Avoir une femme de ménage tue-t-il le féminisme?

Femmes migrantesLe 14 juin, des manifestantes représenteront ces femmes sans papiers qui ne peuvent pas prendre congé.

Manifestation du 1er mai. Certaines femmes sont présentes mais ne veulent pas montrer leur visage.

Manifestation du 1er mai. Certaines femmes sont présentes mais ne veulent pas montrer leur visage. Image: Laurent Guiraud

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«Ma patronne manifeste et je garde ses enfants.» C’est l’un des slogans chocs que l’on lira le 14 juin, lors de la grève des femmes, sur des pancartes en forme de silhouettes mauves, représentant les femmes migrantes sans statut légal à Genève. Une vingtaine de personnes, notamment travaillant pour le Centre de contact Suisses-immigrés (CCSI) et le Syndicat interprofessionnel des travailleuses et travailleurs (SIT), se feront les porte-parole des employées sans papiers ne pouvant faire grève.

La double peine

Tour d’horizon avec Marianne Halle, responsable de la communication au CCSI, qui voit la situation précaire de ces femmes comme une conséquence du système patriarcal. «Les migrantes sans statut légal travaillent parfois pour des salaires de misère et ne peuvent ni se permettre de perdre leur travail ni faire valoir leurs droits, par peur d’être expulsées.»

En quoi leur sort diffère-t-il de celui des hommes sans papiers, tout aussi exploités et vivant dans la même crainte d’être renvoyés en cas de plainte? «Les femmes subissent une double peine, estime la spécialiste, car à leur statut précaire s’ajoutent les discriminations sexistes ordinaires. Qu’elles aient des qualifications ou non, les femmes sans papiers sont systématiquement assignées à des travaux domestiques et de soin, comme si elles ne savaient rien faire d’autre. Les perspectives sont souvent plus réduites pour une femme migrante que pour un homme migrant.»

Leur sort serait-il plus enviable si elles étaient sous-payées sur des chantiers et exposées à des accidents de travail sans protection juridique, comme les hommes? «Le problème, c’est que le travail de ménage, de garde d’enfants ou de soin aux personnes âgées est souvent pénible physiquement et implique parfois des emplois à résidence, sans aucun horaire et exigeant une disponibilité 24 heures sur 24. Certaines grandes résidences genevoises emploient aussi des jardiniers à demeure avec ce même statut, mais proportionnellement les employées de maison sont principalement des femmes. Par ailleurs, beaucoup sont mères célibataires et vivent donc dans une plus grande précarité. Dans le cas des femmes qui ne peuvent quitter un mari violent par peur de perdre leur autorisation de séjour, c’est aussi une question féministe.»

Patronnes et domestiques

Mais alors, ne plus engager de femmes de ménage pour ne pas devenir cette «patronne qui va manifester en laissant ses tâches ménagères à une autre femme», serait-ce un geste féministe? Et si ça l’est, est-ce vraiment un service rendu aux femmes sans papiers que de ne plus les employer? «Ce n’est pas à moi de dire si c’est féministe. En revanche, ce qui ne l’est clairement pas, c’est de sous-payer ces femmes. L’une des usagères du CSSI est payée 12 francs de l’heure au noir pour s’occuper des enfants d’une femme qui porte le badge féministe… Cynique! Rappelons qu’il est possible de déclarer le travail d’une personne en situation irrégulière, par l’intermédiaire de Chèque service par exemple. Nous n’avons jamais eu connaissance d’une dénonciation par cette structure à l’Office cantonal de la population.»

Ainsi, devant les badauds qui verront passer les pancartes de silhouettes mauves représentant les femmes migrantes, les buts seront les suivants: d’abord, rendre visible le travail de ces employées au noir, qui souffrent d’un manque de reconnaissance. «Sans elles, on se rendrait compte que la pénurie de places dans les crèches ou dans les EMS est beaucoup plus grave que ce que l’on croit.» Ensuite, faire mieux connaître les difficultés auxquelles elles sont confrontées. Enfin, «faire réfléchir les foyers qui les emploient, pour qu’ils les payent décemment et déclarent leur emploi».

Créé: 12.06.2019, 08h02

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