Des hôtels se spécialisent dans le logement social

GenèveL’Hospice général héberge de plus en plus de personnes à l’hôtel. Certains y restent parfois des années, à prix d’or.

L’an dernier, chaque mois, en moyenne 600 bénéficiaires de l’aide sociale étaient logés à l’hôtel. La durée moyenne de séjour était de 19 ?mois.

L’an dernier, chaque mois, en moyenne 600 bénéficiaires de l’aide sociale étaient logés à l’hôtel. La durée moyenne de séjour était de 19 ?mois. Image: Keystone

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Fabrice, appelons-le ainsi, loge depuis plusieurs années à l’hôtel. Le loyer de ce père de deux enfants – dont il a la garde partagée – sans emploi et au bénéfice de l’aide sociale est pris en charge par l’Hospice général. Chaque mois, l’institution débourse 4340 fr., soit 140 fr. par jour, pour une grande chambre avec cuisine «sans petit-déjeuner et avec un service de ménage une fois par semaine».

Une anomalie? «L’hôtel est prévu comme solution d’hébergement provisoire, explique Lionel Croënne, responsable de l’unité logement de l’Hospice général. On essaie de voir s’il y a d’autres solutions mais parfois on ne peut pas faire autrement.» Ainsi, «en 2015, la durée moyenne de séjour était de 19 mois et 25% des personnes logées à l’hôtel y vivaient depuis plus de deux ans», poursuit Anne Nouspikel, chargée de communication de l’Hospice. Quant au prix de la chambre de Fabrice, il se rapproche de celui d’une chambre pour trois personnes, fixé par la convention entre l’Hospice général et une trentaine d’hôtels genevois (lire ci-contre).

600 personnes par mois

L’an dernier, environ 600 personnes étaient logées à l’hôtel chaque mois. Cette solution a bénéficié à un total de 1 409 personnes. «Leur nombre a doublé en dix ans, proportionnellement au nombre de personnes à l’aide sociale. Davantage de familles de demandeurs d’asile ont dû être logées dans l’urgence cette année», précise Lionel Croënne. En 2015, la facture hôtel de l’institution s’élevait à 15,5 millions de francs.

Pourquoi ne pas investir cette somme pour construire? «Aujourd’hui, beaucoup de gens sont à la rue. Nous n’avons pas la mission de les héberger mais de faire en sorte qu’ils aient les ressources nécessaires pour se loger. A Genève, la construction d’un foyer peut prendre plusieurs années et coûte très cher. En attendant, pouvoir loger les gens à l’hôtel nous arrange», poursuit Lionel Croënne.

Toujours moins de touristes

La situation profite aussi aux hôtels de bas de gamme. A tel point que certains établissements admettent s’être «spécialisés» dans l’accueil des bénéficiaires de l’Hospice. Difficile d’obtenir une interview auprès d’eux, «je ne veux pas être associé à l’image que les médias donnent de l’hébergement social», résume le gérant d’un hôtel sans étoile. Le responsable d’un autre établissement accepte de parler anonymement. «Les gens restent un, deux voire trois ans ici, ils ont leur clé. Je n’ai plus besoin de rester là à attendre le touriste. De plus, leur paiement est garanti par l’Hospice général.» Cet hôtelier complète sa retraite avec le revenu des chambres en assurant un service de ménage à ses hôtes et souvent un service social. «Ce sont un peu mes gamins. Il y a de l’alcool, des stupéfiants, des cas sociaux. Je dois être un peu par ici, un peu par là. C’est difficile pour tout le monde mais il y a des bénéfices des deux côtés. Je gagne aussi ma vie comme ça. Mais je ne pars pas en vacances, car je dois être disponible à tout moment.»

Lionel Croënne reconnaît que «certains employés des hôtels assurent un service social énorme en termes d’écoute, d’orientation et en écrivant parfois des lettres.» Pour cette raison, l’Hospice réfléchit à créer dans les établissements conventionnés des permanences d’infirmiers et d’assistants sociaux. «Cela doit nous permettre de faire avancer le processus de réinsertion sociale mais également d’économiser les allers-retours à l’hôpital des personnes souffrant de troubles psychiques», poursuit-il.

Appartement relais, la clé?

Si certains hôtels refusent d’accueillir des bénéficiaires de l’Hospice, d’autres le font avec parcimonie. «Les assistants sociaux nous relancent et, si on a des chambres disponibles, on les leur donne, explique Audrey Mori, qui gère l’hôtel Calvy***. Nous ne comptons pas fermer nos portes à nos habitués et aux touristes car, même si l’Hospice apporte une garantie de paiement, personne ne peut savoir combien de temps l’institution aura besoin de nous.»

Pour tout bénéficiaire de l’Hospice logé à l’hôtel, l’enjeu reste de trouver un appartement dans le canton. Les requérants d’asile sont redirigés vers des foyers ou des abris PC. Les personnes n’ayant pas de permis de séjour fixe ou mises aux poursuites ont peu de chance d’obtenir un logement auprès d’une régie. Elles sont donc invitées à s’inscrire auprès d’un organisme de logements subventionnés et à accepter les offres qui leur sont faites. Or, la liste d’attente est longue, surtout pour les personnes seules.

Pour les familles, et depuis un an et demi, l’Hospice a mis à disposition «une demi-douzaine» d’appartements relais. «Les séjours durent entre 6 et 12 mois, le temps que les familles, accompagnées par l’unité logement, signent un bail à leur nom», explique Anne Nouspikel. Ce projet devrait se développer à l’avenir. La Ville de Genève s’est également fixée comme objectif d’atteindre 300 logements de ce type sur son territoire d’ici à 2020. (TDG)

Créé: 25.08.2016, 17h28

Chambre à prix fixe

27 hôtels genevois ont signé une convention avec l’Hospice général pour les bénéficiaires de l’aide sociale en situation d’urgence afin «qu’ils ne se retrouvent pas à la rue et soient hébergés dans des conditions acceptables d’hygiène et de sécurité». Le prix de la nuit est fixé par la convention selon les prestations offertes:
1 personne: 80 fr. - 85 fr.
2 pers.: 122 fr. - 130 fr.
3 pers.: 149 fr. - 158 fr.
4 pers.: 171 fr. - 182 fr.
5 pers.: 193 fr. - 205 fr.

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