«Il est impensable de ne pas dessaisir Pierre Maudet»

Voyage d’Abu DhabiPour le politologue Pascal Sciarini, durant l’enquête, il est impossible de laisser au président du Conseil d’État ses responsabilités actuelles.

Dans la tourmente, le conseiller d’État Pierre Maudet devra peut-être temporairement se dessaisir de la présidence du Département de la sécurité et du gouvernement.

Dans la tourmente, le conseiller d’État Pierre Maudet devra peut-être temporairement se dessaisir de la présidence du Département de la sécurité et du gouvernement. Image: Steeve Iuncker

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Dès jeudi, peu après la diffusion du communiqué du Ministère public accusant Pierre Maudet d’avoir menti sur la source du financement de son voyage à Abu Dhabi, des élus de gauche ont purement et simplement demandé sa démission. On n’en est toutefois pas encore là. La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si l’élu PLR ne doit pas se dessaisir temporairement – ou être dessaisi par le Conseil d’État – de certaines de ses fonctions au moins le temps que dure la procédure ouverte par le Ministère public.

Le plus grave, le mensonge

«Vu la gravité des accusations, j’imagine mal qu’on puisse faire comme si de rien n’était, répond Pascal Sciarini, professeur de science politique à l’Université de Genève. Ce serait plus facile si M. Maudet ne s’occupait pas de la justice et de la police. Mais comme c’est le cas, cette tâche devrait être déléguée à l’un ou l’autre de ses collègues. De même que tout ce qui a un lien avec le voyage à Abu Dhabi, ainsi que la présidence du Conseil d’État.»

Le politologue précise toutefois que, la situation étant inédite, on ne dispose guère de guide de conduite. «Dans cette affaire, il faut séparer la procédure judiciaire, qui va maintenant suivre son cours, des aspects politiques. Politiquement, le mensonge, s’il est avéré, ne sera pas pardonné. Pour M. Maudet, la seule parade serait de parvenir à prouver que le voyage a été organisé sans qu’il soit au courant. Ce qui paraît toutefois peu probable connaissant son souci du contrôle.»

Au-delà de cet aspect, le soupçon d’infraction formulé désormais par le Ministère public rend difficilement tenable la situation actuelle. Comment le conseiller d’État pourrait-il continuer à être le ministre de tutelle de la justice et de la police qui enquêtent sur lui? De même, un volet de l’enquête portant vraisemblablement sur l’attribution d’une concession par l’aéroport international de Genève, il est sans doute préférable que la responsabilité de ce dernier soit confiée à l’un de ses collègues.

Retrouvailles gênantes

Autre exemple plus terre à terre: est-il concevable que le procureur général Olivier Jornot présente le 12 septembre avec Pierre Maudet leur concept commun de sécurité aux médias? Ce serait totalement surréaliste, d’autant que les journalistes questionneraient forcément les deux hommes sur le dossier du voyage à Abu Dhabi.

Signalons que le Grand Conseil est en fait déjà saisi depuis le 24 mai 2018 d’une résolution d’Ensemble à Gauche qui demande que la présidence du Département de la sécurité ainsi que celle de l’aéroport soient confiées à un autre magistrat. Elle est actuellement pendante devant la Commission de contrôle de gestion. Sur le fond, elle rejoint parfaitement la réflexion actuelle. La seule différence, c’est qu’à l’époque le Ministère public n’avait pas accusé Pierre Maudet d’acceptation d’un avantage.

Deux modèles de répartition

Il n’est cependant pas de la compétence du parlement de prendre ce type de décisions. Les députés ne peuvent qu’inviter le Conseil d’État à aller dans ce sens.

Si Pierre Maudet se met en retrait, comment seront réparties ses différentes fonctions? «Il y a deux logiques possibles, estime Pascal Sciarini. La première est d’attribuer ses missions aux suppléants et la charge de présider le gouvernement au vice-président, actuellement Antonio Hodgers. La seconde est que le Conseil d’État procède à une réorganisation interne et redistribue les dossiers, ce qui est l’une de ses prérogatives.»

Il est évidemment impossible de savoir quelles seront les options choisies par le gouvernement. En cas de répartition des dossiers et politiques, une des pistes à suivre est la composition des délégations du Conseil d’État. Celle du pouvoir judiciaire est ainsi composée de Pierre Maudet, de Nathalie Fontanet et de Serge Dal Busco. La PLR et le PDC pourraient raisonnablement reprendre l’intérim pour la justice et la police.

Concernant l’aéroport, Mauro Poggia ou Nathalie Fontanet sont vraisemblablement à même de prendre le relais. Selon nos informations, une éventuelle décision dans ce sens du Conseil d’État ne tombera pas avant mercredi prochain, jour de séance habituelle du gouvernement. Le collège refuse visiblement de se faire dicter un calendrier. (TDG)

Créé: 31.08.2018, 20h34

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