Hygiéniste, sans-abri et expatrié croisent leur linge à la Servette

A la découverte des salons-lavoirs genevois (1/5)«Bienvenue dans votre laverie, veuillez charger votre tambour!» Au salon-lavoir, rue de la Servette, une machine à laver donne de la voix.

Eliane (à gauche) habite le quartier et est une cliente régulière de la laverie. Fatima Nanchen est la propriétaire des lieux avec son mari. Ils possèdent un autre salon-lavoir, près de Manor.

Eliane (à gauche) habite le quartier et est une cliente régulière de la laverie. Fatima Nanchen est la propriétaire des lieux avec son mari. Ils possèdent un autre salon-lavoir, près de Manor. Image: Laurent Guiraud

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C’est la plus grosse du groupe et elle parle en lançant un clin d’œil lumineux. Au salon-lavoir du 83, rue de la Servette, une machine à laver donne de la voix. «Bienvenue dans votre laverie, veuillez charger votre tambour!» La dame offre la totale: du deux en un, lavage et séchage. Cette technologie est l’une des particularités des lieux, il y en a d’autres. Aux côtés des machines à laver, un Internet café où on regarde Top Models, un coin Nespresso et même parfois un hébergement d’urgence. Immersion le temps d’un lavage, essorage et séchage.

Pour regarder «Top Models» ou dormir

Ce jour-là, la plupart des 24 machines turbinent. Il y a de l’humidité dans l’air, les laveuses transpirent. L’odeur acide de sueur en moins. Ici, l’effort exhale la lavande, le lotus, l’océan et le printemps. Fatima et Didier Nanchen, qui possèdent une autre laverie vers Manor, font tourner leur commerce depuis sept ans. Sa situation est intéressante: «Proche des TPG et des commerces; les gens lancent une machine et vont faire leurs courses!»

Pour se démarquer, le couple mise aussi sur des petits plus, comme un coin avec machine à café, table de pliage et accès Internet sur six ordinateurs. Deux francs pour quinze minutes. A l’heure des smartphones, qui utilise ce service? «Des touristes!» soutient la patronne. Et Eliane, 51 ans, habitante du quartier. «Ça fait passer le temps. Je n’ai pas Internet sur mon natel si je n’ai pas de Wi-Fi.» Que regarde-t-elle? «Ça dépend, je recherche souvent des mots pour comprendre leur sens profond. J’ai récemment cherché «traumatologie», j’avais lu ça dans un livre qu’on m’a prêté, Les vraies paroles de Jésus…»

Omar, 45 ans, apprécie aussi le service. «Je regarde parfois un épisode de Top Models que j’ai manqué, c’est plus pratique que sur mon natel où c’est lent et petit.» Il vient laver son linge après le travail. «Mais ça m’arrive de venir un peu avant minuit, parce que c’est plus tranquille. Ou quand j’ai le cafard, ça me fait sortir de chez moi, changer d’air.» La laverie de la Servette fait donc aussi office de refuge, pour chasser le cafard mais surtout pour contrer le froid: l’hiver venu, les machines servent de radiateurs de fortune. «On a eu des sans-abri qui venaient juste avant la fermeture et qui dormaient par terre ou sur les machines, raconte Didier. Mais en général, ils repartaient avant l’ouverture et ne laissaient pas le foutoir, alors on les laissait rester.» Pour éviter tout de même les mauvaises surprises, cinq caméras ont été installées, reliées au portable de Fatima. La laverie a aussi hébergé une jeune fugueuse. «Elle nous a seulement dit qu’elle était partie de chez elle. On lui a proposé de l’aider, elle a refusé. Après quelques nuits, elle a disparu.»

Avec des gants de vélo ou en slip

Lieu de refuge, et de discussion aussi. Avec la patronne et entre clients. «L’autre jour, une dame pliait son linge et je lui ai dit que sa jupe était magnifique, une belle qualité de matière, raconte Eliane. On a parlé tissus et finalement boulot et enfants!» La clientèle hétéroclite se mélange autour de la panière. «Il y a beaucoup de mouvement dans ce quartier, détaille Fatima. On a des clients réguliers mais aussi des touristes qui utilisent Airbnb et des expatriés qui sont là pour quelques mois.»

Il y a aussi des profils plus insolites, comme cette dame qui vient en fin de soirée et qui lance cinq ou six machines en même temps. «Avec des chaussettes dans l’une, un linge dans l’autre, un sous-vêtement dans une troisième… Elle sépare tout! Une fois le linge lavé, elle le sort avec des gants de ménage.» Eric, la quarantaine, qui loge dans une pension hôtel, porte aussi des gants, de vélo. «Quand mon linge est propre, je n’ai pas envie de remettre mille bactéries!» Il vient toujours avec sa propre poudre à lessive. «Celle qu’on achète en laverie est souvent trop forte. Je veux des habits propres, pas rongés.»

Enfin, il y a des clients moins regardants, raconte encore le couple. Qui viennent laver les seuls vêtements qu’ils possèdent: ceux qu’ils portent. «Ils se déshabillent devant la machine: tout y passe, du pantalon aux baskets. Et ils attendent en slip qu’elle se termine!» La pudeur aussi finit dans le tambour. «On leur demande d’utiliser les machines du fond pour être un peu à l’écart… Ça fait partie de la vie d’une laverie.»

(TDG)

Créé: 16.07.2017, 19h26

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