Les HUG ouvrent une consultation pour les futures mères fumeuses

SantéUne femme enceinte sur sept fume. L'Hôpital cantonal veut offrir une aide à celles qui souhaitent arrêter et ouvre une permanence tous les lundis.

Les HUG ont lancé début mai une nouvelle consultation au sein de la Maternité, en collaboration avec le Centre d’information et de prévention du tabagisme (Cipret) pour aider les futures mères a arrêter de fumer.

Les HUG ont lancé début mai une nouvelle consultation au sein de la Maternité, en collaboration avec le Centre d’information et de prévention du tabagisme (Cipret) pour aider les futures mères a arrêter de fumer. Image: Enrico Gastaldello

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Elle est accoudée à la rambarde de la Maternité, blouse d’hôpital tendue par son ventre de femme enceinte, cigarette aux lèvres. Sous le regard accusateur d’un passant, la future maman détourne le sien. Quelques étages plus haut, les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) annoncent justement la création d’une consultation spécialisée pour les femmes enceintes fumeuses. Car les cas ne sont pas isolés: une femme enceinte sur sept fume. En 2016, une enquête de la Haute École de santé a montré que 14% des femmes enceintes suivies aux HUG fumaient au terme de leur grossesse.

Une première en Suisse

Alors pour tenter de mieux sensibiliser et d’aider à diminuer la consommation voire à la supprimer, les HUG ont lancé début mai une nouvelle consultation au sein de la Maternité, en collaboration avec le Centre d’information et de prévention du tabagisme (Cipret). Ce service, payant mais remboursé par l’assurance maladie, est ouvert les lundis de 8 h à 17 h sur rendez-vous au 022 372 44 00. «Avant, nous orientions ces femmes vers le Cipret. En moyenne, seules deux par an s’y rendaient…», rapportent les HUG. L’ouverture d’une telle antenne dans un lieu de naissance est une première en Suisse. «Des études françaises et belges ont montré que si la structure d’aide est intégrée à l’intérieur de la Maternité, les femmes adhèrent davantage au sevrage», rapporte Claudie Godard, sage-femme responsable des consultations ambulatoires du Service d’obstétrique. Et près d’un quart arrête de fumer lorsqu’il y a une intervention de sensibilisation d’un soignant. «Ces femmes sont souvent au courant des effets délétères de la cigarette mais elles se sentent coupables et n’osent pas aller en parler, pointe Isabelle Dominé, sage-femme en charge de la consultation grossesse et tabac. Avec cette permanence, elles ont l’assurance de ne pas être jugées et d’être accompagnées par des sages-femmes avec qui elles ont déjà instauré une relation de confiance.» Ces professionnelles sont d’ailleurs en train de recevoir une formation en tabacologie par le Cipret.

La femme enceinte pourra ainsi bénéficier d’une prise en charge en continu pour identifier ce qui motive sa consommation, ce qui en entrave l’arrêt et se voit offrir des stratégies pour dépasser les obstacles. «Selon le degré de dépendance, on pourra proposer des substituts comme des pastilles voire des patchs», ajoute Isabelle Dominé. Quel impact de ces substituts sur le fœtus? «Ce n’est pas la nicotine qui est le plus dangereux, c’est l’addiction, précise Jean-Paul Humair, médecin tabacologue au Service de médecine de premiers recours des HUG et directeur du Cipret. Ces substituts ne sont évidemment pas l’idéal mais c’est toujours mieux qu’une cigarette.» La cigarette électronique pourrait être une alternative à étudier. «Mais pour l’instant, on n’a pas encore démontré qu’elle était à 100% non-nocive donc on ne la prescrit pas», précise le médecin.

Quant au sevrage lui-même, ne présente-t-il pas un danger pour le fœtus, une source de stress? Jean-Paul Humair assure que si la pratique est désagréable, elle n’est pas dangereuse, surtout en comparaison de la consommation. «Chaque cigarette nuit au bébé. On le voit rien qu’en regardant son rythme cardiaque qui s’accélère sous l’effet du stress que cela engendre!»

Comme une drogue «dure»

Ce stress n’est qu’un effet néfaste parmi beaucoup d’autres: fumer augmente le risque que la grossesse démarre mal ou pas, tout comme la probabilité de fausses couches et de retards de croissance du fœtus causés principalement par le monoxyde de carbone. Ce produit de la combustion chasse l’oxygène des globules rouge et prend sa place, causant stress et hypoxies (manque d’apport en oxygène). Après la naissance s’ajoutent encore l’augmentation des risques de mort subite du nourrisson, d’asthme, d’infections respiratoires ainsi que des retards de développement cognitif. Jean-Paul Humair souligne que si toutes les femmes arrêtaient de fumer durant leur grossesse, «cela réduirait de 11% le nombre de bébés mort-nés». Enfin, on aurait tort de croire qu’il suffit d’accoucher pour pouvoir recommencer à fumer sans conséquences sur l’enfant. «Cela peut altérer l’allaitement, créer du tabagisme passif, entre autres» préviennent les spécialistes des HUG.

Au vu de ces risques qui ne sont plus à prouver, comment expliquer que l’envie de fumer puisse prendre le pas sur la préservation de la santé de son enfant? «On sous-estime parfois la dépendance à la nicotine alors que son addiction est comparable à celle de la cocaïne, note le directeur du Cipret. Cette dépendance crée un mal-être très rapidement lorsqu’on arrête de consommer, ce qui motive le maintien du comportement. Et met en péril toutes les bonnes intentions d’arrêter.»

Créé: 28.05.2019, 19h20

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