Le Grand Conseil bazarde Genève-Sud et la télécabine

MobilitéDes majorités différentes ont refusé le projet de routes au sud du canton et l’étude d’une liaison par câble plus à l’ouest.

Le Grand Conseil a refusé ce mardi soir de financer le projet routier de Genève-Sud et le crédit d'étude de la télécabine entre Bardonnex et l'aéroport.

Le Grand Conseil a refusé ce mardi soir de financer le projet routier de Genève-Sud et le crédit d'étude de la télécabine entre Bardonnex et l'aéroport. Image: Laurent Guiraud

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C’était l’heure de la grande liquidation, mardi, au Grand Conseil. Une majorité de députés a successivement mis à mort le projet routier qui devait relier la douane de Pierre-Grand à une version rénovée de l’échangeur autoroutier de Lancy-Sud, via deux nouveaux barreaux routiers, puis l’étude d’une liaison par télécabine entre Bardonnex et l’aéroport.

Ce sont toutefois des majorités différentes qui se sont formées pour stopper ces projets. Pour Genève-Sud, ce sont les élus de gauche et le MCG qui ont exécuté les liaisons routières. Pour la télécabine, la coalition était plus hétéroclite puisqu’elle était composée du PLR, de l’UDC, d’Ensemble à Gauche (EàG) et du MCG.

Préavis négatif déterminant

La danse du scalp a débuté avec les liaisons routières, dont le débat avait été engagé lors de la session précédente. L’affaire était mal emmanchée du fait d’un préavis négatif de la Commission fédérale de la protection de la nature et du paysage, l’un des tracés provoquant la destruction d’une ancienne voie romaine. Sentant le vent tourner, les partisans du projet – dont le conseiller d’État Serge Dal Busco – ont donc tout tenté pour obtenir un retour du dossier en Commission des travaux.

Pas moins de cinq demandes de renvoi en commission ont jalonné le débat. Toutes refusées par 52 non contre 43 oui.

En réalité, les opposants n’avaient pas besoin de ce préavis pour se motiver. «Ne revenons pas à des projets des années 60, a plaidé le Vert François Lefort, l’un des rapporteurs de minorité. C’est un projet de gaspillage des ressources publiques qui affecterait des zones de haute valeur biologique.» Par exemple, l’étang de la Bistoquette.

Le MCG, dont les commissaires avaient voté le crédit de 122 millions de francs en commission, a finalement décidé de s’y opposer, ce qui a fait basculer la majorité. Explication de François Baertschi: «La pénétrante qui serait créée serait un aspirateur à frontaliers, a-t-il déploré. Et s’il fallait absolument construire ces routes, il aurait au moins fallu les enterrer entièrement.»

Un peu découragés, les partisans du projet ne se sont que peu exprimés. «Soyez au moins cohérents, dites-nous que vous voulez fermer la frontière, a lancé le PLR Adrien Genecand. On oppose au besoin de nouvelles routes la reproduction des batraciens dans un étang créé il y a vingt ans, c’est démentiel!»

Le plaidoyer de Dal Busco

Serge Hiltpold, également PLR, a mis en garde la majorité: «L’alternative que nous avons, c’est de choisir si nous voulons une pénétrante qui canalise le trafic, ou accepter que ce dernier envahisse toutes les petites routes existantes par capillarité.»

En conclusion, le conseiller d’État Serge Dal Busco a rappelé que le Canton investissait énormément pour le transfert modal, ajoutant que «cela ne signifiait pas qu’il sera possible de renoncer à tout projet sur le réseau routier. Nous aurons besoin de nouveaux ouvrages, mais cela n’a rien à voir avec un retour aux années 60.»

Mise au vote, l’entrée en matière était ensuite refusée par 52 voix contre 43 oui.

La télécabine au tapis

Ce fut ensuite au tour de la liaison par câble de passer un mauvais moment. Il s’agissait plus exactement d’un crédit d’étude de trois millions de francs, et non pas d’un crédit pour une réalisation. Le projet est né d’une motion écologiste, acceptée en mars 2017 par ce même Grand Conseil. L’idée avait séduit l’ancien conseiller Luc Barthassat, qui avait tenté de la concrétiser.

Cette fois dans le camp des opposants, le PLR Serge Hiltpold, rapporteur de majorité, a lancé l’attaque: «J’ai au moins trois raisons de refuser ce projet, a-t-il expliqué. La première, c’est que nous devons prioriser nos investissements. La deuxième, c’est qu’il y aura un impact environnemental important. Le WWF y est du reste opposé. Enfin, ce projet aura certainement besoin d’une concession de la part de la Confédération, ce qui prendra des années.»

Malgré tout, pour le PDC Bertrand Buchs, «c’est un projet qu’il faut tenter car il faut essayer un nouveau mode de transport». C’était ensuite au tour du Vert François Lefort de tenter le retour en commission. Sans succès. Il a ensuite rappelé plusieurs fois qu’il n’était question que d’étudier la faisabilité d’un tel projet. Tout comme Serge Dal Busco, pour qui «les critiques pourront être entendues et prises en compte».

Rien à faire. Les réticences du PLR, de l’UDC, du MCG et d’EàG étaient trop fortes. «Allez-vous implanter des pylônes dans la presqu’île de Loëx?» a demandé Christian Zaugg (EàG). Par 51 non contre 42 oui, le parlement a répondu qu’il n’en voulait pas.


La lutte contre la pollution dynamisée

Lancée par les Verts, l’initiative populaire législative «De l’air, moins de bruit. Préservons notre santé face à la pollution» a été très largement adoptée mardi soir par le parlement. Cela signifie qu’elle est désormais une loi et ne doit pas être soumise à la population.

«Nous allons donner enfin un signal positif, bien que raisonnable, et commencer à répondre à l’urgence climatique», a commenté en introduction le Vert Philippe Poget, rapporteur de la Commission de l’environnement, pressentant une acceptation. De fait, en commission, seuls le MCG et l’UDC l’ont refusée, le PLR s’abstenant. Ce positionnement a tenu jusqu’au vote final mardi: 50 oui, 20 non MCG et UDC et 23 abstentions PLR.

L’initiative fixe des mesures à prendre par le Canton et un calendrier pour parvenir à respecter les normes fédérales en matière de qualité de l’air d’ici à 2030. Elle prévoit également la diffusion d’une large information à la population. Dans un premier temps, le Conseil d’État prendra des mesures structurelles, mais si cela ne suffit pas des mesures dites d’urgences seront actionnées.

Pour le MCG François Baertschi, «certaines propositions sont excessives». Le MCG aurait préféré un contre-projet, mais il fallait pour cela que l’initiative soit refusée par les députés, ce qui était exclu. La PLR Simone de Montmollin trouve également certaines mesures exagérées. Son parti n’ira toutefois pas jusqu’au refus, «pour montrer sa bonne volonté», mais s’abstiendra.

Enfin, le conseiller d’État Antonio Hodgers, patron de l’Environnement, a demandé au Grand Conseil d’accepter une initiative qui va dans le sens de la politique menée par le Conseil d’État. «Nous la considérons comme un encouragement à la poursuivre», a-t-il conclu. E.BY

Créé: 09.04.2019, 22h19

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