Le «grand froid» souffle sur les nuits des sans-abri

PrécaritéCombien sont-ils à survivre sans toit, de la gare jusqu’à l’aéroport, du centre-ville aux bords du lac? Beaucoup trop.

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Il est aussi faux de prétendre que Genève est un dortoir sauvage à ciel ouvert que de soutenir aujourd’hui, au milieu de l’hiver, que tout le monde dort au chaud sur le territoire de notre ville. Entre ces deux idées reçues, la présence nocturne des sans-abri dans l’espace public.

Le froid, qui devient «grand», les place au centre de l’attention, mais ils n’ont pas attendu la chute annoncée des températures pour donner à leur sommeil en sursis un hébergement de fortune. Ici et là, des bivouacs improvisés. Les solitaires font chambre à part, installés à l’année dans des lieux semi-publics. Les regroupés, par âge et nationalité, occupent des positions plus vulnérables; le nombre, souvent, expose et dérange.

Colères nordiques

Dans les marges de la gare Cornavin, on trouve les deux, une gardienne indélogeable à l’entrée de la galerie marchande – ses colères nordiques ne craignent pas le froid – et des corps sans visages, alignés dans une impasse qui n’appartient à personne, profitant de cette sorte de tolérance hypocrite qui leur épargne la visite régulière des agents de sécurité. Ils dorment à même le sol, blottis les uns contre les autres, dans ces précieux sacs de couchage qui n’ont jamais vécu la guerre, distribués par les services sociaux au gré de leurs maraudes.

Toilettes payantes

Combien sont-ils actuellement dans le secteur de la gare, où les toilettes sont payantes et fermées dès 23 h, où la simple douche coûte 12 francs? Trop pour les contrôleurs ferroviaires qui, à 4 h du matin, font sans ménagement le ménage dans la salle d’attente chauffée en mettant dehors ceux qui n’ont aucun billet de train pour se légitimer. Les voyageurs immobiles sont des SDF à part entière.

Donc, oui, la grande précarité loge aussi à la gare. En nombre fluctuant. Comme à l’aéroport. La même nuit, celle de mercredi à jeudi de cette semaine, deux hommes sans âge font les poubelles; l’un assure le guet pendant que l’autre plonge sa main dans le sac en plastique à la recherche de chutes de repas. Ils ont faim et le montrent. L’heure est à la recherche d’un mobilier adapté au corps fatigué. Inexistant. Tout est conçu pour entraver le relâchement physique. Inconfort absolu. Un retraité sans adresse ni avion dort la tête sur son petit chariot en toile. Il se redresse, dérangé par le voisinage, cassé de partout.

Dormeur du lac

«Dieu a fait de moi un être libre. Je suis là pour respecter sa parole», explique d’une voix douce un dormeur au bord du lac. Là, c’est la terrasse extérieure de la villa Plantamour, une maison de maître que rien ne protège contre la bise. Elle fait chambre d’hôte été comme hiver. La police a renoncé à venir quand il neige. Combien sont-ils, recroquevillés sur eux-mêmes dans les angles morts et gelés? Trop. De l’avis des travailleurs sociaux de la Ville qui sont leurs uniques visiteurs.

Ils amènent avec eux des boissons chaudes, du thé, du café, des couvertures de survie. Demain, une empathie plus ferme, car cette météo sans dieu n’encourage pas à la philosophie. La main tendue n’essuiera pas un nouveau refus sans prévenir le 144. «Nous ne sommes pas des soignants», glisse le porteur de lampe de poche. Après-demain, c’est la consigne fixée par les responsables d’équipes, passage de témoin sous une température sibérienne: l’évaluation médicale s’imposera.

Car ce corps, enfermé dans son déni, cet esprit chassant ses propres démons, ne sentent plus le froid. Combien sont-ils actuellement à Genève à vivre en situation de rue et à mettre ainsi potentiellement leur vie en danger? Peu importe le nombre, une seule personne et c’est déjà trop. (TDG)

Créé: 22.02.2018, 20h26

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