Ils guettent le passage des oiseaux migrateurs

NatureDes passionnés se relaient pendant quatre mois au défilé de l’Écluse pour compter les oiseaux qui migrent vers le sud.

Dans le cadre de l’opération «Tête en l’air», deux «spotters» sont payés par des sociétés ornithologiques pour suivre le passage des migrateurs de juillet à octobre au défilé de l’Écluse.

Dans le cadre de l’opération «Tête en l’air», deux «spotters» sont payés par des sociétés ornithologiques pour suivre le passage des migrateurs de juillet à octobre au défilé de l’Écluse. Image: Lucien FORTUNATI

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Pendant que vous discutez avec ces férus d’ornithologie, leur regard se perd dans le lointain, scrutant l’horizon à la recherche d’oiseaux migrateurs. Soudain, quelqu’un s’écrie: «Là, une bondrée apivore!» Ce rapace, après avoir passé l’été en Europe et en Russie, entame un long voyage pour aller hiverner en Afrique subsaharienne. Sa présence dans le ciel franco-genevois est aussitôt consignée sur une tablette informatique.

Dans le cadre de l’opération «Tête en l’air», deux «spotters» sont payés par des sociétés ornithologiques pour suivre le passage des migrateurs de juillet à octobre au défilé de l’Écluse. Ils assurent une présence sept jours sur sept à un point d’observation situé sur la commune haut-savoyarde de Chevrier. Des bénévoles venus de Suisse et de France se relaient à leurs côtés pour compter les bêtes à plumes.

Le lieu est stratégique. À la sortie du bassin genevois et du plateau suisse, ce défilé constitue une sorte d’entonnoir entre les Alpes et le Jura, où se concentrent les oiseaux migrant vers le sud. Rapaces, cigognes, cormorans: le suivi se focalise surtout sur les grands oiseaux, qui s’en vont à tour de rôle sous d’autres cieux.

La saison de la migration a été lancée il y a plus d’un mois par le milan noir (plus de 9000 individus recensés) et le martinet noir (plus de 16 000). Les cigognes (déjà 973 individus observés) et le milan royal – dont c’est l’un des principaux points de passage en Europe occidentale – ont pris le relais. Des espèces plus rares ont aussi été vues, comme le busard cendré, la guifette noire ou la sterne caspienne. En tout, plus de 80 espèces peuvent être vues ici à cette saison.

Le gros des migrations se concentre sur le mois de septembre, mais en cette fin d’août, c’est plutôt calme. «Certains jours, nous ne voyons qu’un ou deux rapaces, raconte le président du Groupe ornithologique du bassin genevois (GOBG), Cédric Pochelon. Et à l’opposé, il est arrivé une fois que 2900 bondrées soient recensées ici en une seule journée.»

Ce jour-là, ils sont sept passionnés à scruter religieusement le ciel avec leurs jumelles, assis dans des chaises pliantes, le nez en l’air. Afin d’éviter de compter deux fois le même oiseau, chaque observation est signalée à haute voix. Des éléments du paysage — la carrière, le Reculet, les six peupliers, le village de Challex, etc. — servent de repères pour permettre à Louis Félix, le spotter de service, de localiser le volatile en question et de vérifier qu’il n’a pas déjà été recensé. «Quand quelqu’un trouve un oiseau, nous suivons son parcours pour nous assurer qu’il s’agit bien d’un migrateur, explique cet Ardéchois, qui passe quatre mois sur place. Je n’ai jamais vu autant de milans et de bondrées qu’ici!»

Certains viennent de loin, à l’instar d’Olivier et Coralie, qui habitent dans le département français du Nord. «Nous sommes en vacances dans la région et comme nous avons un guide qui référence les meilleurs sites d’observation des oiseaux en Europe, nous sommes venus ici pour l’après-midi», confie Olivier. L’appui de ces bénévoles est le bienvenu pour Louis Félix: «Il y a des jours où je suis tout seul et il où il n’y a presque pas d’oiseaux qui passent. Vu que je dois rester de huit heures du matin à 18 heures, ça peut être long…»

Ce sont des naturalistes genevois qui, les premiers, ont commencé à venir ici pour observer la migration automnale (ou postnuptiale) dès la fin des années 40. Depuis 2008, ce suivi est assuré par la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) de Haute-Savoie, à laquelle se joint pour la troisième année consécutive le GOBG.

Le Département de la Haute-Savoie et la Station ornithologique suisse contribuent au financement du suivi. «Grâce au soutien de la Suisse, nous avons pu engager deux spotters salariés, ce qui nous permet d’assurer un suivi plus efficace, se réjouit Jean-Pierre Matérac, président de la LPO Haute-Savoie. Les données que nous recueillons sont publiées sur Internet (www.migraction.net). Sur le long terme, l’évolution des dates de migration permettront peut-être de montrer l’impact du changement climatique sur les populations d’oiseaux et, éventuellement, de tirer la sonnette d’alarme auprès des autorités.»

Cédric Pochelon abonde: «Grâce à ce suivi, on peut compléter les études sur la nidification pour mieux connaître l’état d’une population. Par exemple, on voit de moins en moins de buses variables car, avec le réchauffement, elles peuvent désormais passer l’hiver plus au nord.»

Le site est ouvert au public et n’importe qui peut venir donner un coup de main. Des journées d’accueil du public auront d’ailleurs lieu en septembre et en octobre. Abraham Droz, lui, vient ici chaque automne et chaque printemps depuis quatorze ans. Son dada, ce sont les cigognes: «Quand elles partent vers le sud, on a l’impression que c’est une vie qui s’en va. Et quand elles reviennent, c’est comme une renaissance.» (TDG)

Créé: 03.09.2018, 19h23

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