Un Grec de Genève parie sur le minerai de fer guinéen

Affaire SteinmetzUne société gérée dans le canton a toutes les chances d’être la première à exploiter les vastes gisements du pays de Sékou Touré.

Le sol ocre de Zogota, au sud de la Guinée, abrite un énorme gisement de minerai de fer.

Le sol ocre de Zogota, au sud de la Guinée, abrite un énorme gisement de minerai de fer. Image: Niron Metals

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Dans l’affaire Steinmetz, les rebondissements se succèdent mais Genève reste au centre. Après sept ans de combats juridiques entre BSGR, le groupe du milliardaire franco-israélien et ancien résident du centre-ville, et le gouvernement de Guinée, un accord a été trouvé à la fin de février. Conakry soupçonnait l’entreprise d’avoir corrompu le régime précédent pour exploiter le plus grand gisement de minerai de fer inexploité au monde. La presse mondiale en a fait ses choux gras.

L’accord, révélé par Bloomberg, laisse entendre que des investisseurs pourront à nouveau creuser dans la montagne de fer, appelée Simandou. Il permet en outre à une star du milieu de l’extraction, en retrait depuis quelques années, de faire son retour. Sir Mick Davis, ex-CEO de Xstrata (un géant minier basé à Zoug, qui a fusionné avec Glencore, un autre poids lourd mondial et zougois), préside le conseil d’administration d’une nouvelle société, Niron Metals, sollicitée pour exploiter un autre gisement, au sud de Simandou, appelé Zogota.

L’affaire fait d’autant plus couler d’encre outre-Manche que Sir Mick dirige le Conservative Party, une des plus grosses formations politiques en Grande-Bretagne.

Du ferronickel au minerai de fer

Les journalistes anglais s’intéressent moins à un autre membre du conseil d’administration de Niron Metals (ils sont trois en tout), pourtant non moins influent, selon des documents que nous nous sommes procurés. Il s’agit de Marcos Camhis, un Grec résidant de longue date dans le canton, qui est également membre du board de Global Special Opportunities Ltd (GSOL), un fonds qui détient la totalité du capital de Niron Metals (il est prévu que dans un deuxième temps, Sir Mick devienne l’actionnaire majoritaire). Marcos Camhis dirige aussi le cabinet des Rues-Basses FOS Asset Management, qui compte GSOL parmi ses clients.

«Nous avons de bonnes chances d’être les premiers à exporter du minerai de fer de Guinée», espère Marcos Camhis, rencontré la semaine dernière dans un hôtel en ville. «Selon notre best case scenario, on peut envisager des exportations par le port libérien de Buchanan dès la fin de 2020.»

Tout a commencé, selon lui, par un appel d’un administrateur de BSGR, puis de Conakry, en janvier. Niron Metals, par le biais de GSOL, disposerait de trois milliards de dollars (les investisseurs sont européens, mais il y a aussi des Suisses).

Marcos Camhis se présente en spécialiste des «projets difficiles où il y a une valeur cachée mais qui peut être débloquée par une innovation». Il a fourbi ses armes dans le ferronickel. Il supervise en 2015 la reprise d’une usine de cet alliage en République dominicaine, laissée à l’arrêt par Glencore car les cours du nickel avaient chuté. L’utilisation d’outils extractifs plus efficaces permet de revoir à la hausse la production depuis sa réouverture en 2016. Le Grec de Genève a connu un succès similaire en Côte d’Ivoire puis en Macédoine du Nord, où GSOL a investi 80 millions d’euros en 2018 pour sauver une usine d’un producteur de ferronickel en faillite. Le fonds recense 3000 employés dans ces trois pays.

Exporter via le Liberia

En Guinée, une étude de faisabilité a été lancée en avril pour évaluer les réserves de Zogota, voir comment y extraire le minerai de fer ces prochaines décennies et y développer une mine. Conakry et Monrovia ont donné leur feu vert pour transporter la matière première via le Liberia, plus proche de l’Atlantique et qui dispose d’une voie ferrée.

Le minerai pourrait voyager en camion jusqu’à la ville libérienne de Sanniquellie, à une centaine de kilomètres de Zogota, avant d’être embarqué sur des wagons. Les coûts du transport terrestre, où les volumes par véhicule sont faibles, sont beaucoup plus chers que sur l’eau. La taille immense des vraquiers permet des économies d’échelle. Depuis l’accord, Marcos Camhis dit recevoir quotidiennement de nombreux messages de Guinéens qui se réjouissent à l’idée que les richesses souterraines de leur pays puissent être exploitées après tant d’années de combats juridiques et de blocages.

(TDG)

Créé: 08.05.2019, 06h38

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