Ici, c’est Radio Vostok, ondes culturelles

MédiasLa station indépendante, installée aux Acacias, s’affirme dans le paysage radiophonique genevois.

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L’adresse cache bien son jeu, son support et son contenu. En pleine zone industrielle des Acacias, à mi-distance entre un horloger prestigieux habillant les poignets des sportifs millionnaires et une grande surface où se vendent des voitures de luxe. C’est là, Radio Vostok pour les camarades auditeurs, au rez-de-chaussée d’un immeuble sans charme, dans un espace haut de plafond et tout en longueur.

Au fond du couloir, la régie et sa console de mixage datant des années 80, du vintage restauré avec amour, jusqu’au cuir des repose-mains, refaits à neuf. Au milieu, le studio avec sa table sur mesure et ses micros; enfin, à droite en entrant, la salle à tout faire: bar, loge et lieu de réunion destiné aux séances de rédaction du lundi.

Voilà pour le mobilier. Il a sa ligne graphique entêtante: un crâne hilare aux couleurs estivales et aux yeux de la nuit. On le voit partout, sur affiche, flyer et sac en jute. C’est, depuis six ans, le regard nyctalope de Radio Vostok, station culturelle indépendante, gratuite et sans publicité.

Le son, lui, se discute justement chaque lundi soir entre collaborateurs bénévoles. L’échange commence à quatre, lancé par le responsable d’antenne, Charles Menger, cofondateur de la chaîne en 2011, assis face à ses chargées de production et réalisateurs. Une heure plus tard, ils sont une bonne quinzaine à déterminer ensemble les sujets à venir, toutes disciplines confondues.

Le dialogue est nourri, s’imposant comme une évidence à l’oreille: celle de l’actualité culturelle de notre ville. Sa richesse incroyable mérite bien d’être mise en radio. Ondes captives et inféodées, genre promo au kilomètre? L’exact contraire: ondes curieuses et frondeuses; critiques aussi quand il faut l’être, les chroniqueurs ont des opinions à faire valoir et à partager. Le direct sert à cela, capter ce supplément de fraîcheur et de sincérité, au détour d’une relance de l’animateur assurant la continuité.

Anaïs, 26 ans, formée dans une haute école d’art, arrivée récemment à Radio Vostok, parle de cet apprentissage basé sur «l’usage que l’on fait de la voix» et qui permet, mieux sans doute qu’un autre média, «d’assumer davantage la subjectivité à laquelle nous sommes de toute manière condamnés quand on s’exprime».

Bien dit. À mots justes et écrits mais qui retrouvent leur part d’oralité, leur grain naturel et spontané dans le déroulé des rubriques qui jalonnent La Quotidienne de 16 h à 19 h. Douze heures de direct par semaine pour couvrir, sans se répéter, l’actualité locale. La tranche a son moment phare à 17 h 30, «On passe à l’ouest», c’est-à-dire en mode interactif avec un artiste invité, une thématique qui encourage de varier les intervenants et les points de vue. À 18 h, clin d’œil réjouissant, le Journal des bonnes nouvelles. «Le seul rendez-vous d’infos qui prend le contre-pied des médias alarmistes», précisent en souriant ses initiateurs.

On confirme, après écoute, le pas de côté, tout en suggérant d’aller plus loin encore dans le contre-emploi journalistique. Les nouvelles sont certes bonnes, mais brèves et courtes. Tout le reste est un bonheur radiophonique. Base volontaire et non rémunérée ne veut pas dire amateurisme. Des ateliers préparent le passage à l’antenne. «On forme une bonne vingtaine de personnes par année, on soigne l’habillage sonore et la prise de voix, on arrive peu à peu à maturité», résume Charles, les deux pieds sereinement posés sur ce terrain inoccupé par les autres – grandes sœurs du privé ou du service public – terrain passionnant à défricher, à mi-chemin entre les cultures émergentes et institutionnelles.

