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Ils imaginent le médicament sur mesure

Une étude genevoise montre comment on pourrait éviter les interactions néfastes, en adaptant la dose du traitement à chaque patient

L’étude de Youssef Daali, docteur en pharmacie (à gauche), et de Jules Desmeules, professeur de pharmacologie clinique, a reçu le Prix de la recherche clinique 2017 des HUG.
L’étude de Youssef Daali, docteur en pharmacie (à gauche), et de Jules Desmeules, professeur de pharmacologie clinique, a reçu le Prix de la recherche clinique 2017 des HUG.
LAURENT GUIRAUD

Imaginons un monde dans lequel chacun se verrait prescrire la dose de médicament parfaitement adaptée à son cas: la vie de millions de malades pourrait s’en trouver changée. C’est l’idée portée par l’équipe du professeur Jules Desmeules, chef du Service de pharmacologie clinique des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Une idée qui a été récompensée par le Prix de la recherche clinique 2017 des HUG.

Actuellement, cet objectif semble lointain, observe le médecin: «Sur cent personnes qui se rendent aux Urgences, dix viennent pour un problème lié aux médicaments. Pour 20% d’entre elles, le problème est lié à une interaction médicamenteuse néfaste que l’on aurait pu prédire.» Mais Jules Desmeules est confiant: «La médecine sur mesure a commencé en cancérologie, le phénomène va s’étendre à d’autres domaines.»

Modèles virtuels

L’étude réalisée avec le docteur en pharmacie Youssef Daali montre que la technologie permet de surmonter ces problèmes et d’affiner les traitements. Leur équipe a pu tester sans risque, à l’aide de modèles virtuels, l’efficacité des médicaments et prédire leurs interactions afin de trouver la dose adaptée au profil de chaque patient. Les chercheurs ont analysé le problème de nombreux patients atteints du VIH, qui ne bénéficient pas de manière optimale de certains traitements antiplaquettaires (qui empêchent l’assemblage de plaquettes et la formation de caillots) dont ils auraient pourtant besoin quand ils souffrent de problèmes cardiovasculaires, comme après un infarctus.

Les patients VIH reçoivent en effet des «boosters» qui améliorent l’efficacité des trithérapies en bloquant certaines enzymes qui accélèrent leur élimination. Cette action réduit l’efficacité des traitements fluidifiant le sang. Ou, à l’inverse, décuple leur puissance: le malade ne parvient pas à les éliminer et saigne. «Actuellement, les patients VIH qui prennent un booster reçoivent un traitement antiplaquettaire qui pourrait être optimisé», suggèrent les chercheurs.

L’équipe des HUG a trouvé une solution. Elle a constitué des bases de données en collectant les caractéristiques individuelles de vingt patients VIH. Pour chacun, elle a créé un «jumeau virtuel» à l’aide de divers éléments (âge, taille, poids, paramètres génétiques, médicaments et autres maladies pouvant avoir une influence sur l’évacuation du médicament).

En reformatant un programme informatique conçu par l’industrie pour développer des médicaments, les chercheurs ont pu calculer la dose idéale de médicament pour chacun. Il est apparu qu’en réduisant la dose du médicament antiagrégant, le traitement devenait «efficace sans être toxique». Hypothèse virtuelle, confirmée lorsque la dose a été testée sur ces volontaires.

Appel à l’industrie

«Il faudra du temps pour que chaque personne atteinte du VIH bénéficie de cette découverte», reconnaît Jules Desmeules, qui invite les académiques et l’industrie à réaliser des études plus consistantes. Il faudra aussi attendre pour que les médecins puissent utiliser un logiciel, en cabinet, calculant la dose appropriée. «Mais ce sera imaginable dans quelques années.»

La médecine personnalisée ne va pas de soi, indique le médecin, car jusqu’à présent, lorsque l’industrie testait une nouvelle molécule, elle le faisait sur des malades ne souffrant «que» de la pathologie en question. Or, dans la vraie vie, il arrive que les gens cumulent diverses maladies et prennent plusieurs médicaments. Le cas des patients VIH confrontés à des problèmes cardiovasculaires le montre.

Mais c’est vrai plus largement, souligne Jules Desmeules: «Les Caucasiens ne transforment pas les médicaments comme les Éthiopiens. Les enfants ne sont pas des mini-adultes. Idem pour une personne âgée ou un patient sans rein. J’ai moi-même un particularisme génétique qui fait que je n’élimine pas ou n’active pas certains médicaments comme mon voisin. Notre étude montre qu’il est possible d’intégrer ces variables avant de donner un médicament. Il faut pousser l’industrie dans ses retranchements afin qu’elle adapte ses produits à la condition du patient et qu’elle détecte mieux les interactions potentielles.» Quel serait son intérêt à le faire? «Cela lui permettrait de réduire les effets indésirables liés à ses médicaments. Et il s’agirait d’un investissement relativement faible en termes de coût et de logistique», répond Youssef Daali.

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