«L'histoire suisse est parfois sacrifiée par manque de temps»

EducationUne pétition veut plus d’histoire nationale à l’école. Des maîtres avouent manquer de temps pour aborder le passé suisse

De leurs années d’histoire suisse au cycle, les élèves semblent avoir retenu deux notions: l’Escalade et Guillaume Tell.

De leurs années d’histoire suisse au cycle, les élèves semblent avoir retenu deux notions: l’Escalade et Guillaume Tell. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Que fête-t-on le 1er août? Qu’est-ce que la Réforme? Et les fonds en déshérence? Les jeunes Genevois devraient pouvoir répondre à ces questions. Car le Plan d’étude romand (PER) — qui décrit ce que les élèves doivent apprendre durant la scolarité obligatoire — stipule que le cours d’histoire doit englober des thématiques nationales, voire locales. Mais en pratique, les professeurs font parfois l’impasse sur cette dimension suisse. Et cela conduit à une connaissance arbitraire de notre passé, soutient Stefan Gisselbaek. Cet étudiant en droit déplore n’avoir reçu d’enseignement cohérent sur l’histoire suisse qu’une fois à l’Université. Or, «connaître le passé de son pays et le fonctionnement des institutions est indispensable pour exercer ses droits politiques!»

Il a donc lancé une pétition réclamant un enseignement chronologique et factuel de l’histoire suisse, au lieu d’un «saupoudrage». Ce texte (P1912A) a été discuté vendredi au Grand Conseil et mené à un clivage gauche-droite, avant d’être finalement renvoyé au Conseil d’Etat. Tour d’horizon de la place de l’histoire suisse à l’école.

Au bon vouloir du maître

Au primaire et au cycle, l’enseignement de l’histoire est découpé selon des bornes chronologiques, rattachées à des thèmes-clés qui doivent être abordés «en prenant en compte l’histoire régionale, nationale et mondiale».

Le PER propose — mais n’impose pas — des thèmes locaux et nationaux à relier aux grandes périodes. Pour la 10e année du Cycle par exemple, qui couvre la Renaissance à 1914, il invite à aborder la Réforme à Genève ou les institutions suisses. Entre autres. Voilà qui fait sourire le député PLR Jean Romain, rapporteur de majorité de la pétition: «Mais ce n’est pas parce ces mentions figurent dans le plan d’études qu’elles sont appliquées! L’ambition du PER est démesurée, les maîtres ne peuvent pas tout faire et font donc des choix. Selon leur sélection, certains éviteront l’histoire suisse. Or, il faut que tous les élèves aient un minimum de connaissances sur le passé de leur pays!»

Impossible de tout faire: Raphaël Fornallaz, maître d’histoire au Cycle, rejoint le député sur ce point. «On a peu d’heures de cours [ndlr 2 h par semaine], alors par manque de temps, on fait parfois l’impasse sur l’histoire nationale, c’est une histoire sacrifiée.» Il ajoute: «En 9e année, on couvre l’Antiquité et le Moyen Age, c’est énorme! Sans compter qu’on doit désormais consacrer près d’un tiers de nos cours à l’introduction aux Grands Textes…» Ce professeur ne fait pas pour autant l’impasse sur l’histoire nationale. Mais il le reconnaît: «On pourrait en faire plus, je comprends l’argument des pétitionnaires. Toutefois, ça demande de temps, il nous faudrait une heure de plus!»

Au collège aussi, les enseignants sont censés faire des liens avec le passé national. «L’histoire suisse est présente dans chaque plan d’études cantonal, indique Chantal Andenmatten, directrice du Service enseignement et formation pour le postobligatoire. Il revient aux enseignants de répondre aux exigences de ces plans en usant toutefois de leur liberté de choix pédagogique.»

Chacun choisit donc les thèmes qui l’intéressent et utilise des «séquences pédagogiques» — il n’existe plus de manuel d’histoire à Genève depuis des dizaines d’années excepté au primaire — pour élaborer son cours. «Quand il s’agit d’introduire la Deuxième Guerre mondiale, j’en profite pour évoquer le rôle de la Suisse, la question des réfugiés juifs, la polémique sur les fonds en déshérence, notamment, indique Bernadette Gaspoz, enseignante au Collège de Saussure. Nous abordons tous l’histoire nationale, à travers des angles différents. Il n’y a pas d’élèves qui sortent du Collège sans en avoir parlé!»