La programmation musicale, calée sur une playlist favorisant les artistes régionaux, fait la différence, notamment le week-end. Écouter Radio Vostok le dimanche est une bénédiction, avec en prime La Planète Bleue, diffusée dès 9 h le matin.

Ce jeudi 7 décembre, c’est journée de soutien et portes ouvertes au 1, rue Adrien-Wyss. Six heures de showcases en direct, de 14 h à 20 h dans les studios, avant de filer à La Gravière, partenaire historique de Radio Vostok. But avoué: favoriser le financement participatif, en invitant les auditeurs à contracter un abonnement renouvelable. Tout est expliqué sur le site Internet www.radiovostok.ch.


«S’engager par choix et non par nécessité change tout»

Trois questions au coordinateur de la radio genevoise, Charles Menger, dit «Charly» pour les auditeurs.

L’initiative «No Billag» impacte-t-elle Radio Vostok?

Indirectement, oui. Notre fournisseur DAB (Digris SA) est actuellement largement financé, indirectement, par les subventions de l’Ofcom au titre de la transition numérique. Subventions qui s’éteindront en 2023 en cas de non et… à la fin de 2018 en cas de oui. Concrètement, en cas de oui, je pense que nous perdrons la possibilité de diffuser en DAB.

L’offre radiophonique du territoire genevois, comment la résumer?

Elle évolue. Quand nous avons commencé, il y a six ans, nous ressentions un grand vide, notamment sur la bande FM, ou alors un trop-plein de toujours la même chose. Pas assez de diversité. Le choix entre des radios commerciales avec une musique très formatée ou des programmes de service public certes intéressants. Mais ça faisait peu de choix. À notre sens, il n’y avait plus de radio purement locale (Radio Cité est mourante depuis des années). Les radios privées ont étendu leur bassin de diffusion à tout l’arc lémanique pour des raisons de marché publicitaire. Quelle radio est faite par les Genevois pour les Genevois? Radio Vostok est venue occuper cette place.

Comment qualifier le bénévolat, dans son esprit et l’énergie qu’il véhicule au sein de l’équipe?

C’est assez incroyable de voir ce que l’on arrive à faire avec notre tout petit budget, une bonne dose de savoir-faire, d’ingéniosité, mais surtout avec l’énergie que mettent les bénévoles à faire fonctionner cette radio. La plupart d’entre eux ont des activités à côté et «s’engagent» à Radio Vostok sur leur temps libre, par choix et non par nécessité, ce qui change tout. Ils apprennent vite et sont chaque saison meilleurs. TH.M.


Abonnement Vostok+ : Portes ouvertes et soirée de soutien

(TDG)

Créé: 06.12.2017, 19h43

Radio Vostok, menu festif

Radio Vostok est un média récent, un enfant du numérique, et son financement reste très précaire. Elle fait le choix de défendre une radio de qualité qui met en avant les artistes et la culture locale dans son émission La Quotidienne, du lundi au jeudi de 16h à 19h, avec un best-of le vendredi.

Ainsi, chaque année Radio Vostok fait appel à ses auditeurs pour la soutenir. La nouveauté consiste en une formule d'abonnement renouvelable: Vostok+. Les membres de ce club pas fermé bénéficieront en plus d'un accès à la plate-forme web Vostok+ (archives, concerts HD, etc.) et de réductions à la boutique Vostok et auprès de certains partenaires, notamment la Gravière.

C'est d'ailleurs dans son Noctambar qu'aura lieu, ce jeudi dès 21h, la soirée de soutien, au son de l'afrobeat avec aux platines Les Babtous International. Dans l'après-midi, dès 14h, les show cases se succéderont toutes les heures au 1, rue Adrien-Wyss. Pas moins de huit groupes locaux, dont Quiet Island, Capitaine etc..., Rootswords, The Wugs, Jerrycan, Concrete Jane et The Crags.

A noter enfin que Radio Vostok a été lancée le jeudi 29 septembre 2011 par des professionnels des médias dans les studios de la rue Boissonnas aux Acacias. Vostok 1 est le nom du premier vol spatial habité de l'espace. TH.M

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