La Halte de nuit ferme sur un succès qui ne demande qu’à se pérenniser

PrécaritéCette structure d’accueil nocturne a fait ses preuves, aux Pâquis hier comme aujourd’hui aux Acacias. Premier bilan et projet à venir.

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Pour sa dernière semaine d’exploitation estivale, elle a changé d’adresse en disant où elle allait. Une fugue annoncée, d’une rive à l’autre, du cœur des Pâquis à celui des Acacias. Des flyers en trois langues, distribués aux bénéficiaires, scotchés sur les murs des lieux d’accueil, renseignent sur cette délocalisation sur sept jours, sans changer d’horaire, de 22h30 à 6h30 du matin.

«Chers amis, dear friends, queridos amigos: du 25 juin au 3 juillet, la Halte de nuit aura lieu dans les locaux du C.A.R.E, au 13, rue du Grand-Bureau.» Message reçu. Le bouche-à-oreille de la rue se charge de diffuser le bon plan nocturne. Il reste unique est sans concurrence. Les gens ont suivi. On retrouve des têtes connues, on en découvre de nouvelles. La dynamique nécessiteuse se perpétue: d’abord manger, ensuite dormir, dans un espace qui, mieux encore que le temple des Pâquis, a su rapidement se mettre en mode dortoir improvisé.

Petit coin sommeil

Se réinventer au gré des usages quotidiens, l’endroit géré par Caritas sait faire cela depuis longtemps. De la salle, spacieuse, à la scène, éclairée avec douceur, un petit coin sommeil a été aménagé pour les dormeurs de l’après-midi, baptisé joliment «siestathèque» par l’un d’eux. Il suffisait en somme de basculer dans la nuit les bonnes habitudes de la journée. Le C.A.R.E découvre à son tour une forme de continuité organique dans l’accueil qui renforce la dimension sociale de l’endroit, exactement comme ce fut le cas au Temple des Pâquis. Accueil inconditionnel, de jour comme de nuit.

Donc oui, la Halte de nuit exporte localement son succès. Ils sont une centaine à se partager un vrai repas du soir, à l’heure des prolongations et des tirs au but, pour rester dans l’actualité sportive, avant d’empiler les chaises et de s’allonger sous les tables du réfectoire. «Les gens se font leur vie, s’organisent entre eux, s’aménagent des cabanes avec le mobilier à disposition», raconte Laura, 25 ans, travailleuse sociale au sein de l’équipe du C.A.R.E. La voici oeuvrant avec des confrères venus de l’autre rive, assimilés comme des vrais collègues: les veilles actives rapprochent les savoir-faire, la solidarité effective se décline à tous les niveaux.

Concret et fédérateur

«C’est génial de se retrouver sur un projet commun. C’est concret et fédérateur, la Halte, lance la jeune femme enthousiaste. D’ordinaire, on se croise juste dans les réunions. On a beau avoir le même public et appartenir au même réseau, on travaille en silo, dans une forme de cloisonnement qui éloigne du terrain.»

Terrain commun désormais, concrètement investi. L’écho professionnel de ce projet pilote est visiblement positif. Laura le résume avec les mots du besoin. « Avant, face à une personne sans ressources, arrivée au bout de ses hébergements de fortune, contrainte de retourner dans la rue, c’était terrible, on n’avait rien à lui proposer, aucune adresse de repli vers laquelle l’orienter.»

Sésame humanitaire

Mine de rien, en trois petits mois, ce sésame humanitaire a fait son chemin, tous les services de l’urgence sociale, de la Ville comme du Canton, l’utilisent; il figure en bonne place dans le vocabulaire des unités mobiles appelées à intervenir à tout moment, il revient régulièrement dans la bouche des îlotiers des postes de police.

Cet élan réel, les initiateurs de la Halte de nuit entendent bien l’utiliser pour pérenniser un projet qui, à leurs yeux, ne doit pas rester pilote. On ferme mardi prochain à l’aube pour mieux rouvrir en septembre. C’est le souhait notamment de Valérie Spagna, directrice à l’Accueil de nuit (ADN) de l’Armée du Salut. «Fin Septembre, le froid revient, on commence à nouveau à refuser du monde à Galiffe, souligne-t-elle. Il n’y a aucun lieu ouvert le soir, les abris PC ne seront pas en service avant novembre au plus tôt. La dernière nuit au temple des Pâquis a été révélatrice. Nos équipes ont reçu des mots touchants, des remerciements et beaucoup de messages d’inquiétude aussi. Sur les 100 personnes et plus qui ont chaque nuit profité de la Halte depuis Pâques, la majorité ne savent pas où aller cet été. L’utilité publique du lieu est indiscutable.»

Porte-parole désignée de cet élan collectif qui réveille les bonnes énergies, en allant au contact des gens qui n’ont plus rien, sinon la rue pour survivre, Valérie poursuit: «Dans un futur proche, nous aimerions ouvrir deux Haltes, l’une pour les hommes, une autre pour les femmes. L’expérience démontre que ces dernières n’osent pas intégrer le dispositif. Or, elles existent, dans leur précarité et leur détresse. Récemment, l’une d’elles s’est présentée aux Urgences hospitalières. Elle était épuisée, après avoir marché toute la nuit dans la ville, de peur de se poser.»

Revendication commune

Le projet à venir, né de l’expérience récente, est d’ores et déjà porté par plusieurs associations de la place. Les forces s’unissent, les moyens existants – lieux et compétences - se mutualisent, sur fond de revendication commune, comme ce fut le cas en 2013 au moment de la publication du manifeste sur la Genève escamotée.

Des axes prioritaires, en matière d’accueil famille et de repas du soir notamment, vont être soumis à nos autorités, aux communes comme au Canton, dans les semaines qui viennent. La Halte de nuit en fait partie. Comme la nécessité d’une domiciliation, une poste restante officielle si l’on veut, afin de permettre à ceux qui n’ont pas d’adresse de soutenir leurs démarches administratives. Sans travail, sans toit, certes, mais vivant dans notre ville sans plus devoir errer et se cacher la nuit. (TDG)

Créé: 29.06.2018, 13h44

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