Les homosexuels âgés ne veulent pas retourner au placard

Grand âgeL’association 360 a organisé une journée d'étude à Uni Mail sur le vieillissement des personnes LGTB.

Les Babayagas: ce groupe pour les femmes seniors lesbiennes au sein de l'association 360. L'image ci-dessus est celle retenue par les femmes pour illustrer leur groupe.

Les Babayagas: ce groupe pour les femmes seniors lesbiennes au sein de l'association 360. L'image ci-dessus est celle retenue par les femmes pour illustrer leur groupe. Image: DR

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«On passe une partie, voire toute sa vie à se cacher et il faudrait retourner au placard à ses vieux jours», redoute un homosexuel d'âge mur. Après avoir fait son coming out, il compte bien finir sa vie en homme libre.

Cette inquiétude, beaucoup de personnes LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres) la partage. Elle vient de faire l'objet d'une journée d'étude organisée à Uni Mail par l'association 360 qui oeuvre à l'inclusion des personnes quelle que soit leur orientation sexuelle. Un enjeu d'autant plus important alors que le canton compte entre 4000 et 8000 aînés LGBT - beaucoup n'osent toujours pas s'afficher ainsi - et qu’ils devraient être 15000 en 2040.

Double peine

«Après avoir lutté pour les droits LGBT, nos aînés ont le droit de vieillir dans la dignité. Or, outre leur homosexualité, ils doivent faire face à une deuxième stigmatisation: l'âgisme», souligne le Québécois Julien Rougerie, de la fondation Emergence. Basée à Montréal, celle-ci ambitionne de sensibiliser la population aux réalités LGBT. Elle a notamment lancé le programme «Pour que vieillir soit gai» afin de rendre les espaces aînés plus respectueux de ces réalités.

Parfois davantage désinhibés en vieillissant, des résidents d'EMS peuvent se montrer plus homophobes qu'ils ont pu l’être autrefois. Quant au personnel, il manque souvent de formation adéquate, estime la fondation Emergence. Résultat, par peur d'être jugée, la population LGBT tend à éprouver de la méfiance envers les professionnels de la santé et du social. «Cela renforce leur isolement du fait de liens rompus avec la famille, d'absence d'enfants et/ou de partenaire, note Julien Rougerie. Les parcours chaotiques et traumatisants vécus par certains ne s'évaporent pas avec les années. Ne pas pouvoir partager leur expérience de vie pousse certains à s’en réinventer une autre.»

Du domaine privé

Car, selon ce charismatique spécialiste québécois, les institutions pour personnes âgées répondent trop souvent: «Nous n'avons pas de personnes LGBT chez nous ou on ne s'occupe pas de ce qui se passe dans les chambres... c'est du domaine privé! Ici on traite tout le monde de la même façon.» Or, estime Julien Rougerie, des accompagnements devraient être développés en fonction des parcours de vie: «Il ne faut pas confondre égalité et équité! Quand on travaille dans les soins, on devrait savoir que tout le monde n'est pas pareil. Les personnes LGBT sont plus vulnérables, même si des études montrent aussi les bons côtés de l’adversité qu’elles ont dû affronter. Cela leur permet d'être mieux armés face à la vieillesse.»

Soutenue par le gouvernement du Québec et la Ville de Montréal, la fondation Emergence forme 1500 intervenants par année, dont des proches aidants, afin qu'ils adaptent leur pratique pour permettre aux seniors LGBT de vivre le plus librement possible.

Fini les mensonges

«Pendant des années, je refaisais le tour des endroits où j'étais passée pour être sûr de ne pas avoir oublié de bijoux», relate Carole, une trans de 70 ans, dans une vidéo pleine de tendresse et d'humour accompagnant les formations d’Emergence. Cette pétillante Québécoise, ex-cadre dans une grosse entreprise, est heureuse aujourd'hui de plus avoir à se cacher: «Fini les mensonges et les gros coups de stress...»

Une situation néfaste à la santé, observe Joe Ducharme, du Centre de recherche et d’expertise en gérontologie sociale de Montréal. Invitée, elle aussi, par l’association 360, l’experte a mis en avant les bienfaits de la marginalité positive pour favoriser la résilience et le bien-être: «Grâce à des stratégies d'adaptation, on apprend à rester vague sur sa vie privée. Et puis en se créant des famille de choix, qui savent qui on est vraiment, on se sent en confiance et plus en sécurité.»

Pas d’EMS ghetto

Une forme de sérénité liée aux relations humaines comme celle à laquelle nous aspirons tous. Les souhaits des seniors LGBT ne sont d'ailleurs guère différents des personnes âgées en général, comme l'avance une récente enquête présentée par Max Krieg et Urs Sager, de la commission seniors de Pink Cross, association faîtière des organisations gays en Suisse: «Ils aspirent à être respectés, bien soignés, à bien manger et à vivre avec leur chien s’ils en ont un.»

Ils ne rêvent pas tous, de loin pas même, à finir leurs jours dans un EMS arc-en-ciel. «On en discute, mais au Quebec cela ne fait pas consensus», confirme Julien Rougerie. En résumé, non au ghettos, mais oui à des accompagnements inclusifs et bienveillants pour conserver sa place. Et la paix intérieure, conclut Carole: «Je n'ai pas vécu ma vie comme je l'ai voulu, mais je mourrai comme je l'ai voulu.»

Créé: 05.02.2020, 20h11

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