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Au Grand Conseil, le sexisme est une réalité pour les élues

Alors que Berne est en ébullition, les députées genevoises ne rapportent pas de gestes déplacés. Mais certaines dénoncent un climat pesant.

Certaines élues notent parfois des propos jugés «inadéquats».
Certaines élues notent parfois des propos jugés «inadéquats».
Magali Girardin

Après avoir déferlé sur Hollywood puis les réseaux sociaux, le grand déballage du harcèlement frappe le monde politique suisse. Alors que Berne est en ébullition après que des révélations ont forcé jeudi Yannick Buttet, vice-président du PDC suisse, à quitter provisoirement ce poste, le sérail politique genevois garde son calme. Un coup de sonde auprès d’élues au parlement cantonal ne révèle pas de geste inapproprié. Ou du moins pas récemment. Certaines gardent en mémoire un vieil épisode où un élu (encore en poste) a malencontreusement pris les fesses d’une consœur pour la rampe d’un escalier, avant d’être bruyamment remis en place pour sa plus grande honte.

Et verbalement? Les perceptions varient en fonction des sources. Sans que cela soit une règle absolue, les élues de gauche sont plus critiques que leurs congénères de droite quant aux comportements masculins.

Grivoiseries malvenues

«À 65 ans, je ne risque plus rien, sourit par exemple Danièle Magnin (MCG). Je n’ai jamais rien entendu d’inconvenant, même si je vois bien les regards masculins s’allumer quand passe une certaine petite députée de gauche…»

Benjamine de l’hémicycle, Caroline Marti a quelques griefs sur l’estomac. Et des anecdotes, dont l’une où elle s’est entendu dire par des députés qu’on l’aurait bien «prise en sandwich». «Issue d’un milieu citadin, universitaire et de gauche, j’ai été protégée du sexisme, que je n’ai découvert qu’en arrivant au parlement, raconte la socialiste de 28 ans. Cela se traduit notamment par des propos qui se veulent gentils (ma jolie, princesse…) mais qui sont inadéquats entre collègues.»

Mais cela n’arrive pas qu’aux plus jeunes. Bouillante sexagénaire, Salika Wenger a dû dégainer sa gouaille pour répliquer à des importuns. «A un député qui me répétait sans cesse que mes seins lui donnaient des envies, j’ai fini par répondre haut et fort que c’était un discours de petite b…» raconte-t-elle sans fard. «Cela a fait rire toute la buvette et je n’ai plus eu de souci. J’ai grandi avec six frères: je sais faire face.»

La femme à la cuisine

Une image surannée du rôle de la femme persiste sur les bancs. Récente transfuge de l’UDC au PDC, Christina Meissner témoigne: «Dans certains partis, la femme est bien à la cuisine et je suis à cet égard contente d’être partie. Certains élus semblent ne penser qu’à «ça», leur humour est lourd!» «On entend aussi des femmes faire des blagues à la buvette», tempère Anne-Marie von Arx (PDC). Selon elle, la situation s’est plutôt améliorée par rapport à l’époque où les élues s’étaient munies de cartons rouges pour se faire entendre par les machistes. Mais du progrès reste à faire, selon sa camarade de parti, Delphine Bachmann: «On entend des questions qui mettent en doute notre capacité à nous engager et qu’on ne poserait pas à un homme, comme sur la garde des enfants», déplore-t-elle.

Cheffe de groupe du PLR, Nathalie Fontanet dit n’avoir jamais eu de souci au Grand Conseil, alors qu’elle a dû faire face à de l’irrespect ailleurs. Vraiment, aucun sexisme? «Il y en a parfois, concède-t-elle. Je pense par exemple aux huées dont le MCG est coutumier lors d’interventions d’élues Vertes: on sent que cela n’est pas que politique et on voit que c’est plus rare à l’égard des hommes.»

Un certain climat

Les femmes auraient donc la vie plus dure au parlement. «Il y a des gens très lourds et les propos sexistes ne sont pas rares, juge l’écologiste Émilie Flamand-Lew. Le fait que les femmes sont peu nombreuses, particulièrement dans certains partis, favorise un climat particulier. La moyenne d’âge aussi, les hommes dans la soixantaine tendant à être moins égalitaires que les plus jeunes.» «Il faut être vigilante pour éviter tout dérapage, réagir très vite aux marques de condescendance ou de paternalisme, conseille Sophie Forster Carbonnier (Verts). Chacun doit gagner ses galons. Et c’est plus facile pour un homme.»

«Une femme doit s’affirmer davantage, au Grand Conseil comme ailleurs», confirme Bénédicte Montant (PLR). «Les femmes ne sont pas moins prises au sérieux, mais le surnombre d’hommes favorise les combats de coqs, nuance Nicole Valiquer (PS). Le climat serait plus constructif si nous étions plus nombreuses.»

Retrouvez notre grand format Les grandes gueules du Grand Conseil.

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