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L’hypnose entre aux HUG par la grande porte

L’hypnose est désormais enseignée à l’Hôpital, qui revoit toute sa communication thérapeutique afin d’améliorer le bien-être des patients et soulager leur douleur

Adriana Wolff hypnotise Claire-Anne Siegrist qui peu à peu se détend et sourit. La douleur se dissipe.
Adriana Wolff hypnotise Claire-Anne Siegrist qui peu à peu se détend et sourit. La douleur se dissipe.
Georges Cabrera

L’hypnose entre à l’Hôpital par la grande porte. Employée depuis les années 80 de manière limitée, cette technique qui permet de diminuer la douleur et l’anxiété sera désormais enseignée à large échelle aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Le programme lancé en 2017 devrait permettre de former 10% des équipes médico-soignantes avant 2020.

Afin de présenter les bienfaits de cette méthode encore méconnue, la professeure Claire-Anne Siegrist n’a pas hésité, mercredi, à relater aux médias comment sa vie avait basculé il y a deux ans. Pédiatre, infectiologue et vaccinologue de renom international, elle courait le monde. Une vie trépidante qu’une atteinte des nerfs dans les jambes a brutalement ralentie.

«En quelques semaines, les douleurs sont devenues si intenses que je devais me bourrer de médicaments à haute dose, qui m’abrutissaient sans me soulager vraiment», témoigne la dame, qui se déplace désormais en fauteuil roulant. Si la scientifique évoque ce choc, c’est pour dire qu’elle a pu rebondir. Grâce à l’hypnose.

Séance en direct Devant les caméras et les journalistes, elle a accepté de se livrer à une séance, conduite par la Dre Adriana Wolff, médecin adjointe dans le Service d’anesthésiologie. Durant une dizaine de minutes, la seconde évoque pour la première la fraîcheur apaisante d’un lac de montagne qui lui est cher. À l’issue de la séance, les douleurs ont disparu. «J’ai froid jusqu’au-dessus des genoux!» sourit Claire-Anne Siegrist, les traits détendus. Elle raconte comment la première fois, quand elle a regardé ses pieds, ils étaient devenus bleus, comme s’ils avaient réellement été plongés dans le froid.

Ensemble, les deux médecins ont décidé de faire bénéficier les patients de cette technique efficace qui permet de diminuer le recours aux antidouleurs. Elles ont élaboré un programme de formation avec l’Institut romand d’hypnose suisse et le soutien de la Fondation privée des HUG. Les cours se déroulent en petits groupes. Les premiers professionnels recevront leur certification à la fin du mois et pourront commencer à pratiquer l’hypnose.

De quoi s’agit-il exactement? Loin de l’hypnose de spectacle, directive et autoritaire, où l’hypnotisé semble privé de toute volonté, l’hypnose clinique est un outil thérapeutique qui mobilise les ressources propres du patient. Elle le plonge dans un état de conscience modifié, similaire à ce que chacun d’entre nous peut vivre au quotidien, à la faveur d’un moment de distraction. Mais sous hypnose, le patient se concentre sur un point précis et les suggestions modifient les perceptions.

Activer son imagination

Une séance dure entre vingt et cinquante minutes. Le thérapeute et le patient commencent par établir une relation. Ils définissent ensemble un objectif – apaiser la douleur, calmer le stress ou arrêter des nausées, par exemple. Le soignant induit alors un état de dissociation, en se basant souvent sur les perceptions sensorielles. L’hypnose proprement dite consiste à activer l’imagination du patient. Le soignant émet des suggestions en lien avec l’objectif fixé. Le patient reste conscient, mais son attention est focalisée sur l’objectif – ce qui peut l’amener à avoir une perception du temps altérée ou une amnésie sélective. Claire-Anne Siegrist dira ainsi après la séance d’hypnose qu’elle ignore si elle a duré trois ou trente minutes.

Vers l’autohypnose

La modification des perceptions peut se prolonger au-delà de la séance et l’apaisement de la douleur perdurer. Il est ensuite possible d’apprendre à s’autohypnotiser. «En quelques minutes, vous arrivez à calmer une poussée de douleur. Ou même à gérer les petits énervements du quotidien», assure Claire-Anne Siegrist. La chose a l’air magique. Tout le monde peut-il y parvenir? «Il faut que le patient le veuille. C’est plus ou moins difficile selon les situations. Cela dépend de la capacité à faire travailler son imaginaire. Et pour créer cette relation particulière, il faut se comprendre», souligne la Dre Adriana Wolff.

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Suggérer le confort, pas la douleur

«J’ai dû passer des semaines à l’hôpital, raconte la professeure Claire-Anne Siegrist. Je me suis rendu compte combien nous, les soignants, étions bons dans la technique, le diagnostic, le traitement. Mais à quel point je pouvais, comme patiente, être profondément blessée par les attitudes et les paroles du personnel, qui faisait au mieux, mais pas comme il fallait.» Le programme d’hypnose clinique que proposent désormais les HUG inclut une réforme de la communication thérapeutique. Il s’agit d’apprendre aux soignants à parler différemment. Lorsqu’une infirmière prononce – comme on le lui a appris – des phrases comme «Attention je pique!» «Ça va être douloureux» ou «Ça brûle», elle prédispose le patient à ressentir de la douleur. «Alors qu’en entendant des mots positifs et aidants, le patient peut activer ses ressources et améliorer son bien-être», soutient Adriana Wolff. Mais que dire quand le soin est réellement désagréable ou douloureux? Infirmière en oncologie, Nicole Grandjean a été formée en hypnose et en communication hypnotique. Elle s’accorde à chacun de ses patients. À un jeune passionné de jeux vidéo, elle a demandé de décrire les personnages du jeu avec précision. Cela lui a permis d’oublier complètement le soin qui lui était prodigué. Un autre patient avait une phobie des aiguilles. Elle lui a proposé de fermer les yeux, de visualiser le nombre 200 et de compter à rebours de 5 en 5. À la fin du décompte, le cathéter était posé sans que le patient ne s’en soit aperçu. À d’autres, elle a parlé de leur passion de la cuisine, évoqué leur agenda de la semaine. «Les premiers retours révèlent que les patients se montrent très vite plus calmes et plus détendus», relate Marie Seignobos, infirmière chargée de projets en organisation et économie des soins. Le lien thérapeutique se teinte de respect, d’attention et de bienveillance, et les relations entre soignants se modifient également. «Pour eux, ce programme est enrichissant et prometteur. Et il ne leur prend pas davantage de temps.» S.D.

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