L’Hospice se prépare à un afflux de requérants

Hébergement Le directeur de l’Hospice général prévoit l'arrivée de près de 500 requérants d’asile supplémentaires et d'ouvrir de nouveaux abris PC.

Un baby-foot dans le réfectoire de l’abri PC d’Annevelle, qui rouvrira mardi prochain.

Un baby-foot dans le réfectoire de l’abri PC d’Annevelle, qui rouvrira mardi prochain. Image: Olivier Vogelsang

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L’Hospice général est chargé par l’Etat de l’hébergement des personnes issues de l’asile. Hier, elle organisait une visite pour la presse de l’abri PC d’Annevelle à Lancy. Dès mardi, des requérants d’asile – déboutés pour la plupart – réintégreront ces dortoirs souterrains. Une solution inévitable, explique le directeur de l’Hospice, Christophe Girod.

Pourquoi l’abri PC d’Annevelle a-t-il été fermé un mois?

Durant l’hiver, les arrivées sont moins nombreuses. Nous avons profité de ce creux saisonnier pour vider, désinfecter et remettre l’abri à neuf suite à des problèmes de punaises de lit, de gale, mais aussi de vétusté de l’équipement. L’abri est prêt à accueillir le nouvel afflux d’arrivants.

Comment et à combien estimez-vous ce nouvel afflux?

Nous basons nos prévisions sur les deux dernières années. En 2013, il y a eu une baisse des arrivées. Mais en 2014, nous avons eu un afflux de nouveaux arrivants et enregistré un solde positif de 433 personnes. Au mois d’avril, une vague de 30 000 migrants est arrivée en Italie. Historiquement, on sait qu’au bout de quelques mois, une partie arrive en Suisse. Nous nous attendons donc à devoir loger 400 à 500 personnes de plus à Genève; indépendamment des flux.

L’an passé, Genève a renvoyé 1068 personnes; 492 autres ont été mises en détention préventive. Cela a-t-il libéré des lits?

Oui, les renvois ont augmenté et c’est tant mieux. Il faut continuer à faire un effort de ce côté-là. Mais les arrivées augmentent toujours plus que les sorties; le flux reste tendu et nos centres d’hébergement, déjà saturés, ne désemplissent pas.

L’été dernier, l’augmentation des arrivées s’est soldée par une épidémie de gale dans deux foyers. Avez-vous pris des mesures pour éviter que cela ne se répète?

On peut craindre que cela revienne cet été. Lorsqu’une personne arrive à Genève, elle va dans un foyer et amène potentiellement avec elle sa maladie, ou ses punaises de lit. Le programme santé migrants se charge de la détection, mais il ne peut pas contrôler chaque requérant avant qu’il rentre dans sa chambre. Le problème devrait être traité plus en amont par les centres d’enregistrement fédéraux.

Lumière allumée la nuit, menus répétitifs, manque de sanitaires. Le collectif Stop Bunkers dénonce les conditions de vie en abris PC…

On ne dit pas qu’on est parfait. Mais la critique est facile. Lors d’une visite, un bénéficiaire est rentré dans une chambre où des personnes dormaient en parlant au téléphone et en allumant la lumière. Certaines personnes doivent apprendre à se comporter…

Et que répondez-vous aux députés qui demandent à ne pas loger une personne sous terre plus de trois mois?

J’aimerais bien soutenir leur motion mais je ne peux pas. Aujourd’hui, les personnes restent six mois en moyenne dans les abris PC et la situation va peut-être se péjorer. Elles dorment sous terre, mais elles ont un toit. Je ne peux pas les mettre à la rue.

Envisagez-vous d’ouvrir d’autres abris PC?

Oui. Nous allons non seulement garder l’abri de Châtelaine et celui de Lancy ouverts mais ouvrir d’autres abris ces prochains jours, au fur et à mesure en fonction des besoins. Mais je ne peux pas en dire plus pour le moment.

Avez-vous assez de moyens pour remplir votre mission: nourrir et loger les requérants?

Les moyens, on les a! L’an passé, le budget alloué à l’aide aux migrants était de 68 millions de francs (ndlr: à titre de comparaison, le budget de l’aide sociale était de 271 millions). Le problème est de trouver des lieux d’hébergement.

Quid des terrains identifiés pour accueillir de nouveaux foyers?

Avec notre magistrat de tutelle, Mauro Poggia, l’Office des bâtiments et le Département de l’aménagement et du logement, nous cherchons des solutions. L’idéal serait de trouver des lieux où bâtir du provisoire grâce à des dérogations. Comme à Meyrin où nous avons pu construire du temporaire sur un terrain agricole; ou à la route des Jeunes sur une parcelle qui devra être libérée à l’arrivée du quartier Praille-Acacias-Vernets. C’est mieux qu’ouvrir un abri PC et cela nous revient moins cher.

Mille personnes logées dans vos centres ont un permis B, C ou sont Suisses. Une personne sur cinq! Que faites-vous pour les reloger?

On fait tout, mais ces gens ont autant de peine à trouver un logement que les Genevois. Notre parc immobilier est déjà occupé par 5 à 10% de réfugiés et de personnes à l’aide sociale. Mais celui-ci est plein et nous ne voulons pas non plus créer des ghettos sociaux.

La Confédération s’est engagée à accueillir 3000 réfugiés syriens de plus. Encore un challenge?

Genève accueille déjà 3 à 4 familles nombreuses de ce pays dans le cadre d’un projet pilote d’intégration accélérée. Les personnes ont été sélectionnées par le HCR, la Suisse leur a accordé l’asile, un coach est mis à leur disposition ainsi qu’une maison (ndlr: qui, à terme, sera démolie, car visée par un projet immobilier). Il s’agit de personnes traumatisées, il faut d’abord qu’elles s’acclimatent, que leurs enfants aillent à l’école, qu’ils apprennent le français. Puis le but est qu’ils trouvent un emploi et leur propre logement.

867 réfugiés vivent à Genève. Ne craignez-vous pas qu’ils jalousent le traitement offert à ces familles?

Potentiellement, cela se pourrait. Mais chacun sa route et chacun son chemin pour s’intégrer. Quand les personnes arrivent, la priorité n’est pas de regarder comment font les autres. A long terme, on gérera.

Créé: 21.05.2015, 19h58

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