«Ici, on s’épaule et on reprend confiance»

Mesure d’insertionLe nouveau projet Scène active mise sur un spectacle pour relancer des jeunes en rupture.

Ambiance joyeuse à l’atelier des costumes: «Le projet, soutenu par des profs magnifiques, prouve que rien n’est impossible.»

Ambiance joyeuse à l’atelier des costumes: «Le projet, soutenu par des profs magnifiques, prouve que rien n’est impossible.» Image: PIERRE ABENSUR

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Jeudi vers midi, une joyeuse ambiance se dégage des sous-sols de l’Espace de quartier Sécheron. Rien ne laisse alors présager que les nombreux jeunes présents sont en rupture scolaire ou de formation et qu’ils participent à Scène active, une nouvelle mesure d’insertion de longue durée.

Pour l’heure, tous savourent, la mine réjouie, un repas équilibré, mijoté par David (19 ans), l’un d’entre eux. Emballé par cet art, celui-ci envisage de démarrer un apprentissage de cuisinier. Une perspective qui ravit Thomas Gremaud, directeur de Scène active, qui doit notamment permettre à sa quarantaine de participants d’envisager un avenir professionnel. Pas une mince affaire pour ces jeunes gens aux parcours souvent chaotiques. Claudia (21 ans) a ainsi connu quatre ans d’agoraphobie sévère: «Je ne parlais à personne!» Sanaa (20 ans) a terriblement souffert d’isolement, à cause de lourds problèmes auditifs. Jolan (23 ans) a survécu deux ans dans la rue: «A 17 ans, j’ai dû suivre mon père, parti s’installer dans une cité au nord de Paris. Cela m’a coupé de mes repères; quand je suis revenu à Genève, je n’ai plus pu me réadapter.» La tête pourtant bien pleine, il aspire à devenir… promoteur immobilier: «Scène active me stimule.»

Pour les plus fragilisés

Lancé en octobre, ce programme d’insertion socioprofessionnel, au coût d’un million de francs, est le dernier bébé de l’Association genevoise pour la valorisation de projets d’insertion de jeunes (Accroche). Cofondé par l’Hospice général et la Fondation genevoise socioculturelle (FASe), il est destiné aux plus fragilisés des jeunes en rupture, soit ceux qui n’ont pas trouvé de voie dans le dispositif existant pour se relancer. «Sur dix mois, ce nouvel outil vise à remobiliser des jeunes de 17 à 25 ans au travers d’activités artistiques et par le biais d’un coaching individuel», précise Thomas Gremaud. Leur point commun? «Ils ne sont ni en formation ni en emploi, répond le directeur. Mais le groupe est hétérogène, ce qui évite tout risque de stigmatisation.»

Multimédia, musique, création de costumes et de décors, théâtre ou cuisine, tels sont les divers domaines choisis pour remotiver cette population chancelante. «Ici, on s’épaule et on reprend confiance», apprécient les bénéficiaires. L’envie d’apprendre et la capacité à travailler collectivement sont aussi primordiales dans la réussite de ce projet. «Une magnifique dynamique s’est installée entre nous, témoigne Célia, l’aînée du groupe. Ça m’a aidée à passer mon permis de conduire.»

La présentation d’un spectacle pluridisciplinaire devrait encore plus les encourager à surmonter l’échec et à trouver leur place. «Je sortais d’une dépression nerveuse. Scène active m’aide beaucoup, relève David. Ici on a tous nos problèmes et on se tient les coudes pour les surpasser. Avant je traînais avec mes potes à ne rien faire. Là, on se tire vers le haut!»

Tous ont hâte de fouler les planches du Théâtre Pitoëff, les 15, 16 et 17 avril, pour présenter leur création: Le bal des masqués.

«Nous sommes les vêtements de la pièce», s’amusent Walid (18 ans) et Fatima (21 ans), qui s’activent à l’atelier des costumes de style «steampunk» – rétrofuturiste – dirigé par la styliste Chloé Gindre (35 ans), très à l’aise au milieu de ces élèves souvent passionnés. Comme Walid, à la coiffure rouge flamboyante, qui vient de se présenter au concours du Centre de formation professionnelle des arts appliqués en création de vêtements pour dames.

«Réaliser nos rêves»

Fatima demeure, elle, incertaine quant à ses futures activités. Mais Scène active lui a déjà au moins appris «à ne pas traîner toute la journée au lit… et à apprécier de bons repas».

Frantz (22 ans), qui souhaite devenir assistant social, et Jefferson (20 ans), attiré par la réalisation de films, vantent d’ailleurs les progrès d’hygiène de vie: «Bien se nourrir est un problème pour nombre d’entre nous. Ici, on partage des mets de qualité tous ensemble, c’est précieux pour pouvoir un jour réaliser nos rêves.»

(TDG)

Créé: 01.04.2016, 18h04

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Papyrus: 1000 sans-papiers régularisés à Genève
Plus...