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Les Fêtes de Genève 2017 seront «remixées»

Formule plus classique pour cette édition au budget raccourci. La grande roue est de retour, l’Île Rousseau intégrée.

Le feu d'artifice reste au programme.
Le feu d'artifice reste au programme.
Pierre Abensur

Ce ne sera ni Byzance ni la misère. Le contenu de l’édition 2017 des Fêtes de Genève, dévoilé hier, fait du neuf avec du vieux. Un «remix», selon l’expression de son nouveau directeur, Christian Kupferschmid, très décontracté pendant la présentation. Annoncé à trois millions, le budget est finalement doté d’environ quatre millions (contre sept en 2016). Pas d’extravagances, mais une garantie des fondamentaux: le grand feu, par exemple, est maintenu, raccourci de cinq minutes seulement. Les places payantes seront par contre moins accessibles à toutes les bourses (lire ci-dessous). Un accord-cadre passé avec la Ville de Genève maintient la durée à dix jours (du 3 au 13 août) et précise bien que «le périmètre des Fêtes doit être accessible librement à l’ensemble de la population». Il connaît quelques retouches. L’île Rousseau y est maintenant intégrée, avec une scène jazz et classique.

Ce qui change par rapport à 2016

L’emplacement des manèges forains est revu, après le tollé de leur déménagement contre leur gré. «C’était pratiquement les accords de Yalta, mais on y est arrivés», commente Christian Kupferschmid. Sur 60 manèges, une vingtaine sort de «l’exil» hors de la petite rade, et réintègre un périmètre plus proche de la Ville. «Certains souhaitaient être plus près, moins perdus, explique Yves Menoud, président du conseil de fondation de Genève Tourisme. Aujourd’hui on a procédé à un rééquilibrage.» On retrouvera les grands classiques: grand huit, carrousels pour les enfants, trains fantômes et autos tamponneuses.

Deux lieux se distinguent cet été. Notamment la scène du Jet d’eau, dont la programmation n’est pas encore définie. «On s’est dit que ça ferait une belle perspective d’avoir une scène transparente, des groupes dessus et le Jet d’eau en fond». Mais aussi le «Bier Garten», un point de rencontre sans musique sur le quai Gustave-Ador. «On voulait un espace ouvert style pique-nique, avec la mise en avant de bières locales, même si notre partenaire officiel est étranger.»

L’an dernier, la «privatisation des espaces publics» à la rotonde du Mont-Blanc a souvent été dénoncée. «On a reproché au club d’être un peu enfermé, on a remis les choses à plat», affirme Christian Kupferschmid. Un seul bar VIP subsiste sur les 70 stands, et le directeur rappelle «qu’il est accessible à tout le monde, sauf aux personnes éméchées par exemple». Philippe Vignon rajoute que «différents types d’offres correspondent à différents types de clients et de consommations. Ce bar VIP va payer une redevance sans commune mesure avec les autres. Et ce n’est pas parce que c’est VIP que c’est nécessairement cher. Rappelez-vous des pizzas du Kempinski qui étaient à 19 francs.»

Ce qui revient après une absence

Une Grande Roue fait son retour au Jardin anglais, encore plus haute et «high-tech». Elle passe à près de 50 mètres de diamètre (celle de Paris en fait 70) et propose des nacelles fermées et climatisées, accessibles pour les personnes à mobilité réduite. «On a négocié un prix populaire, l’exploitant s’est engagé à maintenir son billet en dessous de 10 francs», ajoute Christian Kupferschmid. Son installation dépasse la durée des Fêtes: elle sera présente du 30 juin au 1er octobre. L’an passé, la signature des contrats avait trop tardé pour faire venir une grande roue.

Autre retour à signaler: celui de la vieille garde, comme Jean-Marc Humberset pour le club Moulin Rouge ou encore Alexandre Afsary pour la grande scène de Baby Plage.

Ce qui est conservé

L’empiétement sur le domaine public, qui devait diminuer, sera finalement le même qu’en 2016. Rappelons que d’ici à 2018, les Fêtes auraient dû réduire leur emprise au sol de 30%, à la demande de la Ville. «On était déjà déficitaires en 2016, avance Yves Menoud. Avec un budget encore plus restreint en 2017, chacun s’est rendu compte des limites de l’exercice, et a mis de l’eau dans son vin.»

De l’ère Emmanuel Mongon, le producteur des Fêtes 2016, remercié en février, il restera le parti pris de tourner les stands vers le lac en débouchant au maximum la vue.

