leurs yeux, faire porter la responsabilité du drame aux autres intervenants (ndlr: notamment les psychiatres) démontre qu’il n’a pas entièrement pris conscience de ses actes et de sa responsabilité. Les juges admettent cependant qu’à cette période difficile de sa vie, il avait réclamé de l’aide aux médecins, allant même jusqu’à demander son hospitalisation «afin de reprendre des forces».

La perte d’un frère

L’homme est certes touché par les conséquences de son acte puisqu’il a perdu son fils, mais le tribunal ne va pas jusqu’à l’exempter de toute peine, comme le réclamait la défense par la voix de Me Yaël Hayat. «Cela reviendrait à exempter de peine tous les pères qui secouent leur bébé», expliquent les juges.

Ils relèvent les nombreux efforts du prévenu, grâce auxquels il a pu, depuis peu, retrouver sa famille. L’homme n’a aucun antécédent. Les magistrats misent sur son bon comportement à l’avenir et lui accordent le sursis complet, tout en l’assortissant d’une règle de conduite: continuer son suivi psychiatrique.

Ils refusent d’accorder un tort moral au petit Benjamin, le jumeau rescapé. «L’enfant ne s’est pas rendu compte de la disparition de son frère» et donc cette perte ne peut pas lui causer de souffrance, considèrent-ils. Les juges estiment que les retards de langage chez cet enfant qui aura bientôt 4 ans ne sont pas liés au drame.

Avocat et curateur de l’enfant, Me Vincent Spira va faire appel: «Qui sont ces juges qui s’érigent en médecins et disent que Benjamin n’a pas souffert et qu’il ne va pas souffrir? Toutes les études sur les jumeaux montrent l’impact de la disparition de l’un sur l’autre.»

Me Yaël Hayat et la procureure n’ont pas l’intention de faire appel. (TDG)

Créé: 14.09.2018, 17h39

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