Les grands feux d’artifice font grimper les enchères

Fêtes de GenèveDe 50 francs à 12 000 francs la soirée, il y en aura pour toutes les bourses le samedi 8 août. Enquête sur les dessous d’un business qui, selon ses acteurs, ne rapporterait pas tant que ça.

Trouver la place de ses rêves pour admirer les feux d’artifice en clôture des Fêtes de Genève, le 8 août, se monnaie à prix plus ou moins élevés.

Trouver la place de ses rêves pour admirer les feux d’artifice en clôture des Fêtes de Genève, le 8 août, se monnaie à prix plus ou moins élevés. Image: Pierre Abensur

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Chaque année, les Genevois s’interrogent sur l’emplacement idéal pour admirer les grands feux d’artifice de clôture des Fêtes de Genève. La majorité d’entre eux trouve sans bourse délier un coin de bitume, de gazon ou de toit pour profiter du spectacle. D’autres préfèrent fuir la foule et mettre la main au porte-monnaie pour s’assurer confort et vue imprenable.

Autour de la rade, la facture s’étale de 50 francs, le prix de départ pour les places assises aux premières loges, à 12 000 francs pour la croisière d’une journée entière pour dix personnes sur le catamaran Floatinn. Entre ces extrêmes, les menus des restaurants commencent dans les 80 francs, jusqu’à près de 400 francs dans certains cinq-étoiles. Les commerçants ne participent pas au financement des feux. Alors, cette soirée est-elle particulièrement lucrative? Tous ceux que nous avons contactés le contestent.

Les gens veulent des prix doux

Aucune majoration ne sera perçue pour cette soirée, promettent Les Voiles, ce lounge estival près de Genève-Plage. «La plupart des établissements imposent un menu, or nous voulions libérer nos clients de cette contrainte, explique Alexane Matseraka, en charge de la communication et des événements. Cette année, ils pourront manger à la carte, au même prix que n’importe quel autre soir. Nous ne voulions pas exploiter ce filon.»

La Perle du Lac est prise d’assaut chaque année pour l’événement. Malgré la garantie d’afficher complet, qu’importe la formule, l’établissement a baissé ses prix en 2015. «Avant, nous étions sur un positionnement beaucoup plus élevé avec un menu à 110 francs, rappelle Marion Foroni, assistante de direction. Mais les gens n’ont plus envie de grands repas avec quatre ou cinq plats. Pour la première fois l’an dernier, notre partie restaurant a mis beaucoup plus de temps à se remplir de réservations que notre partie café. Donc cette année, nous proposons un menu commun aux deux, à 85 francs, sans volonté de tirer les prix vers le haut.»

Au Lacustre, à l’entrée des berges du Rhône, menu à 90 francs. La meilleure soirée de l’année en caisse? «Pas forcément, répond Lorianne Froidevaux, gérante adjointe. Les gens occupent la table plus longtemps ce soir-là car ils veulent profiter, alors que d’habitude on peut assurer deux ou trois services. Le soir des feux, on fait donc moins de couverts que d’habitude.»

Un peu plus loin, au Riverside Café, menu vins et tapas à 100 francs. «Les feux, c’est une bonne soirée, c’est vrai. C’est mieux qu’un samedi sans feux, admet Nicolas Berclaz. Mais ça n’est plus la meilleure de l’année. On fait souvent mieux avec un bon afterwork.»

Certains établissements sont hors concours ce soir-là. Si la Société nautique est réservée à l’année aux membres du club, d’autres endroits se privatisent exceptionnellement. C’est le cas du Bateau Genève, quai Gustave-Ador, qui réserve le spectacle à ses bénévoles, ses membres et ses donateurs.

Le Cottage Café, idéalement placé dans les Jardins de Brunswick, se permet quant à lui le luxe de fermer ses portes. «Il y a des choses qu’on ne peut pas gérer, comme le 1er Août et le soir des grands feux, nous explique Nicole Boder. C’est tellement le chaos dans ce jardin; il y a trop de monde, trop de demandes d’utiliser nos toilettes.» Des inconvénients qui ne sont pas compensés par la rentrée d’argent exceptionnelle? «Ce ne serait pas un bon chiffre d’affaires mais une crise de nerfs qu’on gagnerait!»

A l’Hôtel de la Paix, quatre suites avec balcon sont mobilisées au cinquième étage pour une soirée cocktail dînatoire à 350 francs, champagne compris. Le prix de la location de ces chambres est-il en partie sacrifié? «A cette période, on aurait vendu cette nuit de toute façon, affirme Caroline Mayer, responsable de la communication. Il faut surtout bien jongler pour ne pas perdre de longs séjours.»