Fixer des incontournables?

Pourquoi ne pas fixer des «incontournables suisses» que chaque maître devrait aborder? «Ce serait contre-productif! répond Nathalie Leutwyler, directrice de Rousseau et responsable pour le Collège de Genève de l’enseignement de l’histoire. Quand on aborde un sujet, il faut pouvoir lui donner un sens, susciter le questionnement. Si l’élève se contente d’ingurgiter des faits, sans mise en relation avec les enjeux globaux, il ne retiendra rien!»

Cathy Speck, présidente du groupe d’histoire et citoyenneté au Cycle, renchérit: «Comment choisir ces «incontournables»? Ce serait arbitraire et ça engendrerait des problèmes éthiques. Et on peut s’interroger: un élève est-il un «meilleur citoyen» s’il sait ce qu’est le Grütli?» (TDG)

Créé: 24.02.2015, 19h55

Articles en relation

Une pétition demande que l'histoire suisse soit mieux enseignée à l'école

Éducation Le Nouvelle Société helvétique et un étudiant réclament un véritable cours sur l'histoire nationale, au lieu d'un «saupoudrage arbitraire» Plus...

Revivez la Grande Guerre en couleur

Histoire Des passionnés ont passé des clichés du premier conflit mondial au filtre informatique et colorisé les tranchées. Le résultat est poignant. Plus...

Les bornes-frontière franco-genevoises partent comme des petits pains

Histoire Deux mois à peine après le lancement de l’opération parrainage, trois quarts des 453 repères ont trouvé «preneur». Plus...

Du côté des élèves

«Des gars ont signé un truc pour faire la Suisse»

Que savent les jeunes Genevois de l’histoire de Genève et de la Suisse? Sondage express, et non exhaustif, à la sortie d’un Collège.

Pouvez-vous citer un événement de l’histoire suisse que vous avez étudié à l’école? Katharina, 15 ans, réfléchit avant de s’illuminer: «Je me rappelle qu’au cycle, on a parlé de Guillaume Tell et de l’Escalade! Mais c’est tout…» Maxime et Marc, également en première année, se souviennent aussi de Guillaume Tell «et de l’histoire des cantons, mais on a étudié ça en cours d’allemand!»
Marie, 17 ans, en deuxième année, a l’impression de connaître mieux l’histoire de la France que celle de la Suisse. «Pourtant, ça serait plus intéressant de mieux connaître le pays où on habite!»

Autre question: que fête-t-on le 1er août? «C’est l’occasion de faire un brunch! rigole Denis, en première année. Plus sérieusement, c’est la fête nationale.» C’est-à-dire? «Des gars ont signé un truc pour faire la Suisse.» «C’est la fête nationale, trois cantons ont signé un pacte, Uri, Schwytz et Unterwald» répond Amanda, en deuxième année.

Et la Réforme, c’est quoi? «C’est en lien avec les protestants, Calvin et le mur des Réformateurs», poursuit la jeune fille. Un autre élève de 2e année a beau réfléchir, ça ne lui revient pas, «je sais plus trop, ils en parlent tout le temps à la radio pourtant…» Giulia et Tyler, 19 ans, en troisième année, sèchent aussi. Mais la jeune fille précise: «Ça ne veut pas dire qu’on ne parle jamais d’histoire suisse en cours. Par exemple, cette année on évoque le rôle de la Suisse pendant la Deuxième Guerre mondiale. Mais on fait un survol, il faudrait en parler plus, surtout pour connaître l’histoire basique de notre pays.» Gabriel, 15 ans, tient aussi à nuancer: «On a appris des choses sur la Suisse mais c’était un peu vite fait et du coup, on les a oubliées…» Prenons alors un exemple plus actuel.

Depuis plus d’un an, Genève célèbre le Bicentenaire. 1815, une idée? Chou blanc. Sur quinze interrogés. Qui est le président de la Suisse? Encore du blanc. «Ah si, Burkhalter?» «Mais bon, il faut dire que ça change chaque année! relève Giulia. Et le président de la Suisse n’a pas vraiment de rôle important, c’est pas comme Obama ou Hollande.»

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Bruxelles veut que ses frontaliers chôment en Suisse
Plus...