Hold-up de Chavornay: la version des Genevois

AuditionsArrêtés en mai, trois détenus genevois sont suspectés d’avoir pris part à l’organisation du hold-up. Auditions cette semaine.

Le hold-up a eu lieu dans la soirée du 8 février 2018 dans ce parking jouxtant l’autoroute, à Chavornay.

Le hold-up a eu lieu dans la soirée du 8 février 2018 dans ce parking jouxtant l’autoroute, à Chavornay. Image: JEAN-PAUL GUINNARD

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Du neuf du côté des suspects genevois arrêtés en mai dans le cadre de l’enquête sur le braquage de Chavornay (VD) en février 2018. Selon nos renseignements, des auditions de suspects sont prévues cette semaine.

L’un d’eux a d’emblée fait parler de lui au lendemain de son interpellation puisqu’il s’agit de l’ex-dirigeant du bar Escobar. Rappelons que, plaignant dans l’affaire Maudet, il avait déclaré avoir versé 5000 fr. pour le sondage sur le conseiller d’État (notre édition du 31 mai).

Parmi les deux autres régionaux de l’étape figure Gérard*, un entrepreneur suisse d’une trentaine d’années, détenu aujourd’hui à Champ-Dollon. Défendu depuis un mois par Me Benjamin Grumbach, cet entrepreneur, qui dirige un garage dans le canton, a déposé, à la fin de juin, une demande de mise en liberté.

Pour tenter de comprendre ce qui est reproché aux suspects genevois, revenons sur ce hold-up. Le 8 février 2018, deux convoyeurs de fonds transportent en soirée des millions de francs dans un fourgon. «28,5 millions en liquide», précise Me Grumbach. «On avoisine plutôt les 25 millions», estime un autre avocat de la défense Me Hervé Dutoit. Quoi qu’il en soit, la somme est coquette. Soudain, le téléphone de l’un des agents sonne. Une voix menaçante lui annonce que sa fille, vivant en France voisine, a été enlevée. Il est donc sommé d’aller se parquer sur une aire de repos de l’autoroute. Il est 20 h 10 quand les deux agents se retrouvent sur un parking de Chavornay. Un 4x4 surgit. En sort une poignée de braqueurs qui empoche le cash avant de disparaître.

Un ami d’enfance

Les convoyeurs appellent ensuite la police, qui les entend comme victimes. Mais au fil de l’enquête, l’un d’eux se retrouve suspecté d’être de mèche avec les malfrats: «Il a raconté en audience qu’un des braqueurs, avant de quitter l’aire de repos, lui a remis un sac et lui a demandé d’aller le cacher dans un bois environnant», note Me Grumbach. À l’intérieur du sac se trouvaient quelque 600 000 fr. En raison de ces faits reprochés, l’un des convoyeurs se retrouve désormais dans le collimateur de la justice. Par la suite, les enquêteurs reçoivent des informations d’une source anonyme qui les mène sur la piste de cinq personnes, à savoir les trois Genevois et deux Français, dont un braqueur armé d’une kalachnikov.

Filatures, écoutes téléphoniques… de fil en aiguille, la police interpellera, notamment, quatre de ces cinq personnes le 14 mai en Suisse et en France. À ce jour, l’homme à la kalachnikov n’a pas été appréhendé.

L’entrepreneur passera deux semaines dans les violons de la Blécherette (VD), dénonce Me Grumbach: «Avec la lumière allumée 24 heures sur 24 et sans aucune fenêtre. Ce traitement inhumain est une honte pour notre système juridique.» Le prévenu sera ensuite conduit dans une prison vaudoise puis genevoise. «Son fils a fêté son 1er anniversaire pendant son emprisonnement», note son défenseur, qui plaide l’innocence de son client: «Il a un garage qu’il a pu monter grâce aux emprunts bancaires contractés par sa sœur et sa femme. Il n’a pas d’antécédents. Les quatre autres prévenus arrêtés excluent son implication. Ils le qualifient comme quelqu’un de discret et bosseur, qui ne trempe pas dans ce genre d’affaire.»

Il est vrai que Gérard les connaît tous, note son avocat. L’un d’eux est un ami d’enfance. Ils ont travaillé ensemble durant une période. Le convoyeur et le braqueur à la kalachnikov ont été ses clients en 2015 et 2016, lorsque Gérard louait des voitures. La défense affirme qu’il a remis aux enquêteurs les photos de leurs cartes d’identité qu’il avait faites lors du contrat de location: «Rien de plus. Le fait de connaître les autres prévenus n’est de loin pas suffisant pour faire de lui un suspect dans cette affaire!»

Un appel au convoyeur

Il faut dire que quelques jours après le brigandage, Gérard a tenté de joindre par téléphone le convoyeur aujourd’hui prévenu. Il lui demandait de ses nouvelles après avoir appris qu’il avait été braqué puis licencié. «Et alors […] s’il était mêlé dans cette histoire, vous pensez qu’il aurait appelé puis envoyé un SMS à cette connaissance pour prendre de ses nouvelles?»

Il n’empêche: invoquant notamment les besoins de l’enquête et le risque de collusion, le Tribunal des mesures de contrainte a prolongé d’un mois sa détention, en juin. «Il n’y a pas d’ADN de mon client retrouvé à Chavornay, la perquisition chez lui n’a rien donné.»

À noter que la majorité du butin a disparu dans la nature… Seuls deux millions ont été retrouvés, dans le jardin d’un ami de l’un des prévenus, en France voisine.

* Prénom d’emprunt

Créé: 09.07.2019, 06h46

«Ils en savent plus»

Avocate de l’ex-gérant de l’Escobar, Me Laurence Piquerez précise que son client conteste toute implication dans ce hold-up: «Il n’était pas en Suisse le jour des faits. Son interpellation repose, à ma connaissance du dossier, uniquement sur les déclarations d’un informateur anonyme. À part le fait qu’il connaît les personnes impliquées, l’accusation ne repose pour l’instant sur rien.» Me Grumbach, l’avocat du deuxième prévenu genevois, ne dit pas autre chose.

Quant au défenseur du troisième prévenu genevois, Me Hervé Dutoit, il révèle que son mandant sous-louait un local à l’ex-gérant de l’Escobar: «Il a été arrêté en raison de ce lien. Il n’a jamais fréquenté les autres prévenus. Les autorités d’enquête pensent qu’il serait intervenu sur le plan logistique et des mises en contact, alors qu’aucun élément de preuve matériel ni personne ne l’implique formellement dans l’organisation, la préparation ou la commission du braquage.»

Pour l’avocat lausannois, «après près d’une année et demie d’enquête, ces soupçons résultent d’imputations de comportement de tiers et de suppositions qui ne constituent pas des soupçons suffisants pouvant justifier un maintien en détention provisoire. Mon client dispose uniquement du passeport suisse. Il a grandi, travaille et vit à Genève avec l’ensemble de sa famille. Il conteste toute implication. Ce braquage est essentiellement le fait de délinquants de la région lyonnaise, avec lesquels il n’a aucun lien.»

Mes Laurent Moreillon et Christoph Loetscher, avocats de l’entreprise de sécurité, ne souhaitent pas apporter de commentaire au sujet du montant du butin. En revanche, s’agissant de l’implication des prévenus incarcérés, ils concluent: «Nous estimons qu’il y a des éléments au dossier laissant présager qu’«ils en savent plus qu’ils n’en disent sur le braquage. À notre sens, leur mise en détention n’a rien de choquant et se justifie dans le souci d’établir la vérité judiciaire et d’éviter tout risque de collusion.»

F.M.

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