Le bar L'Eléphant sauve ses nuits, le patron livre sa recette

Rue de l'Ecole-de-MédecinePresque tous les bars de la rue étudiante ont perdu l'autorisation d'ouvrir au-delà de minuit. Sauf un.

Genève. Patrick Paccard, patron du bistrot l'Eléphant dans la canette, à l'angle de la rue de l'Ecole de Médecine et la Plaine de Plainpalais.

Genève. Patrick Paccard, patron du bistrot l'Eléphant dans la canette, à l'angle de la rue de l'Ecole de Médecine et la Plaine de Plainpalais. Image: Pierre Abensur/Tamedia

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La nouvelle a fait l'effet d'une bombe: 28 bars de Genève n'ont pas obtenu pour cette année l'autorisation d'ouvrir jusqu’à deux heures du matin auprès du Service du commerce. Le manque d'effort des patrons pour lutter contre les nuisances sonores de la clientèle en terrasse est pointé du doigt. A la rue de l'Ecole-de-médecine où six bars sont concernés, l'ambiance est tendue, et les cafetiers organisent la résistance. L’Éléphant dans la canette, l'un des bars les plus populaires de la rue, est presque le seul à échapper au couperet. Rencontre avec son patron, Patrick Paccard.

Selon vous, pourquoi L'Eléphant est-il épargné?

Parce que nous avons pu gérer plus efficacement le bruit que d'autres établissements. Le système que j'ai mis en place depuis deux ans, date où les patrons de bistrots de l'Ecole-de-Médecine avaient été convoqués par le service du commerce suite à des plaintes de voisins, est efficace. D'abord, je suis toujours présent dans mon bar, je ne le dirige pas depuis chez moi. Ensuite, notre situation géographique est favorable: la terrasse, côté Médecine-ball, est réservée aux clients attablés dehors. Ceux qui sortent fumer sont priés de se déplacer du côté de l'avenue du Mail, où le bruit dérange moins. Enfin, j'ai engagé il y a deux ans un responsable qui se tient dehors sur la terrasse de 21h à 2h toutes les fins de semaine. Il m'aide à rappeler aux gens de se placer du bon côté et de respecter le voisinage.

Un chuchoteur?

Non, je ne crois pas à l'efficacité de ces «chuchoteurs». Quelqu'un qui vient vous dire «chuuuuuut! faites moins de bruit» a moins de chances de succès qu'un membre du personnel qui connaît bien la clientèle, qui dialogue avec elle et la redirige tranquillement vers des zones délimitées.

Et ça marche?

Disons que le bruit est un peu mieux géré. Maintenant il y a des situations qui nous échappent à tous, patrons de bistrot, comme le phénomène des squatteurs: ces jeunes qui viennent se mélanger aux clients devant le bar en amenant leurs propres consommations. J'ai parfois dû appeler la police quand la situation dégénérait – comme ces jeunes qui se faisaient des passes de football d'un côté à l'autre de la rue! – ou décider de fermer exceptionnellement plus tôt.

Comment vivez-vous le fait d'être le dernier des Mohicans?

La situation ne me plaît pas du tout: j'ai déjà beaucoup de monde, et là, la clientèle des autres bars, potentiellement frustrée d'avoir été mise à la rue, va sûrement se déporter chez moi. Je vais devoir engager une deuxième personne pour gérer le bruit dehors. Par ailleurs, c'est dommage pour la dynamique de la rue de l'Ecole-de-Médecine, qui avait été sollicitée en tant que «rue à bars sympas» par la ville de Genève pour participer aux festivités du 31 décembre. Cette ambiance risque de tomber.

Craignez-vous qu'on vous refuse la dérogation l'année prochaine, si le report des clients des autres bars faisaient monter les décibels sur votre terrasse?

Un peu. Mais je crois juste qu'il va falloir une nouvelle organisation de fond. Je pense à un dialogue plus fort avec la police, pour demander une présence plus marquée entre minuit et deux heures, et avec les autorités municipales.

La décision du Service du commerce a-t-elle cassé l'ambiance entre patrons de bistrots de la rue?

Je n'ai pas trop de nouvelles des autres depuis l'annonce. J'ai entendu quelques rumeurs, lu quelques piques sur Facebook, mais rien de concret. J'ai dit au groupe que j'étais prêt à expliquer ma technique de gestion du bruit. Je pense que la plupart n'ont pas été assez conscients des risques encourus.

(TDG)

Créé: 12.02.2013, 18h01

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Patrick Paccard:

«La situation ne me plaît pas du tout. La clientèle des autres bars mise à la rue va sûrement se déporter chez moi.»

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