L'homme qui veut faire rayonner l’Italie à Genève

Bernardino FantiniLe professeur Bernardino Fantini est le nouveau président de la Società Dante Alighieri. Parcours d’un Italien atypique.

Bernardino Fantini dans les locaux de la Società Dante Alighieri, à la rue du Perron.

Bernardino Fantini dans les locaux de la Società Dante Alighieri, à la rue du Perron. Image: FRANK MENTHA

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Année 1968, non loin du village de Nepi, niché dans les collines romaines. Un vent de liberté souffle sur les oliviers et la tignasse de Bernardino Fantini. Au volant de sa Fiat 500 blanche, l’étudiant en biochimie emmène, pour une escapade amoureuse, celle qui deviendra un jour sa femme et lui donnera trois enfants.

À l’époque, entre baisers ardents et révoltes estudiantines, ce fils de menuisier n’imagine pas qu’il embrassera une grande carrière académique qui le mènera à l’Université La Sapienza à Rome, à la Sorbonne et à l’Institut Pasteur à Paris pour finir professeur d’histoire de la médecine et de la santé à Genève. Cette année, ce retraité de 72 ans a été nommé nouveau président de la Società Dante Alighieri, qui promeut la langue et la culture italiennes.

Maison près de la fontaine

C’est en Vieille-Ville, à la rue du Perron, dans les locaux de cette prestigieuse société de culture et de langue italiennes, que cet amateur de musique nous reçoit. De l’extérieur, on distingue à peine l’enseigne de ce petit coin d’Italie rythmé par le clapotis de l’eau d’une fontaine: «Les rues de mon village étaient pavées et entourées de remparts comme ici, avec un château qui appartenait aux Borgia», sourit-il, encerclé par des murs tapissés de vieux livres.

«L’Italie à l’âge de pierre» côtoie «Les chroniques du royaume d’Italie» sous les regards sévères de différents bustes de Dante et un bureau en marbre noir. Dans ce décor austère, Bernardino Fantini débroussaille dans ses souvenirs d’enfance: «Dans la famille, nous sommes trois frères. L’un a repris la menuiserie de mon père, l’autre est devenu agent municipal. Je suis le seul à avoir fait des études, à m’accrocher aux bouquins. Au fond, j’ai toujours eu la tête dure.»

Au fil de son récit, il égrène ses succès en évoquant souvent une bonne étoile et des rencontres bienveillantes: «J’ai eu de la chance, dit-il sans cesse. Je n’étais pas un manuel même pour les expériences, je ne savais pas manipuler les éprouvettes…» Fausse modestie? Il s’en défend et reprend le fil de son récit: «Au lycée, où je jouais un peu au rugby («Je ne suis pas un Italien typique»), les profs nous encourageaient à débattre, à nous positionner en politique, à être curieux de tout.» Il rend hommage notamment à un enseignant d’italien et de latin féru, comme par hasard, de… Dante.

À l’université, les débats se poursuivent dans la foulée de Mai 68: «Je collaborais pour des revues de gauche dans le cadre des pages scientifiques.» En 1973, il organise un colloque sur les nouvelles technologies de l’information, sous la direction d’un professeur novateur qui n’est autre que le frère du leader historique du Parti communiste italien Enrico Berlinguer. Durant sa spécialisation en histoire et philosophie de la médecine, à Milan, Bernardino Fantini profite, entre deux examens, de nourrir son amour du chant à la Scala: «C’est mon père qui m’a initié à l’opéra.»

Voir Naples et partir

Dès 1976, il se rend régulièrement à Naples, dans la prestigieuse Stazione Zoologica, pour travailler dans une revue scientifique. Là, un professeur français, Mirko Grmek, l’encourage à «monter à Paris». Il y rédigera sous sa direction une thèse sur la malaria en Italie et travaillera à la mise en place du Service d’archives de l’Institut Pasteur. Son profil séduira l’Université de Genève, qui met au concours, à la fin de 1989, un poste pour créer une chaire et un institut d’histoire de la médecine: «D’autres candidats avaient peut-être plus de titres que moi, mais à Paris j’avais développé des compétences d’organisation.»

C’est dans une vieille villa, au chemin Thury, à Champel, que l’institut prend forme au début des années 90. La femme et les enfants de Bernardino Fantini déménagent en Suisse: «Rita m’a toujours soutenu dans mes choix et accompagné dans mes pérégrinations. Elle et les enfants étaient enthousiastes à l’idée d’aller vivre en Suisse. Aujourd’hui, ma fille aînée travaille au rectorat, mon fils à l’État de Genève et la dernière, après un master de chant, termine son master de musicologie.»

Et la Società Dante Alighieri dans tout cela? L’ambition du nouveau président est d’ancrer cette vénérable institution dans la vie genevoise: «La Dante organise depuis 1906 des cours d’italien pour adultes, mais la société, qui vit de dons et de cotisations, passe pour être un cercle trop fermé. J’essaie de changer cela depuis ma venue.» Comment? «En ouvrant au public le plus large nos activités pour la promotion de la langue et de la culture italiennes et leur intégration dans la culture locale. Cela implique d’aller chercher des nouveaux moyens auprès de fondations genevoises afin de développer des projets plus ambitieux. Nous collaborons par exemple avec le Théâtre du Grütli ou le Cinélux. Ainsi, lorsqu’une pièce ou un film italien est à l’affiche, nous invitons les acteurs et le réalisateur pour un débat.»

Ce n’est pas tout, dit-il, en regardant sa montre: «J’ai rendez-vous avec un musicien qui va créer une œuvre en vue des 700 ans de la mort de Dante. Dante est le premier poète universel, «La Divina Commedia» représente le fondement culturel de l’Occident.»

Que reste-il des idéaux?

Féru de lecture, ce retraité, qui visite souvent les villes européennes en fonction de leurs événements lyriques, assure ne rien avoir perdu de ses idéaux de jeunesse: «Je continue à y croire en contribuant à mon engagement dans la société et en faisant la promotion de la culture.» Peu attaché aux choses matérielles, dit-il, il précise avoir acheté 9000 fr. une Mercedes d’occasion et que sa femme a craqué pour… une Fiat 500. «Blanche, comme celle de 68!»

Créé: 11.09.2019, 06h42

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