La scène Cirrus, orientée musiques électroniques, reste après son grand succès en 2016. Elle est par la même occasion le temps fort d’un autre festival gratuit de l’été: Le Tour de la rade en 80 jours (lire notre édition de jeudi).

Ce qui disparaît

Fini le projet pilote de terrasses flottantes, pas d’île végétalisée, ni de parade musicale avec les minijets d’eau itinérants (les Geneva floating fountains). Exit, de même, l’appellation anglophone si peu goûtée, Geneva Lake festival.

Terminée la scène spécialement dédiée aux musiques et danses urbaines, qui seront sans doute quand même présentes par le biais des scènes «all style».

Ce qui va se passer ensuite

D’autres éléments du programme seront révélés à la mi-juin. L’équipe de Genève Tourisme admet ne pas avoir de scénario à plus long terme pour l’avenir des Fêtes. «On n’est pas certains des pistes à explorer, comme la couverture du déficit, le rallongement de la durée, reprend Yves Menoud. On est ouverts. Avant 2016, on tenait la formule magique avec les pré-Fêtes. Elle doit évoluer, il faut qu’on en trouve une autre.»

Toutes ces incertitudes ont en tout cas coûté un gros sponsor à la manifestation: Migros, a appris la Tribune de Genève. «Des discussions ont eu lieu et différentes formes de soutien ont été envisagées, mais rien n’a jamais été formalisé, indique Isabelle Vidon, responsable du service relations publique. Début 2017, devant les incertitudes liées à l’organisation de ces fêtes, Migros Genève a renoncé à cette collaboration.»

Sophie Simon

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Le bébé attend son premier bain

L’accouchement a été difficile, à défaut d’avoir été long. Nommé le 21 février, le nouveau directeur des Fêtes de Genève, Christian Kupferschmid, n’a mis que quelques mois pour présenter son bébé. Dans le berceau, surtout des joujoux classiques – manèges, feux d’artifice, stands de saveurs du monde, concerts – mais de quoi apaiser une manifestation qui a failli ne pas (re)voir le jour. Car on sort de quatre ans de remous sur la rade. Et une lame de fond est encore à craindre. Les Genevois devront en effet se prononcer, en 2018, sur une initiative populaire qui, si elle est acceptée, pourrait emporter le bébé et l’eau du bain. Lestée de 4100 signatures et déposée le 15 octobre 2015, elle exige «des Fêtes plus courtes et conviviales», soit sept jours de festivités et l’exil des forains à Plainpalais. Depuis le mois de septembre dernier, le Municipal de la Ville planche sur un contreprojet. Le succès des Fêtes 2017, s’il se concrétise, pourrait apporter de l’eau à son moulin.

Néanmoins, on ne reviendra pas totalement en arrière. On ne parle pas ici du corso fleuri (déjà présent lors de la première édition en 1947) ni de la venue de l’école de samba de Rio en 1975. Mais bien de la 67e édition, en 2013. Quelque 25 jours de Fêtes et de pré-Fêtes, une kermesse géante qui a eu le don d’irriter les Genevois. Dont le conseiller administratif Guillaume Barazzone, qui lâche alors: «Les Fêtes sentent la naphtaline.»

Cette phrase-là a le mérite de remuer tout le monde. Mais rien n’est simple. Alors qu’un groupe de travail concocte des festivités plus courtes, plus proches des gens, Genève Tourisme saisit la balle au bond et, en 2015, engage Emmanuel Mongon, l’homme qui va révolutionner les Fêtes. Le nouveau directeur se met rapidement à dos les forains et des patrons de stands de longue date. Rebaptisée Geneva Lake Festival, l’édition 2016 est pourtant plutôt réussie. Croit-on. Car le coup de semonce arrive le 27 février dernier. Un déficit énorme (on parle de 3,5 millions de francs) pousse le directeur vers la sortie. L’existence même des Fêtes est menacée. Dans la foulée, le Service cantonal de l’audit interne se penche sur la gestion de ce bébé quasi mort-né.

Mardi passé, un communiqué laconique de Genève Tourisme annonce qu’un accord avec Emmanuel Mongon a été trouvé. On n’en saura pas les termes exacts, tel le montant des indemnités versées à l’ex-directeur.

C’est dans ces eaux chahutées qu’est né le bébé version 2017. Désormais, il attend son premier bain, de foule espère-t-on.

Xavier Lafargue

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