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Hani Ramadan expulsé de France

Le directeur du Centre islamique de Genève menacerait l’ordre public dans l’Hexagone. Il s’en défend.

Hani Ramadan a répondu aux autorités françaises dans une lettre de cinq pages.
Hani Ramadan a répondu aux autorités françaises dans une lettre de cinq pages.
Georges Cabrera

Hani Ramadan s’est fait expulser de France et a été ramené vers la Suisse. Le directeur du Centre islamique de Genève a été interpellé à Colmar samedi, où il participait à une conférence, selon un communiqué du Ministère français de l’intérieur. L’islamologue controversé fait l’objet d’une interdiction administrative du territoire français depuis vendredi.

«Hani Ramadan est connu pour avoir dans le passé adopté un comportement et tenu des propos faisant peser une menace grave sur l’ordre public sur le sol français», justifient les autorités françaises. «Le Ministère de l’intérieur et les forces de l’ordre sont pleinement mobilisés et continueront de lutter sans relâche contre l’extrémisme et la radicalisation», indique Matthias Fekl, ministre de l’Intérieur français, dans le communiqué.

Conférences annulées

Hani Ramadan est le frère de l’universitaire Tariq Ramadan et petit-fils du fondateur des Frères musulmans égyptiens. Ces derniers mois, plusieurs de ses conférences ont été annulées en France, notamment pour possible «trouble à l’ordre public», en septembre à Nîmes, en octobre au Havre, puis en février à Roubaix. L’homme adore les conférences, il en prévoit d’ailleurs encore une aux Eaux-Vives ce mardi.

L’ancien étudiant de l’Université de Genève a régulièrement fait couler l’encre depuis qu’il a publié une tribune dans Le Monde en 2002 sur la lapidation des femmes (lire ci-contre). Pendant quatre ans, et jusqu'en février dernier, il a été président de l’Union des organisations musulmanes de Genève (UOMG).

Que pense-t-on de cette expulsion au sein de la communauté musulmane? Contacté, le nouveau président de l’UOMG était inatteignable hier pour répondre à cette question. Montassar BenMrad, président de la Fédération des organisations islamiques de Suisse, ne répondait pas non plus.

Et le Canton? Les services du conseiller d’Etat en charge de la Sécurité indiquent que Pierre Maudet «ne se prononcera pas sur un dossier de compétence confédérale» tout en précisant que cette expulsion fait suite «à une décision française motivée par la protection de l’ordre et la sécurité publique et non pas à cause des menaces à la sécurité intérieure».

«En général, on ne s’exprime pas sur des cas particuliers. Chaque pays est obligé de reprendre ses citoyens si un autre pays les expulse», indique de son côté Lulzana Musliu, porte-parole de l’Office fédéral de la police.

Décision politique?

Dans une réponse de cinq pages au ministre français de l’Intérieur envoyée dimanche soir aux médias, Hani Ramadan nie menacer l’ordre public mais dit défendre «le dialogue des civilisations fondé sur le respect». Il annonce aussi qu’il va «bien entendu faire opposition à cette décision (ndlr: l’expulsion)». A ses yeux, elle est «injustifiée».

Selon nos sources, la décision de la France est davantage politique que liée à de nouveaux éléments sur Hani Ramadan. Le climat de l’autre côté de la frontière est tendu, suite à une série d’attentats meurtriers, revendiqués par des organisations islamistes.

Beaucoup soupçonnent le gouvernement socialiste, en mauvaise posture à la veille de l’élection présidentielle, de ne pas avoir choisi par hasard d’interdire maintenant cet habitué de la France de fouler son territoire.

Vagues de réactions

Sur les réseaux, son expulsion est âprement commentée. «Des Hani Ramadan, il y en a des dizaines en France», a twitté Marion Maréchal-Le Pen. D’autres le défendent volontiers.

Esther Benbassa, la sénatrice verte du Val de Marne (grande banlieue parisienne) qui a signé le dernier rapport parlementaire sur la déradicalisation en France, ne mâche pas non plus ses mots. «Dans un contexte où les jeunes manquent de repères, ce qui engendre un retour vers le religieux, souvent calme et serein, on peut tout à fait imaginer que des personnalités de ce genre ne soient plus tolérées», souligne-t-elle.

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