Grâce à un Genevois, le matériel médical s’offre une seconde vie

CoopérationDes dizaines de containers partent chaque année de Suisse pour équiper des hôpitaux aux quatre coins du monde.

François Wahl, patron de Numelec, entreprise genevoise spécialisée dans la vente d’équipements médicaux d’occasion vers des pays émergents.

François Wahl, patron de Numelec, entreprise genevoise spécialisée dans la vente d’équipements médicaux d’occasion vers des pays émergents. Image: Pierre Abensur

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Plutôt que de jeter votre matériel médical, donnez-le! C’est l’objectif de Numelec, une entreprise genevoise spécialisée dans la vente d’équipements médicaux. «Près d’un million de francs en matériel médical, en valeur neuve, serait jeté à la poubelle, chaque mois rien qu’à Genève», estime son président, François Wahl. L’entrepreneur se démène pour envoyer ce matériel dans des petites structures médicales, cliniques et hôpitaux dans les pays en voie de développement.

Son aventure a commencé le jour où l’un de ses amis cherchait du matériel de radiologie pour l’Hôpital de Lomé. François Wahl a eu l’idée de récupérer des équipements d’occasion en Suisse. A présent, plusieurs hôpitaux du Togo reçoivent chaque année deux ou trois containers. Celui de Notsé par exemple, est «le seul du pays à avoir, à ma connaissance, des finances équilibrées».

80 tonnes de matériel

En dépit des nombreuses difficultés, le spécialiste en médecine nucléaire multiplie depuis les envois humanitaires avec l’aide d’associations comme Les amis du Togo. Dans son dépôt: une vingtaine d’échographes, une quinzaine d’autoclaves, 21 lits, six tables d’opération ou encore huit appareils d’anesthésie. Malgré le coût du stockage – «à Genève, c’est 500 francs au mètre carré par année» – Numelec entrepose 80 tonnes de matériel.

Cette année, six containers sont partis en direction de la Guinée, du Congo, du Burkina Faso, du Sénégal et du Togo. Et il vient de l’apprendre, le prochain envoi partira pour Okija, au Nigéria, grâce à un fonds d’investissement qui prendra en charge le transport.

Avant l’envoi, François Wahl doit trier, remettre en bon état le matériel qu’il récupère et réfléchir à son utilité sur place: des équipements trop récents risquent par exemple de ne pas être adaptés. «Les médecins sont nombreux à donner. Cela leur évite de payer pour jeter», ajoute-t-il. L’Hôpital de Morges a aussi permis l’envoi de matériel au Burundi, pour la construction du Kira Hospital. Autres exemples, la maison de retraite de Veyrier a offert des tables de chevet à un hôpital afghan, qui a également reçu des dons du CHUV (Centre hospitalier universitaire vaudois).

Blocages à la douane

Les douanes des pays censés recevoir le matériel constituent un véritable problème pour ces envois humanitaires. «Nous sommes régulièrement taxés, raconte François Wahl. Au début, pour éviter de payer, je distribuais mes cartes de visite en expliquant aux douaniers qu’ils pourraient emmener leurs femmes faire une échographie gratuite.» Mais parfois, cela se révèle plus compliqué et le matériel reste longuement bloqué à la douane.

Comment améliorer les choses? L’entrepreneur voudrait que les ministres de la Santé des pays bénéficiaires remettent aux associations donatrices une médaille du mérite humanitaire. Celle-ci serait distribuée chaque année, lors de l’assemblée générale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Et il espère bien y arriver dès l’an prochain. «Ce prix s’accompagnerait de laissez-passer offerts par le pays, de recommandation à destination de la douane, voire d’exonération, explique-t-il. L’idée est aussi de montrer aux donateurs suisses que cette action est bénéfique pour le pays récipiendaire et d’améliorer leur confiance.»

Outre ces barrières douanières, le prix du transport, la situation géopolitique de la Suisse et la concurrence d’appareils chinois souvent moins solides freinent ces envois. Par exemple, un affrètement jusqu’au Burundi coûte 9000 francs. «Si nos autorités cantonales faisaient l’effort d’offrir le prix du transport d’un container par mois, cela permettrait aux associations de se coordonner.» Et la Suisse ne disposant pas d’accès direct à la mer et ne faisant pas partie de l’Union européenne, «les transports et les formalités coûtent plus cher aux ONG suisses qu’à celles des autres pays», poursuit François Wahl.

Des médecins se lancent

Certains médecins suisses se lancent également dans l’aventure et accompagnent leur matériel. Depuis le début de l’année, une dizaine d’entre eux sont ainsi partis. «Ils ont envie de partager leur savoir et cela, malgré les moustiques, la chaleur, les coupures de courant, le prix des visas… Et un peu, parfois, d’insécurité.»

(TDG)

Créé: 29.08.2016, 20h43

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