A l’Hôtel d’Angleterre, menu de dégustation indien pour 250 francs. «Nous avons aussi loué un emplacement sur le trottoir devant notre véranda, pour ceux qui souhaitent voir les feux depuis l’extérieur, indique Jean-Vital Domézon, directeur général. Quant aux chambres donnant sur le lac, il ne nous en reste qu’une. On les vend à la fourchette de prix la plus élevée, mais je ne surfacture pas ces nuits-là.»

Pour les marins d’eau douce

Les feux depuis la terre ferme, c’est bien. Mais depuis les p’tits bateaux qui vont sur l’eau, c’est mieux? Chez le loueur de bateaux Les Corsaires, on ne se risque plus à l’aventure. «C'était trop galère, témoigne Gilles Urben. On louait les bateaux entre 40 et 80 francs, mais cela supposait une grosse mise en place, du travail de nettoyage après. On devait garder le personnel jusqu’à minuit ou 1 h du matin. La solution aurait été d’augmenter les prix, mais je n’ai pas voulu.»

Chez Marti Marine, deux options: la location d’un bateau avec pilote, cocktail dînatoire et champagne, dès 1500 francs pour huit personnes. Ou la version à quai, sur leur buvette La Terrasse, avec un menu en collaboration avec le chef Philippe Chevrier, pour environ 150 francs par personne. Une soirée qui fait gonfler le chiffre d’affaires? «Pas du tout! s’exclame la gérante. On doit engager d’importants frais de sécurité car on barricade notre espace de 200 m2, sinon tous les Genevois monteraient sur nos estacades. Nous devons aussi engager des Securitas. C’est donc une soirée hyperstressante.»

Le catamaran Floatinn remporte la palme de la soirée la plus chère de notre sélection. Pour 12 000 francs, une journée de navigation avec repas à bord puis retour aux Eaux-Vives vers 19 h, repas ou cocktail dînatoire et feux d’artifice depuis le fly deck. Une bagatelle pour les touristes russes ou orientaux? «L’an dernier, ce sont des jeunes entrepreneurs genevois qui se sont rassemblés pour bénéficier des feux de clôture, répond Jean-Luc Oestreicher. Mais les feux d’ouverture des Fêtes n’avaient pas trouvé preneur.»

Créé: 02.08.2015, 18h06

Magie au menu

Dès 22 heures, le samedi 8 août, c’est parti pour 56 minutes d’émotions. Le grand feu d’artifice pyromélodique se décline cette année sur le thème de la magie. Les bandes originales de «Harry Potter», du «Seigneur des anneaux» et peut-être Walt Disney accompagneront le spectacle.

Le maître du feu, Pierre-Alain Beretta, jettera des sorts du bout de ses baguettes magiques. Le vocabulaire est technique mais évocateur; on nous promet des bombes qui «exploseront en pivoines, palmiers, marrons d’air et même saules pleureurs», des «feux de Bengale, pots à feux, embrasements, cascades et bombes nautiques», et des «potions d’alchimiste».

Le Jet d’eau devrait être la vedette du bouquet final.

Budget de 700 000 francs

Le budget des Feux 2015 s’établit à 700 000 francs. Contrairement à une idée répandue, ce n’est pas le contribuable qui paie l’addition: «Il n’y a aucune subvention directe de la Ville ou du Canton, détaille Bernard Cazaban, chef de presse de la manifestation. La billetterie pour les places assises rapporte 500 000 francs. Genève Aéroport apporte une contribution pour le bouquet final. Les ressources du budget global des Fêtes assurent le reste.» Soit la location des emplacements des stands et des forains, les revenus apportés par les sponsors, Heineken et la Société des hôteliers de Genève, ainsi que les dons. La taxe de séjour payée par les touristes et la taxe touristique payée par les hôtels et restaurants n’entrent pas en ligne de compte.

Si les Fêtes de Genève affirment générer 125 millions de francs de retombées économiques, difficile d’évaluer les retombées de la seule soirée de clôture, avec les grands feux d’artifice.

Les places assises officielles non numérotées se vendent entre 50 et 65 francs selon les emplacements. «La politique de prix est déterminée par les coûts pratiqués pour des manifestations du même ordre dans d’autres villes. Les tarifs sont restés stables depuis des années», précise Bernard Cazaban.

Christian Colquhoun, directeur des Fêtes de Genève, affirme écouler pratiquement chaque année ces quelque 9000 places, selon la météo. Si les rangs affichent vite complet, il n’a pas constaté de marché noir à grande échelle.

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