Le Grand-Saconnex perd son unique boulangerie

CommerceLes grands travaux au centre du village ont plombé le chiffre d’affaires du boulanger. Qui fustige les autorités municipales.

Yaima Marin Diaz et Bénédict Jeanneret avaient fait du Grand Sac’à Pain un lieu convivial où l’on trouvait de bons produits.

Yaima Marin Diaz et Bénédict Jeanneret avaient fait du Grand Sac’à Pain un lieu convivial où l’on trouvait de bons produits. Image: F. Mentha

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Le Grand Sac’à Pain a fermé ses portes dimanche. Définitivement. Commune de plus de 10 000 habitants, Le Grand-Saconnex perd ainsi son unique boulangerie. Ses patrons, Bénédict Jeanneret et son épouse, Yaima Marin Diaz, sont amers. Victimes des grands travaux qui mettent sens dessus dessous le centre du vieux village depuis six mois, ils fustigent l’attitude des autorités.

Avant l’ouverture de ce chantier qui entrave la circulation sur une bonne partie de la Rive droite depuis la mi-janvier et va durer quinze mois, le jeune couple, lui 34 ans, elle 29 ans, avait pourtant réussi à remonter cette boulangerie-tea-room pour en faire un lieu convivial. Et ce n’était pas gagné d’avance.

Chiffre d’affaires plombé

Avant l’ arrivée des époux, en effet, ce petit commerce tournait au ralenti et bien des habitants de la commune allaient chercher ailleurs leur pain, viennoiseries et autres douceurs. «Nous l’avons repris il y a quatre ans jour pour jour, explique Bénédict Jeanneret. Après deux années difficiles et de gros investissements, nous étions en train de voir le bout du tunnel. Nous allions enfin pouvoir sortir des salaires corrects.» Les chiffres d’affaires sont éloquents: «En 2016, on était à 340 000 francs; en 2017, à 398 000», précise-t-il. Soit un boni de plus de 50 000 francs.

La quasi-totalité de cette somme, il l’a perdue sur les six premiers mois de cette année. En cause, l’ouverture des lourds travaux lancés conjointement par les CFF, les Services industriels de Genève (SIG) et la Commune, qui ont mis à mal l’accès aux commerces. «Et le pire était à venir, indique le boulanger. Car dès le 2 juillet, les tranchées s’ouvrent devant nos magasins et la route sera fermée pour les deux mois d’été!» Pas l’idéal. Qui aime aller prendre son petit café dans le bruit des marteaux-piqueurs et la poussière des pelleteuses?

La facture de trop

Cette baisse drastique du chiffre d’affaires a entraîné des licenciements. «Nous étions cinq ici, mais j’ai dû me séparer du personnel petit à petit. Ces derniers temps, ma femme et moi travaillions sept jours sur sept. Je faisais des semaines de 90 heures…» explique un Bénédict Jeanneret épuisé.

Une tuile a alors aggravé la situation: «Un compresseur s’est cassé. Il n’était pas réparable et je devais absolument le remplacer. La facture, 30 000 francs, était celle de trop.»

Au bout du rouleau, le couple s’est tourné vers la Mairie. Une séance avec un membre de l’Exécutif, le directeur des travaux et le comptable municipal a eu lieu. «Ils ont vu mes chiffres et la «plantée» de ce début d’année. Mais il n’y a rien eu à faire. Je leur ai dit que j’avais besoin de ces 30 000 francs, sinon c’en était fini. J’ai demandé une avance sur l’indemnisation pour les désagréments causés par les travaux. Ils ont ricané, tout en me félicitant d’avoir bien réduit mes charges! Pourtant, une somme de 100 000 francs, à se partager entre tous les commerçants, a été votée.»

La Commune s’explique

Pointé du doigt, l’Exécutif saconnésien réagit. «J’aimerais d’abord dire que je suis très triste de ce qui arrive à M. Jeanneret, qui est un remarquable boulanger, et que nous n’avons pas ricané lors de cette séance à la Mairie. Il m’a même serré la main en partant», confie le conseiller administratif Jean-Marc Comte. «Il a fourni un effort colossal ces derniers mois, j’en suis conscient.»

Mais alors, pourquoi ne pas l’avoir aidé à sortir de cette mauvaise passe? «Il nous demandait 30 000 francs, mais la Commune ne peut pas donner une somme comme ça, il s’agit d’argent public», poursuit le magistrat.

Et une avance sur indemnisation? «Ce fonds de dédommagement sera réparti entre les commerçants selon la baisse de leur chiffre d’affaires, qui doit être calculée après les travaux. Malheureusement, il fallait résister jusque-là, soit jusqu’au printemps prochain. Mais nous n’avons pas rien fait jusqu’ici, nous avons par exemple aidé la boulangerie en doublant nos commandes auprès d’elle.»

«Je suis triste pour mes clients»

Cela n’a pas suffi pour sauver le Grand Sac’à Pain. «Je quitte le canton écœuré, je vais travailler dans une boulangerie à Barboleuse (Gryon, VD), livre de son côté Bénédict Jeanneret. Il y avait un potentiel ici. Je suis surtout triste pour nos clients, pour le rôle social que jouait notre commerce. Certains restaient ici toute la matinée ou l’après-midi, c’était le seul endroit où ils pouvaient voir du monde et parler. Mais je pars en étant fier du travail fourni. Et bien des gens nous l’ont dit. Ça, ça fait chaud au cœur.» (TDG)

Créé: 03.07.2018, 14h28

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Les CFF installent une batterie de tubes de 15 000 volts, pour les besoins du Léman Express.

De leur côté, les SIG remplacent une colonne d’eau et modernisent les réseaux de gaz et d’électricité.

Enfin, la Commune pose un revêtement phonoabsorbant et en profite pour refaire complètement le centre du village, appelé à devenir une zone 30 km/h.

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