Grâce au chocolat, Pascal Broulis a réussi la réforme des salaires

Fonction publiqueLa revalorisation des métiers et des salaires des fonctionnaires du Canton de Vaud est entrée en vigueur en 2008. En six étapes.

Pascal Broulis et Anne-Cathrine Lyon. Les deux conseillers d'Etat PLR et socialiste en 2008, l'année d'entrée en force de la nouvelle grille des salaires des fonctionnaires du canton de Vaud issue de la démarche SCORE.

Pascal Broulis et Anne-Cathrine Lyon. Les deux conseillers d'Etat PLR et socialiste en 2008, l'année d'entrée en force de la nouvelle grille des salaires des fonctionnaires du canton de Vaud issue de la démarche SCORE. Image: Florian Cella (Archives)

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Ce mercredi, les syndicats de la fonction publique genevoise manifestent de midi à 13h30. Contre le projet de nouvelle politique de rémunération (Score), contre les mesures d’économie du projet de budget 2015, contre la révision à la baisse du prochain contrat de prestations des Transports publics genevois (TPG) 2015-2018. Score est le principal point d'achoppement. Le Cartel a quitté la table de la concertation au début octobre.

Genève n'est pas le premier canton à moderniser son système d'évaluation des métiers et la grille des rémunérations qui lui est attaché. Neuchâtel, Vaud, Lucerne, l'ont fait ainsi que la Ville de Zürich, les hôpitaux de Neuchâtel, l'EPFL, l'EPFZ, Swisscom, les CFF et la Poste ont procédé à la même réforme. Bâle-Ville et Lausanne sont en cours.

Dans le canton de Vaud, l'opération était baptisée Decfo-Syrem (Decfo pour «DEscription des emplois et Classification des FOnction», Syrem pour «SYstem de REMunérations»). Elle a démarré en 2001 par des pré-études. En 2002, Pascal Broulis est élu au Conseil d'Etat. L'ex-directeur de la logistique de la Banque cantonale vaudoise venait de terminer la réévaluation des 1800 employés de la banque dans sept niveaux de salaire. Il s'est saisi à bras-le-corps de la réforme de l'administration. Une opération autrement plus délicate. L'enclassement datait de 1969 et la définition des fonctions de 1947. L'Etat de Vaud alignait alors 1200 fonctions, il n'en a plus désormais que 382 réparties dans 18 niveaux salariaux.

Six ans plus tard, quelques grèves et des recours devant les tribunaux - tous gagnés dit fièrement le patron des Finances vaudoises - la nouvelle grille est entrée en vigueur, progressivement, en six étapes de 2008 à 2013. «Ma grand-mère m'a toujours dit: si tu as une plaque de chocolat, ne la donne pas entière, donne-là morceau par morceau.»

Pascal Broulis tient à décrire l'opération comme «un travail d’équipe du gouvernement vaudois». «Nous avons toujours pensé qu’il fallait avancer à petits pas, permettre aux gens d’assimiler le changement.» Une commission de recours a traité des milliers de dossiers, procédant à plusieurs ajustements. Elle vient juste de boucler les derniers recours.

80 millions par année

A partir de 2014, la réforme coûte quelque 80 millions par an au budget vaudois. «Un milliard en dix ans», calcule à la louche le conseiller d'Etat, qui dans la même période a réduit la dette publique de 8 milliards de francs à quasi rien. Decfo-Sysrem a permis la revalorisation des rémunérations de 62% des 27’000 personnes concernées. «27'000 visages», dit Pascal Broulis comme pour dire qu'il les connaît tous, 19’500 équivalents plein temps.

«Avec ma collègue Anne-Catherine Lyon et feu mon collègue Jean-Claude Mermoud, nous avons négocié des centaines d'heures avec les syndicats, souvent tard dans la nuit», raconte l'homme politique qui dit se contenter de cinq heures de sommeil. «Oui ce fut un énorme effort, conduit avec beaucoup de solidarité au sein du Collège gouvernemental, ce qui était indispensable pour mener à bien une réforme de cette taille!»

«Toucher aux métiers et aux salaires réclame énormément d'écoute, analyse-t-il, beaucoup de doigté, du calme, une bonne capacité de réviser ses certitudes, ainsi que celle d'accepter des compromis. Il faut aussi pouvoir compter sur de très bons professionnels et nous les avions avec Philip Grund, chef du service des ressources humaines ses équipes. Vous n'imaginez pas combien les gens peuvent être déstabilisés à l'idée d'être réévalués et d'être déplacés dans une nouvelle grille des salaires, même si celle-ci améliore leur situation. Certains jurent qu'ils sont seuls capables de connaître véritablement leur métier.»

«BrouiLyon, BrouiLyon, au panier!»

Et les syndicats? Les Vaudois ne sont-ils pas plus accommodants que les Genevois? «Vous rigolez, répond Pascal Broulis, qui a passé en 2012 le dicastère du personnel à sa collègue Nuria Gorrite, vous ne connaissez pas le syndicat Sud. J'ai eu dix mille manifestants sous mes fenêtres, qui criaient: «BrouiLyon, BrouiLyon, au panier!» Les profs du collège étaient en première ligne, ils digéraient mal la revalorisation des instituteurs qui rapprochait leur rémunération de la leur. Le Conseil d’Etat a tenu bon estimant que le système était juste et équitable.

La nouvelle grille des salaires est fondée sur une définition uniforme des fonctions, rappelle l'élu PLR. Elle a instauré le principe du salaire égal à fonction égale. Elle ne dépend plus directement du cursus du titulaire.

La méthode Broulis

Pour avancer, il faut mettre un pied devant l'autre et bien l'assurer, explique le ministre. A chaque étape, il a fait adopter des décrets (des lois) par le Grand Conseil. «Cela nous a donné une légitimité politique et une sécurité juridique.»

«On peut certes réaliser cette modernisation du statut à budget constant. C'est plus difficile. C'est plus difficile. ça signifie que vous ne pouvez revaloriser certaines fonctions qu’au détriment d'autres...» Dans le canton de Vaud, les revalorisations ont donc été payées par les contribuables. «On s'y retrouve à long terme et la fonction publique se doit d’être attractive, de payer correctement et équitablement ceux qui en font partie.»

Comme à Genève, les syndicats ont réclamé à Lausanne que la méthode de la société GPO, la même qui est en charge au bout du lac, soit publiée. «Pas question«», a tranché le ministre vaudois qui est resté très ferme sur la question. «Si vous le faites, vous démissionnez et donnez les clés de la gestion aux syndicats. Il y a l'employeur et les employés. Point! J'ai gagné plusieurs fois devant les tribunaux à ce sujet.»

Globalement satisfait

Et si c'était à refaire? Pascal Broulis est fier de son bébé et de la manière dont il l'a mis au monde. «Je ne changerais rien, répond-il. Le nouveau système est bon. Il n'est pas figé, les modifications se font sur une base commune.»

Pas de bémol? Si, un, la rémunération des très hauts cadres. «L'Etat ne peut pas toujours offrir des salaires du marché, c'est un vrai problème, ne cache pas le patron des Finances. La réforme a rendu la question un peu plus aiguë. Mais on fait avec.» (TDG)

Créé: 11.11.2014, 16h54

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