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Le Grand Genève est-il assez grand?

Avec la naissance du projet d’agglomération franco-valdo-genevois, l’idée d’une institution de gouvernance territoriale à l’échelle de la grande région transfrontalière a pris corps. Et c’est une très bonne chose: rien n’est pire que d’être dépourvu d’outils de gouvernance pour un espace géographique à l’échelle duquel se posent quantité de problèmes. Appeler Grand Genève ce territoire émergent doté d’une nouvelle institution politique et juridique revenait à compléter avec des mots simples ce rapprochement entre échelle des problèmes et des enjeux d’une part et territoire de gouvernance d’autre part. Mais le périmètre adopté est-il le bon? À vrai dire, il n’est pas toujours resté le même.

Dès l’origine, il ne correspondait ni au périmètre de l’agglomération telle que définie par l’OFS ni à celui de l’agglomération telle que définie par l’Insee. Puis il s’est étendu au-delà de Bellegarde, vers Thonon et les contreforts du Chablais savoyard, et surtout le long de la vallée de l’Arve. Sommes-nous certains que nous sommes arrivés au bon périmètre désormais? Pour répondre à ce genre de question, il convient de prendre en compte des facteurs de nature bien différente: des formes, des flux et les institutions existantes. Les formes? Ce sont principalement ici la densité et la structure du bâti; de ce point de vue, on a affaire à un ensemble très hétérogène qui déborde très largement le bâti «aggloméré»: on a bien fait d’en changer le nom. Les flux?

Ce sont eux qui ont progressivement pris le dessus dans la conception de la région genevoise. Les flux de pendulaires et les déplacements de loisirs, en forte croissance depuis des décennies, ont accompagné la dilatation de l’espace de vie des habitants: la saturation des axes de circulation par ces pendulaires nous le rappelle tous les jours. Mais cette dilatation se poursuit: les pendulaires viennent de plus en plus loin, ceux venant en nombre désormais d’Annecy, de Chambéry et du bassin de Sallanches étant venus grossir les effectifs, sans compter les Lausannois, toujours plus nombreux aussi. Et on fait tout ou presque pour que cette dilatation s’amplifie: nouvelles voies ferroviaires et autoroutières entre Lausanne et Genève; reprise constante du réseau routier en Haute-Savoie et dans l’Ain; service plein de promesses, le Léman Express, dont les effets vont se faire sentir loin dans le territoire haut-savoyard; et autoroute entre Annecy et Genève qui, malgré le bouchon de Bardonnex, a de fait incorporé le bassin d’Annecy à l’aire de mobilité autour de Genève. Alors est-ce le moment d’agrandir encore le Grand Genève vers Annecy, Évian ou Gland?

Ce serait oublier un peu vite la logique institutionnelle. Le Grand Genève est d’abord et avant tout une architecture juridique et politique. Sa genèse et son développement se sont accompagnés de regroupements de communes à plusieurs échelles, notamment les communautés de communes côté français et l’Association régionale de coopération du Genevois, devenu Pôle métropolitain en 2017. Dans le même temps, d’autres architectures institutionnelles sont nées à proximité, comme le Grand Annecy, composé de 34 communes, parfois nées de fusions très ambitieuses, regroupées elles aussi en communautés de communes. Certes, ces nouvelles architectures sont difficiles à comprendre pour les citoyens, quand ils se sont habitués aux seules institutions héritées des siècles précédentes: communes, cantons, départements; mais elles ont le potentiel d’articuler les besoins de la gouvernance sociale, économique, environnementale et démocratique du siècle présent, pour un peu que les institutions, anciennes ou nouvelles, d’une échelle ou d’une autre, apprennent à travailler ensemble.

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